Olivia Ruiz, Madrid dans le rétroviseur et un troisième roman pour réinventer le temps
- ER

- 3 days ago
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Sur la Plaza Mayor, en plein cœur de Madrid, Olivia Ruiz s’amuse à dire qu’elle peut enfin respirer. Je l’imagine, jeans, baskets, lunettes de soleil, avançant au milieu des touristes et des serveurs qui alignent les cafés con leche, sans qu’aucun téléphone ne se lève vraiment sur son passage. Dans l’entretien qu’elle accorde au Parisien le 25 avril 2026, elle raconte ce simple luxe : marcher « incognito » dans une ville qui ne la regarde pas comme « la Femme chocolat », mais comme une mère qui accompagne son fils à l’école, une autrice qui prend des notes sur un coin de serviette. Pendant plusieurs mois, elle a posé ses valises à Madrid avec son compagnon, le programmateur musical et ancien journaliste Nicolas Preschey, et leur fils Nino, s’éloignant délibérément de la France et de son agitation médiatique.
Un exil doux à Madrid et ses attraits
Purepeople a détaillé ce choix d’exil doux, dans une capitale que les grandes fortunes affectionnent pour sa fiscalité et son soleil, en rappelant cette donnée frappante du cabinet Barnes : jusqu’à 19 000 euros le mètre carré dans certains quartiers, Madrid s’arroge le titre de destination la plus attractive au monde pour les investisseurs. Mais Olivia Ruiz ne vient pas y chasser les mètres carrés de luxe, elle y cherche de la durée, cette ressource devenue rare. Dans les colonnes du Parisien, elle résume cette urgence d’une phrase qui claque comme un refrain : « Il faut profiter de son enfant, le temps file trop vite. »
¡Vamos!, un roman initiatique et solaire
Ce Madrid de cartes postales et de start-up financières devient, chez elle, un décor de roman autant qu’un refuge familial. Car c’est bien au cœur de cette vie plus discrète que s’est écrit ¡Vamos!, son troisième livre, publié le 29 avril 2026 chez JC Lattès, dont le site Hachette.fr et la présentation de l’éditeur détaillent la trame : Lola, 45 ans, décide de tout lâcher pendant un an pour partir autour du monde avec son fils Ennio. Orlando, Madrid, La Havane, Essaouira, les rives du Nil… Le Figaro, dans sa critique du 24 avril, parle d’un « tourbillon de la vie », d’un road trip qui mêle quête de soi, amour filial et désir de renaissance. Sur les fiches de Librest et d’Amazon, l’éditeur insiste sur cette dimension de « roman initiatique solaire », « ode à la filiation ».
Ce n’est pas un hasard si la géographie du livre épouse presque celle de ses propres allers-retours : l’Espagne de ses grands-parents exilés après la guerre civile – qu’elle racontait déjà dans La commode aux tiroirs de couleurs, best-seller salué par Le Parisien et Version Femina – la Méditerranée, l’Amérique latine fantasmée, tout remonte. Dans Purepeople comme dans l’article Yahoo qui reprennent ses confidences, on retrouve cette idée de « nouveau chapitre » de son histoire, ouvert en quittant Paris pour chercher ailleurs l’inspiration et un rythme à sa mesure. Et pendant que le personnage de Lola embarque son fils dans un tour du monde, Olivia, elle, emmène Nino à l’école madrilène, écrit le matin dans des cafés où, joli clin d’œil du destin, sa propre voix surgit parfois des enceintes.
Une carrière entre musique et littérature
Le Parisien raconte cette scène : l’interview vient à peine de commencer que résonne, à la radio du bar, sa reprise de Mala Vida de la Mano Negra. J’y vois un signe discret : la chanteuse qu’on a connue en 2001 sur TF1, alors simple « Olivia de la Star Ac’ », reste tapie quelque part dans chaque phrase de la romancière. Depuis La commode aux tiroirs de couleurs en 2020, puis Écoute la pluie tomber en 2022, ses livres ont séduit, selon Hachette, près d’un demi‑million de lecteurs au total. Elle n’a pas quitté la scène, elle en a simplement trouvé une autre, de papier, où la musique passe par les silences entre les mots.
Pour autant, elle n’a pas renié la précédente. France Inter, dans un portrait consacré à son « retour authentique », rappelait déjà qu’Olivia Ruiz prépare de nouveaux projets musicaux, après un album et une tournée qui l’avaient menée jusqu’au Printemps de Bourges ou à l’Olympia. Cette fois, c’est en romancière en pleine promotion qu’elle remonte sur scène : la Maison de la Poésie, à Paris, annonce un concert littéraire autour de ¡Vamos!, où elle mêlera lecture et musique, fidèle à cette façon très personnelle d’habiter toutes ses disciplines.
Retour à Paris et choix de sobriété
Aujourd’hui, la parenthèse espagnole se referme peu à peu. Purepeople et Le Parisien convergent sur ce point : Olivia Ruiz est revenue vivre à Paris, dans un quartier touristique où elle disait déjà, en 2016 dans Paris Capitale, aimer flâner aux brocantes avant de bruncher en famille ou entre amis. Rien n’indique pour l’instant un exil définitif ni une révolution de carrière spectaculaire ; je perçois plutôt un recentrage, presque une conversion intime à une forme de sobriété : moins de promo, plus de choix.
Dans un post relayé sur Facebook autour de son annonce du 27 mars dernier, elle expliquait que cette sortie de radar prolongée avait une raison, et que le nouveau projet – ce roman, très clairement – en était l’aboutissement. Les comptes officiels de JC Lattès décrivent ¡Vamos! comme son texte « le plus intime et lumineux », ActuaNews y voit déjà un « voyage littéraire qui pourrait bouleverser 2026 ».
Une approche intime du temps et de la création
Reste la question qui flotte, au‑delà des chiffres et des éloges : que cherche vraiment Olivia Ruiz, en arpentant ainsi les frontières entre musique et littérature, entre France et Espagne, entre succès populaire et discrétion choisie ? En l’écoutant parler de l’enfance qui file et de la nécessité de transmettre, je repense à cette statistique des 80 % de temps partagé avant 15 ans. Dans un paysage culturel souvent obsédé par la nouveauté à tout prix, son geste ressemble presque à une résistance tranquille : prendre le temps d’élever un enfant, d’honorer les grands‑parents exilés, de raconter ce qui nous tient debout.
À court terme, il y aura les signatures en librairie, les interviews littéraires, peut‑être quelques plateaux télé pour parler de ce road trip mère‑fils qui résonne si fort avec sa propre trajectoire. À moyen terme, il y aura forcément de nouvelles chansons, un retour sur scène plus classique – la sortie récente du single La Réplique, très relayé sur YouTube, en est déjà un signe.
Mais au fond, la vraie actualité d’Olivia Ruiz, ces jours‑ci, ne se résume ni à un plan promo ni à un déménagement. Elle se joue dans ce va‑et‑vient discret entre Madrid et Paris, entre le café où sa voix surgit par surprise et l’appartement où Nino fait ses devoirs, dans ce choix têtu de continuer à créer sans renoncer aux siens. Je la vois comme l’une de ces héroïnes qu’elle met en scène dans ses livres : une femme qui trébuche, doute, prend un avion pour Orlando ou un train de nuit pour Barcelone, mais qui, toujours, finit par retrouver le fil de sa propre histoire. Et c’est sans doute pour cela qu’on la suit encore, vingt‑cinq ans après la Star Academy : parce que derrière la romancière à succès et la chanteuse aux tubes, il y a, tout simplement, une mère qui essaie de bien habiter le temps qui lui reste.




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