Laurent Voulzy, l’amour au présent et le cœur à découvert
- ER

- 1 day ago
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Je revois son sourire un peu timide, ses boucles argentées, cette façon de baisser les yeux comme s’il s’excusait presque d’exister sous la lumière. Laurent Voulzy, 77 ans, s’avance aujourd’hui sans guitare entre les mains mais avec quelque chose d’infiniment plus fragile : sa vie intime. Depuis une semaine, il est partout. Dans les colonnes de Paris Match, sur RTL, sur TF1, dans Sept à huit, en dédicace en librairie et même chez Nagui dans Taratata, pour parler d’un livre au titre presque programmatique : « Caché derrière », son autobiographie parue le 24 avril 2026 au Cherche-Midi.
Et au milieu de ces confidences, un visage revient sans cesse, celui d’Isaure Le Faou, 44 ans, sa compagne et coautrice du livre. Une femme libre, comme elle se définit elle-même, qui pourrait être sa fille et avec qui il a choisi un chemin de traverse : ils s’aiment, depuis sept ans, vivent chacun chez soi, créent ensemble et affrontent sans s’y attarder le regard suspicieux posé sur leurs 33 ans d’écart.
Une différence d’âge assumée
Quand je parcours les différentes interviews, je suis frappé par la constance avec laquelle le chanteur refuse d’entrer dans le débat théorique : « La différence d’âge entre nous ? Je ne la vois pas », confie-t-il à Paris Match, cité par Voici et relayé par MSN. Lui qui a bâti un imaginaire de jeunesse éternelle – Rockollection, Le cœur grenadine, Belle-Île-en-Mer – se retrouve sommé de commenter l’horloge. Il ne botte pas en touche, mais déplace la conversation : oui, reconnaît-il, « quand j’aurai 90 ans, elle n’aura peut-être plus envie d’être avec moi, elle sera probablement toujours aussi rock’n’roll ». Phrase que Closer met en exergue pour raconter ce couple hors normes.
Mais aussitôt, il ajoute : « Je vis dans l’instant présent », comme pour refermer doucement la porte aux projections anxieuses. De son côté, Isaure assume, calmement : « Parce que je suis une femme libre, parce que Laurent m’aime comme je suis », cite Le Journal des Femmes.
Cette liberté ne se limite pas aux mots : ils ont choisi de ne pas habiter ensemble, chacun gardant son espace, son rythme, ses murs. Je trouve ce détail très révélateur ; là où beaucoup fantasment un « vieux monsieur » accroché à une jeunesse de substitution, on découvre plutôt deux artistes qui ont décidé d’aimer sans se confondre, d’échapper au modèle fusionnel classique sans pour autant renoncer à la fidélité ni à la profondeur du lien.
Une autobiographie et des révélations
Derrière la curiosité un peu voyeuse autour de cette histoire, se joue en réalité autre chose : le lent dévoilement d’un homme que l’on croyait connaître par ses chansons, mais qui confesse aujourd’hui à quel point il a longtemps vécu, justement, caché derrière. Le livre « Caché derrière – Mémoires » est au cœur de cette actualité : le site de la Fnac le présente comme un récit intime et sincère, où il revient sur son enfance cabossée, ses émerveillements, ses doutes, sa quête spirituelle et sa relation unique avec Alain Souchon.
BFMTV souligne d’ailleurs cette phrase liminaire : « Ceux qui me connaissent savent à quel point je suis pudique », presque un avertissement à ses lecteurs.
Dans L’Alsace, le chanteur raconte comment l’écriture, accompagnée par Isaure, lui a permis de « prendre conscience de ce qu’[il] avait vécu ». Il y a dans sa voix – on l’entend bien dans les extraits audio publiés par Nostalgie – une surprise presque enfantine : relire sa vie l’a aidé à mieux se comprendre lui-même. Isaure n’est pas seulement la compagne « rock’n’roll » dont parle Closer, elle est aussi la plume qui pousse doucement cet homme pudique à aller plus loin, à affronter les angles morts de son existence.
TF1 Info rapporte ainsi ses mots : « Elle a réussi à me faire dire les choses ». Parmi ces choses, il y a ce qu’il avait toujours soigneusement tenu à l’écart : la maladie, notamment ce cancer de la prostate diagnostiqué en 2016.
Ouest-France raconte ce diagnostic, la discrétion quasi totale qui a entouré le traitement, et la volonté, aujourd’hui, de parler « pour dire que l’on peut aussi s’en sortir ». Santé Magazine profite de cette confession pour rappeler les chiffres alarmants de ce cancer très fréquent chez l’homme, mais je retiens surtout la dignité avec laquelle il se dévoile : pas de pathos, plutôt une forme de gratitude modeste.
Paternité et réparation
Et puis il y a les enfants. Quatre fils, nés de différentes histoires : Julien, Nicolas, Cliff et Quentin. Public et Voici reviennent longuement sur ce mea culpa. Il admet ne pas avoir été un père très présent, confie s’être séparé « assez rapidement » des mères de ses aînés, comme il l’expliquait déjà à La Tribune Dimanche, citée par Gala. L’un de ses fils, Cliff, il ne l’a rencontré qu’à l’âge de 12 ans. Ce retard, ce manque, il le porte aujourd’hui avec lucidité, parlant de choses qu’il cherche à « rattraper ».
Dans cette même presse people, on découvre pourtant un autre versant : la joie récente d’avoir enregistré avec ses quatre garçons une nouvelle version du Soleil donne, expérience « extrêmement émouvante » comme il le raconte sur le plateau de C à vous, citée par Voici.
L’homme qui a longtemps fui les responsabilités familiales se retrouve aujourd’hui, tardivement mais sincèrement, dans un studio entouré de ses fils. Là encore, j’ai le sentiment que la présence d’Isaure, décrite par Closer comme décisive dans sa réflexion de père, a joué le rôle d’un miroir tendre mais sans concessions.
Un héritage au-delà des chansons
La question qui plane, bien sûr, c’est : que restera-t-il de tout cela ? D’un côté, la discographie, les vinyles réédités que son site officiel annonce fièrement – du Cœur grenadine à Bopper en larmes, en passant par La septième vague et Belle-Île-en-Mer. De l’autre, ce livre qui vient bousculer l’image un peu lisse de l’éternel doux rêveur pour révéler un homme traversé par l’épreuve, la culpabilité, des choix sentimentaux parfois chaotiques.
L’amour avec Isaure Le Faou n’est pas seulement un « sujet people » : il est la clé de voûte de ce moment de bascule. Elle n’est pas restée dans l’ombre ; le ministère de la Culture l’a même décorée à ses côtés, tous deux faits chevaliers des Arts et des Lettres en janvier 2026, comme le raconte Ohmymag.
On la voit chanter avec lui Somerset Maugham d’Alain Souchon sur le plateau de Taratata, dans l’émission du 24 avril 2026, disponible sur France.tv. Les réseaux sociaux se déchaînent parfois, certains commentent avec dureté ce « papy » et sa compagne plus jeune, mais je remarque aussi, en lisant les réactions, beaucoup de bienveillance, comme si le public français, qui a grandi avec lui, comprenait confusément que cet amour tardif et assumé relève davantage de la réparation que de la frime.
Dans ce contexte, sa phrase « je vis dans l’instant présent » résonne autrement : elle n’est pas une coquetterie new age, mais le fruit d’un homme qui sort d’un cancer, qui sait la fragilité de la santé, qui regarde ses fils adultes, qui a aimé plusieurs femmes, qui a beaucoup travaillé, beaucoup fui aussi, et qui, à l’heure où d’autres se replient, choisit d’ouvrir grand les fenêtres sur sa vie, même au risque d’être jugé.
À court terme, les conséquences sont déjà visibles : les librairies annoncent une belle mise en place de son autobiographie, les médias multiplient les invitations, et l’on parle aussi d’un prochain album auquel Isaure a contribué, comme le glisse Closer.
À moyen terme, je crois que ce qui restera surtout, c’est cette image d’un artiste français majeur qui aura accepté de se regarder en face. Dans un paysage culturel saturé d’aveux calibrés et de confessions marketing, il y a quelque chose de très simple et presque ancien dans sa démarche : un homme raconte sa vie, ses fautes, ses grâces, l’amour qu’il reçoit sans forcément le mériter, et cette femme plus jeune qui l’aide à mettre de l’ordre dans ses souvenirs.
Après tout, la chanson française qu’il incarne si bien a toujours su parler du temps qui passe, des saisons du cœur, de ces secondes arrachées au sablier. Aujourd’hui, au-delà du débat sur l’écart d’âge, c’est peut-être cela que nous raconte le couple Laurent Voulzy – Isaure Le Faou : qu’il n’est jamais trop tard pour aimer mieux, pour demander pardon, pour témoigner, pour dire à voix haute, comme il le fait à propos de son cancer, « on peut aussi s’en sortir ».
Et, en filigrane, pour rappeler à chacun de nous qu’il est encore temps de ne plus vivre seulement caché derrière.




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