Aux Francofolies 2026, Vincent Dedienne libère enfin son piano intérieur
- ER

- 2 days ago
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Je revois très bien le piano dont il parle. Pas celui de la Coursive, à La Rochelle, immobile sous les projecteurs des Francofolies 2026, mais tous ces pianos relégués en décor au fond des plateaux de théâtre, couverts d’une housse un peu triste. Vincent Dedienne, lui, a fini par en libérer un. De ce clavier longtemps muet est né Un lendemain soir de gala, son premier spectacle chanté, qu’il amène ce dimanche 12 juillet 2026 au Grand Théâtre de la Coursive, pour une soirée partagée avec Vincent Delerm dans le cadre des Francofolies, comme l’annoncent le site du festival et la billetterie officielle.
Un virage doux entre théâtre et chanson
Salle pleine, clim salvatrice en pleine canicule, un millier de spectateurs selon le récit de Télérama prennent place pour ce qui ressemble moins à un « passage à la chanson » qu’à un déplacement doux, presque pudique, d’un terrain de jeu à un autre. J’ai l’impression de le suivre depuis longtemps : l’élève du Conservatoire national, formé au théâtre classique, l’acteur de Molière et Marivaux, le chroniqueur hilare de France Inter, le seul-en-scène Un soir de gala capté et célébré, puis ce virage annoncé à demi-mot dans les interviews.
Vivre à La Rochelle rappelle ce parcours sinueux, du théâtre aux plateaux de cinéma en passant par les grandes scènes d’humour. La Coursive convient à son art d’installer une proximité très directe avec chaque rang, où la voix et le détail prennent le pas sur la grandiloquence.
Un lendemain soir de gala : un spectacle en mutation
Au fond, Un lendemain soir de gala est une mue plus qu’une rupture : les mêmes personnages, le même sens du détail, mais une nouvelle façon de les faire respirer. Le producteur Les Visiteurs du Soir résume le geste dans sa note de présentation : transformer les sketches en chansons, donner une voix chantée à cette bourgeoise odieuse, à ces silhouettes bancales qu’on croyait confinées au monologue. Ce tournant musical, né de la présence d’un piano autrefois silencieux sur scène, trouve aujourd’hui son accomplissement aux Francofolies, avant une grande date parisienne à l’Olympia et une tournée très fournie.
Des influences ancrées dans la tradition française
Ce qui me frappe, dans l’entretien accordé à Sud Ouest quelques jours avant La Rochelle, ce n’est pas seulement la mécanique du spectacle, mais la manière dont Dedienne nomme ses modèles. Pour l’humour, il cite volontiers Muriel Robin ; pour la chanson, il revendique clairement deux phares : Anne Sylvestre et Barbara. Anne Sylvestre, dit-il, est « la plus grande autrice-compositrice du millénaire ». Cette déclaration a fait le tour des réseaux et trouve un écho particulier depuis la disparition d’Anne Sylvestre en 2020, plusieurs hommages soulignant son œuvre riche, bien au-delà des comptines enfantines.
Sur France Inter, dans l’émission « C’est une chanson », Dedienne avait déjà parlé avec admiration de l’album Manèges, évoquant la façon dont Anne Sylvestre tourne autour du chagrin en couleurs enfantines. À travers ces références, c’est une invite à une chanson française qui soigne la langue et explore des zones d’émotion complexes, où l’humour frôle la mélancolie.
Une réception chaleureuse aux Francofolies
Télérama insiste sur cette fragilité tenue par Dedienne lors de son concert à La Coursive : un « concert sans temps mort, fragile et tendre à la fois », alternant habilement entre rire et émotion, porté par une voix modeste mais juste au service du texte. Dans la grande salle claire du Grand Théâtre, Dedienne glisse d’un personnage à l’autre, usant de son rire comme d’un souffle qui dédramatise sans annuler la profondeur.
Dans un festival largement dominé par les musiques urbaines et les stars pop actuelles, le duo Vincent Delerm / Vincent Dedienne offre un contraste marqué, une sorte de contrepoint « chansonniers », rappelant que la chanson française demeure un art de mots, de silence et de piano.
Un avenir à scander entre scène et musique
Au-delà de La Rochelle, cette soirée d’été ouvre une saison 2026-2027 riche. Comme le souligne le Théâtre Parisien Affilié, Dedienne effectuera un « double retour sur les planches » : son spectacle chanté suivra un parcours à l'Olympia et en régions, tandis qu’il reprend un rôle classique dans Le Mariage de Figaro. Il ne renonce donc pas au théâtre, mais cultive un art hybride.
France Bleu Azur annonce une tournée sur la Côte d’Azur à partir de janvier 2026, proposant des salles plus intimistes proches du cabaret, où Un lendemain soir de gala pourra s’épanouir différemment. Les Nuits de Fourvière, à Lyon, le programment dans un esprit similaire à celui des Francofolies, en écho à Vincent Delerm.
Tout indique que ce projet, né comme une envie nouvelle, s’ancre profondément dans la trajectoire artistique de Dedienne. Actuellement caché derrière des plumes prestigieuses (Jeanne Cherhal, Alex Beaupain, Alban de la Simone, Vincent Delerm), il semble nourrir l’ambition d’écrire un jour lui-même ses chansons, à l’image d’une tradition française où comédie et musique se nourrissent mutuellement.
Un hommage à la chanson française qui trouve sa place dans un monde en mouvement
Pour conclure, dans cette ville écrasée par la chaleur estivale, un millier de personnes se réfugient dans une salle climatisée pour écouter un humoriste chanter des histoires de doutes, d’amours ratées, de petites vies magnifiées par la poésie et la mélodie. Tandis que les basses vibrent sur les grandes scènes alentours, un piano se déploie enfin pleinement, symbole discret mais puissant d’une chanson française vivante qui refuse la superficialité.
Ce spectacle s’inscrit dans l’ADN des Francofolies, qui chaque année racontent l’état de la chanson française. Dans cette édition largement portée par les rythmes urbains, la proposition de Dedienne tient une place précieuse, celle d’un art tendre et exigeant, où l’émotion se conjugue avec l’humour, et la musique dialogue avec la scène.




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