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Florent Pagny, la lassitude derrière le coup de gueule : « On ne me parle que du pognon »

  • Writer: ER
    ER
  • 15 minutes ago
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Il y a dans la voix de Florent Pagny, quand il lâche « Abrutis va ! », ce mélange rare de colère et de fatigue qu’on reconnaît chez quelqu’un qui en a trop entendu. Je l’ai réécouté plusieurs fois, cet extrait du podcast AURA d’Audrey Crespo-Mara, mis en avant sur TF1+ et LCI, et je me suis surpris à imaginer la scène : le studio feutré, les casques, la lumière rouge, et ce chanteur de 64 ans qui, d’un coup, ne parle plus comme une star mais comme un homme qui se sent réduit à un dossier fiscal.

Vingt ans que l’histoire dure. Vingt ans que, dès qu’il ouvre la bouche en public, reviennent les mêmes mots – exil, impôts, Portugal, Argentine – comme un disque rayé. Lui, pendant ce temps, a traversé un cancer du poumon, publié une autobiographie, remonté sur scène, préparé un nouvel album annoncé pour fin 2026 ou début 2027, et pourtant, ce sont toujours les mêmes trois syllabes qui semblent coller à son nom : « po-gno n ».

Un passé fiscal tumultueux devenu une chanson-symbole

Dans AURA, il choisit de ne plus esquiver. Il revient sur ces années où il s’est installé au Portugal, puis en Patagonie, en Argentine, raconte ce besoin d’air après des démêlés retentissants avec le fisc au début des années 2000, cette période qu’il a lui-même transformée en chanson avec Ma liberté de penser, écrite par Lionel Florence et Pascal Obispo, en plein bras de fer avec le Trésor public.

Les archives judiciaires et les papiers du Figaro ou de Marianne rappellent la chronologie : poursuites pour fraude fiscale, condamnation en 2005 adoucie en appel en 2006, dettes lourdes, image cabossée. Dans le clip de Ma liberté de penser, on le voyait déjà en slip, face à des huissiers venus tout saisir, comme pour défier la machine. Vingt ans plus tard, ce sont encore ces images qu’on lui renvoie, alors même qu’il jure payer « un million d’euros d’impôts » certaines années, comme il l’avait lâché en 2016 dans une interview télé relayée par Le Figaro et Dailymotion.

La controverse de l’exil fiscal et le poids des critiques

J’ai le souvenir précis de cette époque : en 2017, sur le plateau de Quotidien, Florent Pagny annonçait qu’il « se cassait » au Portugal pour profiter d’un régime fiscal plus doux pour les résidents étrangers, et déclenchait un tir nourri de critiques, jusqu’à une ministre de la Défense, Florence Parly, qui jugeait la décision « indigne » dans Ouest-France. On avait alors surtout retenu le mot « exil », moins les nuances de son discours.

Dans AURA, presque une décennie plus tard, l’homme ne renie pas ce passé, mais il refuse la caricature. « On dit que je suis parti en Argentine pour ne pas payer d’impôts. Comme si l’Argentine était un paradis fiscal. Abrutis va ! », lâche-t-il dans ce premier épisode du podcast, repris par TV Magazine du Figaro, Public, Melty ou Le Tribunal du Net.

Une défense claire et une lassitude palpable

Il déroule sa ligne de défense, presque pédagogique : « Je vis en Argentine, je paie des impôts en Argentine. Je vis en France, je paie des impôts en France. Les règles fiscales françaises sont pour tout le monde pareilles. Toute performance faite sur le territoire français est redevable à l’État français. Donc moi, je suis franco-français. Toutes mes performances ne sont qu’en France. »

Je retrouve ces phrases, avec des variations, dans plusieurs médias qui ont repris l’entretien. Il insiste aussi, comme il l’avait déjà fait en 2020 dans Ouest-France, sur le fait que, même lorsqu’il était résident portugais, « 80 % » de ses revenus restaient imposables en France.

Mais ce qui frappe plus que les chiffres, c’est la lassitude. Déjà en 2017, sur France 2, alors qu’il venait présenter l’album Le présent d’abord, il explosait : « On ne me parle que du pognon, du fisc, ça me saoule, j’en ai marre », rapportait Ouest-France. Il s’en prenait à la « voix off de merde » d’un reportage qui, selon lui, ne parlait « que du pognon ». Et pour clore le sujet, il assénait ce fameux million d’euros versé au fisc français cette année-là.

Le combat contre la maladie et un retour à la scène

En 2026, la scène se rejoue presque à l’identique, mais l’homme, lui, n’est plus tout à fait le même. Car entre-temps, il y a eu ce diagnostic brutal, annoncé en janvier 2022 sur son compte Instagram : un cancer du poumon inopérable, des traitements lourds, une tournée des 60 ans annulée, des mois de silence angoissé.

Le Parisien a longuement raconté comment, en 2025, il confiait être « peinard depuis deux ans » côté santé, tout en admettant avoir pris des risques en interrompant trop tôt l’immunothérapie.

Dans ses interviews à Télé 7 Jours, RFM ou 50’ Inside, Florent Pagny parle de sa voix fragilisée, de ce souffle qui n’est plus tout à fait le même, de cette conséquence presque ironique : il fume moins, il boit moins, il chante encore. Surtout, il insiste sur sa reconnaissance envers le système de santé français, celui-là même qu’une partie de l’opinion lui reproche d’utiliser tout en « fuyant » l’impôt.

Une image publique contrastée et les ombres du passé

Marianne rappelait en 2023 combien ses propos passés sur le « matraquage fiscal » avaient fait grincer des dents quand il louait à présent la qualité des soins reçus en France. C’est justement ce reproche-là qu’il veut aujourd’hui démonter point par point. Depuis 2018, confirme-t-il dans AURA, il est redevenu résident fiscal français.

TV Magazine rapporte ses mots : « Je me fais soigner en France mais depuis 2018, je suis redevenu résident fiscal français », avec l’insistance sur cette chronologie qu’il juge essentielle.

Quand certains commentaires sur les réseaux sociaux martèlent encore que « quand on a mis en place une politique d’exil fiscal comme Florent Pagny, on ferme sa gueule », lui détaille calmement ses allers-retours, sa vie « entre la France et l’Argentine » comme le résume la présentation du podcast sur Spotify, et la manière dont il répartit ses impôts entre les deux pays.

Le paradoxe, c’est que cette mise au point elle-même ravive la polémique. Ces derniers jours, Melty, Public, Bénin Web TV ou encore des sites comme Le Tribunal du Net titrent sur son « coup de gueule » contre les accusations de fraude, reprennent le « Abrutis va ! » en boucle, détaillent sa vie de propriétaire terrien en Patagonie, ses allers-retours à Buenos Aires ou à Paris.

Certains rappellent l’épisode des Mapuches, ce peuple autochtone de Patagonie qui avait contesté l’installation de propriétés privées sur ses terres ancestrales, comme l’évoquait récemment Yahoo Style. L’image du chanteur qui a « fui la France et ses impôts pour trouver la sérénité en Patagonie » continue de nourrir un récit facile, presque romanesque, que les faits nuancent mais ne suffisent pas à effacer.

Un artiste fragilisé, fidèle à sa liberté

Pendant ce temps, en arrière-plan, la carrière suit son cours : un retour émouvant sur scène, rapporté par Paris Match Belgique ou des médias belges lors de concerts à Forest National, un passage remarqué aux Enfoirés, la perspective d’une nouvelle tournée pour ses 65 ans. Sur les plateaux, il rechantera Savoir aimer, ce titre de 1997 qui l’a fait entrer dans le patrimoine de la chanson française, mais les questions, encore et toujours, dévieront sur le fisc, comme un câble mal branché qui brouillerait peu à peu la musique.

Je me demande souvent ce qu’il reste d’un artiste quand l’actualité le réduit à ses déclarations fiscales. Dans le cas de Florent Pagny, il reste une trajectoire singulière, parfois rugueuse, mais profondément cohérente : celle d’un homme qui revendique sa liberté, y compris quand cette liberté se paie cher.

Ma liberté de penser, au début des années 2000, sonnait comme une bravade face à l’administration ; en 2026, sa liberté, il la revendique surtout face aux jugements hâtifs. Quand il dit, dans AURA, qu’il en a assez qu’on ramène tout à l’argent, il ne se pose pas en martyr mais en artiste qui voudrait qu’on parle enfin de son travail : de ce nouvel album écrit pendant la maladie, de ces chansons « pop et lumineuses » dont Le Parisien vantait le second souffle en 2025, de ce rapport au temps qui a changé depuis qu’il a failli tout perdre.

Regard tourné vers l'avenir et apaisement souhaité

Il insiste sur ce qu’il veut désormais privilégier : la famille, sa femme Azucena, leurs enfants, ce coin de Patagonie qui reste pour lui un refuge plus qu’un montage offshore. La fiscalité, répète-t-il dans plusieurs interviews, n’est plus le centre de sa vie. Et pourtant, dès qu’il ouvre un micro, c’est par là qu’on commence.

Pour beaucoup de Français, Florent Pagny cristallise une tension très contemporaine : peut-on aimer une voix, un répertoire – de N’importe quoi à Savoir aimer – tout en désapprouvant certains choix fiscaux ? Peut-on applaudir un artiste qui a cherché à optimiser ses revenus puis qui, frappé par la maladie, vient remercier les soignants ?

Lui répond par les faits : une condamnation assumée, des impôts payés en France et en Argentine, un retour au statut de résident français depuis 2018, une fidélité à la scène hexagonale, où il génère l’essentiel de ses revenus imposables. Libre à chacun de trouver cela suffisant ou non.

Mais à l’écouter aujourd’hui, je perçois surtout la volonté de tirer un trait, de dire : « J’ai payé, j’ai expliqué, passons à autre chose. » Reste à savoir si la machine médiatique l’acceptera, si, à l’occasion de sa prochaine tournée ou de la sortie de son album attendu pour fin 2026 ou début 2027, les micros se tendront d’abord pour parler arrangements, textes, collaborations, plutôt que taux d’imposition.

Florent Pagny ne redeviendra jamais un chanteur « neutre » : son parcours, ses coups de sang, ses déménagements successifs font partie de son personnage. Mais peut-être que ce coup de gueule dans AURA ouvre une autre phase, où l’on pourra de nouveau débattre de ce qui, au fond, l’a rendu célèbre : une certaine façon de chanter la liberté, la loyauté, l’amour, qui touche des millions de personnes au-delà des cases fiscales.

En attendant, je garde en tête cette image : celle d’un homme fragilisé par la maladie, assis dans un studio, qui finit par taper du poing sur la table non pas pour défendre un compte en banque, mais pour rappeler qu’il est, avant tout, un artiste. Et j’ai envie, pour une fois, de lui donner raison en choisissant de parler d’abord de sa voix.

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