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Pascal Obispo range son smartphone : chronique d’un chanteur qui veut « revivre »

  • Writer: ER
    ER
  • 48 minutes ago
  • 6 min read

Je l’imagine très bien, ce geste presque anodin et pourtant radical : Pascal Obispo qui pose son smartphone sur la table, le regarde une dernière fois comme on toise un vieil adversaire, puis le remplace par un petit téléphone tout simple, sans appli, sans fil d’actualité, juste des numéros. Invité de Franceinfo ces derniers jours, le chanteur de 61 ans a raconté ce virage avec un mélange de lucidité et de soulagement. Il a parlé d’« addiction », de ce réflexe de sortir le téléphone pour un oui pour un non, de cette impression d’être happé par les réseaux sociaux.

Sur le site de Franceinfo, il résume la décision qui mûrissait depuis un moment : « Je vais arrêter d’aller sur les réseaux sociaux, j’ai pris la décision de reprendre un portable normal, juste avec des numéros ». En l’écoutant, j’ai pensé à tous ces soirs où, au lieu de laisser résonner la dernière chanson du concert dans le silence du métro, je me suis précipité sur mon téléphone pour poster une story. Obispo, lui, choisit de s’arracher à ce réflexe-là. Et il le fait avec les mots d’un homme qui a beaucoup vécu, beaucoup donné, et qui veut protéger le peu de temps vraiment gratuit qui lui reste : un pique-nique, une virée à la mer, une conversation qui ne sera jamais repostée.

Un artiste en quête de recentrage à l’heure de l’hyperconnexion

Ce n’est pas la première fois que Pascal Obispo parle de coupure et de recentrage, mais cette fois, la décision semble aller plus loin qu’une simple « pause numérique ». L’artiste vient de fêter ses 60 ans sur scène, à l’Accor Arena de Paris, le 11 janvier 2025, devant un public venu célébrer « 30 ans de succès ». On le sait attaché à ses fans, très présent en ligne ces dernières années pour défendre ses projets, de son disque « Obispo » à son hommage aux grandes voix féminines, puis à l’aventure « Héritages ».

Mais la notoriété a aussi un prix, et l’hyperconnexion en est devenu un, presque aussi lourd que les tournées. Sur Franceinfo, face à la journaliste Élodie Suigo, il reconnaît simplement être « accro » à son téléphone, « comme beaucoup d’entre nous ». Dans l’extrait vidéo partagé par la chaîne, on entend ce constat presque désabusé : être « tout le temps sur son portable, sur les réseaux sociaux », c’est devenu une norme, et pourtant, « ça nous affecte ».

Les racines de la détox numérique : une prise de conscience sincère

Plusieurs médias ont repris ces confidences. La RTBF, en Belgique, raconte cette décision comme la fin d’une « addiction » assumée. Le chanteur y précise une phrase qui m’a frappé par sa justesse : « Ce n’est pas parce que je veux me cacher de la vérité, mais justement je pense que c’est parce que je veux vivre. » Tout est là : se détacher des écrans, non pas par peur du monde, mais pour se réancrer dedans.

Dans cette même interview, il détaille très concrètement son nouveau choix : il a acheté un téléphone « classique », un portable « normal, juste avec des numéros », sans accès aux réseaux, pour mettre fin à ce défilement infini de contenus qui vampirisent l’attention. Le site Public, citant son passage sur Franceinfo, parle même d’un numérique devenu « un tissu de merde » dans sa bouche, formule crue qui traduit bien le dégoût devant le flot toxique qui envahit les timelines.

Un regard lucide sur la société et une invitation au changement

Je pourrais me dire que c’est une posture, un coup de com’ à contre-courant dans un paysage où chaque chanteur se rêve influenceur, mais tout ce que je lis va dans l’autre sens. Sur plusieurs extraits vidéo relayés par Franceinfo sur Instagram et TikTok, on entend chez lui une inquiétude réelle pour la santé mentale, pas seulement la sienne, mais celle de ses contemporains. Il parle de « microbe sur la Terre » pour évoquer sa petite voix à lui, qui voudrait un « mouvement inverse », une société « sans les réseaux sociaux » ou du moins moins dépendante.

Ce n’est pas le sermon d’un moraliste, c’est la fatigue d’un homme qui a vu trop de soirées, de répétitions, de coulisses se dissoudre dans la lumière bleue des écrans. Et il y a cette phrase, rapportée par la RTBF, qui résonne comme une invitation : « Il y a une vie aujourd’hui encore. On peut partager des bons moments de joie, de musique… on peut aller pique-niquer, aller à la mer, faire plein de choses, il y a encore plein de choses qui sont gratuites, et heureusement ». Je l’entends presque comme un refrain perdu d’une chanson qu’il n’a pas encore écrite.

Conséquences artistiques : un retour à l’essence de la chanson française

Ce qui m’intéresse, au fond, c’est ce que cette décision change pour sa musique et pour nous, qui l’écoutons. Car Pascal Obispo n’est pas en retraite numérique pour se couper du monde, il est en phase de recentrage. Ces derniers mois, il a multiplié les projets qui parlent justement de transmission, comme son double album « Héritages », dont le volume 2 est attendu en mai prochain, avant une suite en octobre 2026, et où il revisite une certaine idée de la chanson française.

Il y convie Francis Cabrel sur un titre inédit, « Il faudrait que pleuve l’amour », qui alerte sur « l’état d’urgence climatique » avec des images de nappes phréatiques vides. Le site de RFM raconte ce duo comme une première rencontre discographique entre deux grands noms, unis par l’envie de dire quelque chose de plus grand qu’eux.

En parallèle, Radio Paname souligne que cette mise à distance des réseaux s’accompagne d’un désir de revenir à « l’essence de la chanson française », plus proche des textes, des mélodies, moins dépendante de la validation instantanée des likes.

Un tournant dans la vie d’un artiste engagé

Je me dis que ce n’est pas un hasard si cette détox numérique intervient après un concert-anniversaire aussi massif que celui de l’Accor Arena, début 2025. Sur les sites de billetterie et d’agenda, on lit que cette soirée marquait les « 30 ans de succès » du chanteur, avec des invités et un public immense. À 60 ans, on peut vouloir continuer la course, chercher à rester « à la mode », comme il le confiait en souriant lors d’une tournée précédente, ou bien accepter de ralentir.

Obispo semble choisir la deuxième voie : moins de scène à court terme, moins d’exposition numérique, et plus de temps pour l’atelier invisible où se fabriquent les chansons. Dans un monde où l’artiste doit commenter l’actualité autant qu’il la chante, cette décision a quelque chose de presque subversif. Elle pose une question simple, qui me reste en tête : préfère-t-on un chanteur qui poste tous les jours sur Instagram, ou un chanteur qui disparaît un peu pour revenir avec un disque qui compte ?

Une démarche réaliste et inspirante pour tous

Je n’idéalise pas : Obispo lui-même sait que le quotidien, aujourd’hui, passe par le numérique, des mails aux billets de train. Il ne prône pas un retour à la bougie, mais un usage plus sobre. Ses propos sur Franceinfo et dans les articles de Purepeople ou de Bénin Web TV le montrent bien : il parle de « détox », de « décision radicale » pour 2025, tout en reconnaissant que ce sera « très, très difficile » à tenir.

Cette honnêteté me touche : il ne se pose pas en modèle, il confesse une faiblesse partagée. En refermant les onglets de tous ces articles, je repense à cette image d’un téléphone rangé dans un tiroir et d’un carnet posé sur un piano. Pour un auteur de chansons, se couper un peu du bruit extérieur, c’est peut-être retrouver la petite musique intérieure qui, jadis, a donné « Lucie », « Tombé pour elle » ou « Millésime ».

Je ne sais pas si Pascal Obispo tiendra durablement cette résolution, ni s’il replongera un jour dans les flux pour annoncer un nouveau projet. Mais son geste me semble déjà précieux, parce qu’il met des mots très simples sur un malaise que nous sommes nombreux à ressentir sans toujours oser l’admettre.

En somme, il rappelle une évidence qu’on avait presque oubliée : la vie, la vraie, ne se passe pas sur un écran, mais dans ces moments de joie, de musique, de famille, de foi aussi, qui ne laissent aucune trace numérique et n’en sont que plus précieux. Si un chanteur qui a grandi avec les plateaux télé et a traversé sans vaciller trois décennies de succès peut décider de dire stop au « scrolling », peut-être que chacun de nous peut, à son échelle, éteindre son écran un peu plus tôt ce soir. Et si l’on veut vraiment des nouvelles de Pascal Obispo, il restera toujours une solution à l’ancienne : attendre la prochaine chanson.

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