À Nîmes, Francis Cabrel, Julien Doré et le fantôme de « La Corrida »
- ER
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Je revois les pierres blondes des arènes de Nîmes avant même de poser le pied sur le parvis. L’odeur de chaleur et de poussière, ce vacarme un peu sourd qui monte de la ville quand approche la Feria, et soudain, dans ma mémoire, une voix : celle de Francis Cabrel qui murmure « Est-ce que ce monde est sérieux ? ». Trente ans ont passé depuis la sortie de La Corrida, mais cette question, elle, n’a pas vieilli. Ces jours-ci, je la retrouve partout : dans un article de Voici publié le 2 mai 2026, qui raconte comment cette chanson engagée a marqué à vie le lien entre Cabrel et Julien Doré à Nîmes, dans les papiers qui célèbrent les trois décennies du titre et le nouveau clip enfin tourné, dans les images de Doré reprenant à son tour ce cri jeté au milieu des taureaux et des applaudissements.
Un contexte historique et une œuvre marquante
Quand Francis Cabrel compose La Corrida pour l’album Samedi soir sur la Terre en 1994, il n’est pas encore considéré comme un artiste engagé. Sa renommée repose avant tout sur ses ballades romantiques et ses mélodies acoustiques. Cependant, ce morceau fait basculer sa carrière en abordant d’une manière inédite la thématique de la tauromachie. Il adopte le point de vue du taureau destiné à mourir, renversant ainsi les codes classiques et bousculant les perceptions. Cette prise de position artistique provoque un vif débat, particulièrement dans le monde taurin où la corrida est vue comme une tradition culturelle et festive.
La chanson choque par son regard critique sur ce spectacle où la souffrance est occultée par la liesse populaire. La phrase Je ne pensais pas qu’on pouvait autant s’amuser autour d’une tombe reste un moment marquant et bouleversant qui résonne encore aujourd’hui. Le site de l’INA rapporte que Cabrel, lors de ses observations sur les arènes, a vécu un mélange d’admiration et de malaise intense, ce qui a nourri ce texte poignant.
La réception critique et l'impact social
À sa sortie, La Corrida suscite des polémiques. RTBF rappelle que la chanson a profondément divisé, valorisant une position critique rare dans la variété française face à un spectacle enraciné régionalement. Pourtant, elle s’impose peu à peu comme un hymne pour les militants anti-corrida, repris lors de manifestations. Sur RTL, on souligne comment ce titre est devenu un marqueur culturel, traversant les frontières générationnelles et sensibilisant une large audience à la cause animale.
Par ailleurs, en 2001, les Enfoirés reprennent La Corrida en y associant plusieurs artistes, amplifiant la portée émotionnelle et politique de la chanson, et confirmant sa place dans le répertoire engagé français.
Transformation visuelle : le clip officiel 30 ans après
Jusqu’en 2024, curieusement, La Corrida n’avait jamais bénéficié d’un clip officiel, en partie à cause de sa nature polémique. Tourné en février 2024 sous la direction de Max Ruiz, ce clip confère désormais une nouvelle dimension visuelle. Médias comme Soirmag et Souffle Inédit racontent cette métamorphose, expliquant comment l’ère numérique et les réseaux sociaux ont permis à ce projet autrefois trop risqué d’être enfin réalisé.
L'héritage musical et la transmission à Julien Doré
Le lien entre Cabrel, sa chanson et la ville de Nîmes demeure fort. En 2016, Cabrel lui-même a interprété La Corrida dans les arènes, un moment chargé d’émotion, où la charge symbolique du lieu s’est mêlée à la trame musicale pour résonner avec force. Julien Doré, originaire des environs, a repris cette chanson en 2017 dans les mêmes arènes, mêlant sa sensibilité d'artiste engagé à son attachement personnel à la région.
Cette reprise est plus qu’un hommage. Elle constitue un acte de transmission, un dialogue artistique entre générations, incarné notamment dans leur duo sur Un homme heureux de William Sheller publié début 2025, avec une mise en scène intimiste qui souligne leur complicité et leur respect mutuel.
Perspectives et continuité artistique
Francis Cabrel, essentiel dans la chanson française depuis un demi-siècle, prévoit un nouvel album pour ses 50 ans de carrière. Sa collaboration avec Doré symbolise parfaitement cette trajectoire d’un artiste à la fois ancré dans ses racines et ouvert à la nouvelle scène. Ce lien musical illustre également l’importance d’une chanson comme La Corrida qui transcende l’époque pour devenir une référence culturelle, morale et artistique.
Alors que Julien Doré prépare une tournée à Forest National, avec la possibilité lumineuse de revisiter ces morceaux porteurs d’histoire et d’émotions fortes, on imagine avec émotion cette possibilité d’un futur concert commun, peut-être de nouveau à Nîmes, dans cette arène où le passé et le présent se croisent toujours.
Conclusion : une chanson qui interroge et rassemble
La Corrida est bien plus qu’une chanson. C’est un questionnement éthique et artistique qui a su traverser les décennies, créer des débats, et finalement rassembler par son sincérité et sa profondeur. L’engagement contenu dans ses paroles, la puissance de l’interprétation de Cabrel, la relève assurée par Julien Doré et l’ancrage dans la ville de Nîmes en font un emblème de la chanson engagée française. Comme le rappelle la phrase finale de ce parcours : « Est-ce que ce monde est sérieux ? » Tant que cette interrogation demeure capable de nous toucher, la musique de Cabrel vivra pleinement son rôle d’éveilleur des consciences.
