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Keren Ann, l’indie rock au bras du jazz : une nuit suspendue à Chambéry

  • Writer: ER
    ER
  • 4 minutes ago
  • 5 min read

Je revois encore la lumière bleutée qui tombait sur la scène de Malraux, à Chambéry, ce mardi 5 mai au soir : une guitare posée contre un ampli, un micro solitaire, et ce silence particulier des salles où le public a déjà décidé d’écouter avant même que le concert ne commence. Keren Ann n’avait pas encore mis un pied sur scène que son nom suffisait à installer une sorte de confiance douce. Vingt‑cinq ans de carrière, des chansons devenues des refuges, et cette promesse, soufflée dans les couloirs de la Scène nationale : ce soir, elle allait mêler son indie rock élégant à des couleurs jazz assumées. Je me suis assis avec l’impression d’entrer dans un appartement familier dont on aurait déplacé les meubles, juste assez pour surprendre.

Un parcours artistique riche et international

Pour comprendre ce qui se joue dans cette tournée 2026, celle qui passe par Chambéry mais aussi par Nantes, Rennes, Reims, Paris ou encore La Rochelle, il faut revenir à Paris Amour, son dixième album studio, paru en septembre 2025, sur son propre label Bring Back Music. Plusieurs critiques, de Jazz Weekly à All About Jazz, ont insisté sur ce mélange rare : une écriture de songwriter très pop, presque folk, portée par des arrangements où un quatuor à cordes peut côtoyer une trompette jazz, des guitares granuleuses et des nappes électroniques feutrées. Née en Israël, élevée entre les Pays-Bas et la France, Keren Ann a su créer une musique à la croisée des influences et des langues, enrichie par ses collaborations avec Iggy Pop, David Byrne ou Jane Birkin.

Paris Amour : une exploration de la solitude urbaine

Dans plusieurs entretiens récents, dont un long grand entretien publié en avril 2026, elle se décrit comme une « raconteuse en musique », une autrice qui construit chaque album comme une bande originale de ses propres paysages intérieurs. Cette manière d’écrire n’est pas neuve chez elle, mais Paris Amour marque un tournant : composé dans un appartement parisien, inspiré par la ville sans jamais en être une carte postale, le disque est pensé comme une partition de la solitude urbaine, de ces jours où l’on traverse la capitale comme un film dont la musique serait restée, mais pas les dialogues.

La tournée 2026, une traversée musicale aux multiples facettes

Et pourtant, sur scène aujourd’hui, cette solitude se transforme en communion tamisée. Les dates annoncées pour 2026 tracent un itinéraire cohérent : Malraux à Chambéry le 5 mai, La Bouche d’Air à Nantes le 19, La Cartonnerie à Reims le 20, La Cigale à Paris le 26, avant un passage par le Théâtre National de Bretagne à Rennes et une grande soirée attendue à la Salle Pleyel le 3 décembre, sans oublier les festivals comme les Francofolies de La Rochelle ou l’Hyper Weekend à la Maison de la Radio. C’est une tournée pensée comme une traversée : scènes nationales, salles intimistes, grandes salles parisiennes, radios publiques, comme si elle voulait tester ses nouvelles chansons dans toutes les acoustiques possibles.

Sur scène : nuances entre indie rock et jazz

Ce soir‑là à Chambéry, elle entre en scène sans emphase, chemise sombre, guitare en bandoulière, et commence presque en douceur, comme si elle ouvrait une conversation. La presse locale rappelait la veille son parcours en forme de constellation : des débuts dans la chanson française, des disques en anglais, des collaborations prestigieuses, et cette manière très à elle de faire coexister la pop la plus épurée avec des ambiances de cabaret ou de jazz de minuit. Dès les premiers titres, je retrouve ce mélange : une guitare légèrement distordue, un motif de batterie presque indie rock, et par‑dessus, cette voix claire et retenue que le New York Times avait un jour décrite comme « d’un mystère serein et d’une mélancolie subtile ».

Les influences jazz au cœur de l’expérimentation musicale

Sauf qu’ici, en plus, il y a des virages harmoniques qui viennent clairement du jazz : des accords suspendus, des modulations imprévues, un trompettiste invité sur quelques dates de la tournée – Avishai Cohen, sur certains concerts précédents, a déjà donné la mesure de ces dialogues entre sa trompette et les grooves électroniques de la chanteuse, notamment sur un titre construit comme une marche lente dans un paysage après la violence. À l’Hyper Weekend Festival de Radio France, en début d’année, elle avait déjà montré cette facette plus nerveuse, en jouant My Name is Trouble avec une énergie presque rock, avant de glisser vers une douceur jazz sur Que la vie est belle, dans une Maison de la Radio les yeux fermés et la respiration collective.

Une discipline artistique façonnée par le temps

En sortant de la salle, je repense à une phrase qu’elle a confiée en janvier dernier dans un long podcast consacré au jazz et à la création : « Nous sommes artistes à cause du processus », expliquait‑elle, insistant sur le travail, la discipline, la durée, plus que sur l’inspiration fulgurante. Quand on suit de près, comme ces dernières semaines, la manière dont elle défend Paris Amour sur scène, cette phrase prend tout son sens : chaque concert semble être une étape d’un travail patient sur la forme chanson, comme si elle testait en direct jusqu’où l’on peut amener un public vers des harmonies plus complexes, des tempos plus libres, sans jamais sacrifier la mélodie ni la clarté du français.

Un pont entre les traditions et les explorations contemporaines

La tournée Amour, comme elle est parfois présentée sur les réseaux sociaux des salles et de l’artiste, a quelque chose d’un fil tendu entre plusieurs décennies de chanson française : on y entend des échos de Françoise Hardy, des ombres de Gainsbourg, mais aussi une curiosité très actuelle pour les croisements entre scènes indie, jazz et musiques improvisées. Les critiques de concerts récents, en France comme à l’étranger, soulignent d’ailleurs cette ligne de crête : une « pop mélancolique » qui accepte désormais d’être traversée par des improvisations, des textures plus rugueuses, un climat parfois proche du cabaret ou du folk‑rock des années 70.

Une soirée suspendue : entre intimité et intemporel

Ce que je retiens, ce soir de mai à Chambéry, c’est surtout une image : celle d’une femme seule sous un halo de lumière, une guitare serrée contre elle, qui chante tout doucement « Que la vie est belle » pendant qu’une partie du monde gronde au dehors. Dans ce contraste, il y a quelque chose de précieux : la preuve qu’en 2026, la chanson française peut encore offrir des lieux de recueillement, de beauté simple et de fidélité à une certaine idée de la musique – exigeante sans être froide, moderne sans renier ses racines.

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