Sanseverino, cinq soirs gratuits sous les étoiles catalanes
- ER

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À Collioure, quand le soleil bascule derrière le clocher et que la mer se tait un peu, j’imagine déjà la silhouette de Sanseverino se découper devant le public, guitare en bandoulière, casquette vissée, ce sourire mi-goguenard mi-timide qui précède toujours la première rafale de swing. Du 25 au 30 août 2026, le chanteur vient offrir aux Pyrénées-Orientales un cadeau qui ne ressemble plus à grand-chose dans le paysage des tournées françaises : cinq concerts gratuits, en plein air, portés par le Festival Courts Circuit 66, de Collioure au parc de Valmy à Argelès-sur-Mer, en passant par Cases-de-Pène, Pollestres et Amélie-les-Bains.
France Bleu Roussillon résume l’affaire d’une phrase enthousiaste : "cinq dates exceptionnelles et gratuites" pour un artiste qui se fait plus rare, mais qui n’a rien perdu de son goût pour les rencontres populaires. Dans la présentation publiée par ICI Roussillon (Radio France), les organisateurs parlent clairement de "véritable cadeau" au public du département, comme si ce petit bout de Roussillon, coincé entre mer, vignes et montagne, devenait soudain le cabaret à ciel ouvert d’un funambule du verbe et du swing.
Un retour aux sources pour Sanseverino
Je me replonge dans le parcours de Sanseverino et je mesure mieux pourquoi cette mini-tournée sonne comme un retour aux sources. Lui qui a toujours trimballé sa guitare dans les cafés-concerts, les petits théâtres, les salles de banlieue, se retrouve là où il a commencé : au plus près des gens, sans barrière de prix ni de prestige. Sur les sites de billetterie comme Songkick et Bandsintown, on voit défiler les dates payantes de 2026 – un Trianon à Sotteville-lès-Rouen au printemps, deux soirs au Zèbre de Belleville à Paris les 10 et 11 juin, annoncés aussi sur sa page Facebook officielle avec la sortie d’un nouveau clip, Boulevard Ornano. Au milieu de cette tournée "classique", cette escale dans les Pyrénées-Orientales fait figure d’ovni : cinq soirs, cinq communes, zéro billet à acheter.
Courts Circuit 66 : fusion du cinéma et de la musique en plein air
Le contexte aide à comprendre : Courts Circuit 66, festival itinérant de courts-métrages, s’est imposé en quelques années comme un drôle de trait d’union entre cinéma et musique dans le département. La fiche de l’événement sur le site de l’office de tourisme des Pyrénées-Orientales décrit un projet qui "valorise la diffusion et la création du cinéma, en particulier le court-métrage, dans les Pyrénées-Orientales et ailleurs", et qui aime conclure ses soirées de projections par des concerts. Le 29 août, à Pollestres, le programme détaillé par Perpignan Méditerranée Tourisme est limpide : courts-métrages en début de soirée, puis "concert live exceptionnel de Sanseverino". Sur le site du festival, la page "Jour par jour" annonce de son côté une soirée où le chanteur partage l’affiche avec Lise Cabaret, autre figure de la scène française attachée aux mots et aux guitares.
Un choix artistique et social
Tout se tient : un festival qui défend les formats courts, les formes agiles, la proximité ; un musicien qui a fait de la légèreté apparente un art sérieux. Et, au milieu, ce département de bord de mer qui aime les fêtes gratuites, les places de village pleines, les familles qui s’installent avec des chaises pliantes.
Une invitation à la convivialité et à la musique populaire
Ce qui me frappe, en lisant les différentes annonces et brochures, c’est la cohérence de l’invitation adressée au public : "venez comme vous êtes, on s’occupe du reste". ICI Roussillon insiste sur le fait que ces concerts gratuits permettent à "habitants et vacanciers de prolonger l’été en musique, sans avoir à dépenser un euro". Sur la page Facebook de France Bleu Roussillon, la radio parle d’une "série de concerts" en partenariat avec Courts Circuit 66, en donnant précisément les lieux : Collioure, le parc de Valmy à Argelès-sur-Mer, Cases-de-Pène, Pollestres, Amélie-les-Bains. On devine, derrière les formulations promotionnelles, un choix presque politique : dans un été où le prix des billets explose pour la plupart des grandes tournées, Sanseverino accepte d’inscrire son nom dans un calendrier où l’entrée est gratuite, financée par les collectivités locales et les partenaires du festival.
Un concert pour tous les âges
Les sites touristiques du département, de Perpignan Méditerranée Tourisme à Tourisme Pyrénées-Orientales, reprennent l’information et insistent sur l’idée d’une soirée "populaire" et "familiale", qui commence par des films courts et se termine en bal moderne, guitare électrique et swing manouche.
Sanseverino : un artiste au style unique et attachant
Quand je pense à Sanseverino en concert, je revois ces soirées où il enchaîne Le petit bal perdu, ses hommages à Brassens ou ses chansons sur les embouteillages, avec ce mélange de virtuosité et d’autodérision qui met tout le monde d’accord, du grand-père au petit-fils. Les setlists détaillées qui circulent sur Ticketmaster et d’autres plateformes confirment cette couleur : du jazz manouche, des reprises inattendues, des histoires de famille, de boulot, de petites misères quotidiennes rendues soudain drôles et tendres. Rien de tapageur, mais une énergie contagieuse, capable de transformer un square municipal en piste de danse improvisée.
Un héritage musical et poétique
Sanseverino est également reconnu pour sa capacité à mêler poésie et humour, jouant avec les mots et les rythmes pour faire passer un message simple : la vie, avec ses hauts et ses bas, mérite d’être chantée avec passion et légèreté. Depuis ses débuts dans les années 90, il a su se renouveler tout en restant fidèle à cet esprit « chanson française » dont il est l’un des ambassadeurs les plus authentiques.
Quelle portée pour cette tournée gratuite dans les Pyrénées-Orientales ?
Alors, qu’est-ce que ces cinq soirs changent vraiment, au-delà de la jolie affiche de fin d’été ? D’abord, ils réaffirment, à leur manière discrète, une certaine idée de la chanson française : populaire, accessible, enracinée. Dans une actualité culturelle souvent happée par les phénomènes éphémères et les gros dispositifs scéniques, cette tournée minimaliste et gratuite dit qu’il reste de la place pour un artiste qui voyage léger, qui peut poser son ampli à Collioure un mardi et à Amélie-les-Bains le vendredi, et donner à chaque date le sentiment d’un rendez-vous unique.
Pour les Pyrénées-Orientales, c’est aussi un enjeu d’image : à travers Courts Circuit 66, le département soigne sa réputation de territoire de culture vivante, où l’on peut, la même semaine, voir des courts-métrages primés et écouter un songwriter majeur sans sortir sa carte bancaire. Le site d’ICI Roussillon consacre par ailleurs un article complet au festival, soulignant ses "40 jours de cinéma, de musique et de partage" à partir du 11 août 2026 ; les dates de Sanseverino s’y inscrivent comme l’une des têtes d’affiche les plus lisibles pour le grand public.
Pour Sanseverino lui-même, ces concerts catalans s’intercalent entre des dates plus classiques répertoriées sur Songkick ou Bandsintown, en France et parfois à l’étranger. Il y a là, me semble-t-il, une fidélité à ce qu’il a toujours défendu : une musique savante qui ne regarde jamais le public de haut, une manière de faire swinguer la langue française sans la dévoyer, de raconter le quotidien sans cynisme.
Imaginer les soirs d’août au pied des Albères
J’imagine les soirs d’août qui approchent : les chaises blanches de Collioure vite remplies, les serviettes étalées sur l’herbe du parc de Valmy, les vieux couples qui se lèvent pour esquisser un pas de danse sur un solo de guitare manouche, les enfants captivés par ce monsieur qui chante très vite, très bien, des choses qu’ils comprennent presque tout de suite. Et je me dis que, dans un été saturé d’images et de bruit, il y a là un luxe discret : celui de s’offrir un vrai concert de chanson française, en famille, au pied des Albères, simplement parce qu’un festival et un artiste ont décidé qu’une soirée de grâce, parfois, ne devait rien coûter d’autre qu’un déplacement et un peu d’attention.
Avec Sanseverino sous les étoiles catalanes, la fin d’été 2026 promet d’être à la fois joyeuse et intime, un rendez-vous où chaque note trace un pont entre tradition et modernité, entre rythme manouche et poésie urbaine.




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