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Olivia Ruiz, 46 ans, regarde le miroir droit dans les yeux

  • Writer: ER
    ER
  • Jul 28
  • 4 min read

« Aimez-vous maintenant, parce qu’après ce sera pire. » Quand Olivia Ruiz lâche cette phrase, mi-goguenarde, mi-tendre, elle s’impose comme un coup de clairon dans le vacarme des multiples injonctions faites aux femmes dans notre société. Sur le canapé doux et coloré de l’émission Mesdames Média, face à Elsa Wolinski, la chanteuse de La femme chocolat ne joue pas un rôle : elle parle avec une authenticité rare de son corps, ses peurs, la périménopause qui s’invite sans prévenir, et cette petite fille de 12 ans qu’elle croit encore voir dans le miroir.

Je la regarde répondre, sans maquillage verbal, à une question qu’on ose rarement poser aux artistes sans détour : « Comment vous vous sentez dans votre peau à 46 ans ? » Et soudain, la lumière du plateau ressemble à celle d’une salle de classe, un jour de moquerie ordinaire, lorsqu’elle raconte qu’elle se sent « restée bloquée à la petite rondelette » harcelée par ses camarades. Son récit ne sonne pas comme une simple confession people : j’entends le bruit sourd des années de doute qui s’apprivoisent difficilement, surtout quand la gloire s’en mêle.

Un parcours musical et personnel marqué par la liberté d’expression

Je repense au parcours d’Olivia Ruiz, que beaucoup ont découverte sur le plateau de la Star Academy au début des années 2000. Une jeune femme brune, vive et fière, qui refusait d’être réduite à « la candidate » de TF1, revendiquant haut et fort son imaginaire, ses textes, sa liberté. Cette liberté, elle l’a construite au fil de ses albums, de La femme chocolat à Miss Météores, jusqu’à prendre un virage littéraire avec son roman La commode aux tiroirs de couleurs en 2020, surprenant ceux qui la cantonnaient à ses tubes.

Mais derrière ce parcours lumineux, elle évoque souvent un socle plus rugueux : l’enfance dans un petit village de l’Aude, la nécessité de partir « ailleurs », et surtout, les années de harcèlement scolaire. À 46 ans, elle ne théorise pas la « violence scolaire » comme un concept abstrait : elle raconte la cassure. « J’ai vraiment l’impression qu’il y a un avant harcèlement scolaire et un après », explique-t-elle, soulignant comment cette période lui a « enlevé un petit boulon de la légèreté ».

Dysmorphophobie et image de soi : un combat intime et médiatique

Cette formule est puissante : on peut grandir, réussir, devenir une artiste et mère accomplie, et cependant garder en soi une pièce détachée du puzzle de la confiance. Dans l’entretien publié le 24 juillet sur YouTube, Olivia Ruiz parle clairement de dysmorphophobie. Ce trouble de l’image de soi est alimenté par ce passé difficile, mais aussi par la machine infernale des commentaires que génère la célébrité. Si la Star Academy lui a offert une notoriété durable, elle a aussi amplifié les regards critiques portés sur ses « petites couennes », expression qu’elle emploie avec une pointe d’autodérision.

Son anecdote madrilène, racontée dans l’émission, prend alors une résonance particulière : trois mois passés loin de France, sans être reconnue, observée, scrutée. « Pas un jour je n’ai pensé à ma petite couenne, à ma tronche », avoue-t-elle. Sublime simplicité : il suffit parfois de changer d’horizon pour que son corps cesse finalement d’être un spectacle.

Une leçon de désobéissance et de bienveillance envers soi-même

Ce qui frappe dans cette discussion, et dans les échos qu’elle a suscités, c’est la transformation de son expérience intime en une leçon de désobéissance face à la tyrannie du miroir. Elle ne joue pas la carte du « gourou body positive », préférant se présenter comme une « conquistador face à ses démons ». Une image forte qu’elle déploie en se « grondant » elle-même lorsqu’elle commence à se perdre dans ses pensées négatives : « non mais t’es sérieuse, tu vas vraiment perdre ton temps à te prendre la tête sur ça ? »

Cette méthode artisanale de survie, parler à son reflet comme à une grande sœur ferme mais bienveillante, dessine une stratégie lucide contre l’enkystement du discours intérieur toxique.

Aborder la périménopause avec humour et franchise

Autre sujet souvent absent des conversations médiatiques : la périménopause. Olivia Ruiz en parle avec la même franchise, ajoutant une touche d’humour déconcertante : « Aimez-vous maintenant parce qu’après ce sera pire », lance-t-elle. Plus jeune, elle se trouvait « flasque, grosse » en photo, mais aujourd’hui elle regarde ces images avec tendresse. Au-delà de la boutade, un message clair : le temps n’est pas un ennemi, mais il est inflexible, surtout si on continue à s’infliger une cruauté millimétrée.

Son conseil aux femmes mal dans leur peau n’est pas un slogan creux, mais une invitation à la bienveillance envers soi-même, ici et maintenant, sans attendre une silhouette idéale hypothétique.

Une voix qui résonne au-delà de la musique

Au-delà de la promotion ou de la confession, Olivia Ruiz s’inscrit dans un mouvement féministe d’artistes refusant d’être réduites à leur apparence. Elle ne prétend pas avoir guéri de sa dysmorphophobie ni être réconciliée avec son reflet pour toujours. Elle reconnaît que les blessures anciennes ressurgissent, surtout avec les transformations liées à l’âge, aux hormones et à la pression de la notoriété.

Mais elle affirme aussi que la conquête est possible. Continuer, à 46 ans, à chercher l’équilibre où l’on peut se tenir droite sans renier ni la petite fille blessée, ni la femme forte.

À l’heure où elle poursuit sa carrière entre musique, écriture et engagements plus discrets, ces confidences définissent une ligne directrice claire : une artiste assumant de plus en plus la parole sur le corps des femmes, le vieillissement, le mélange délicat de fragilité et de résistance traversant tant de vies.

En quittant l’entretien, je garde en tête cette image simple et forte : Olivia Ruiz face au miroir, qui engueule doucement ses démons. Beaucoup de lectrices pourront transposer cette scène dans leur salle de bain, un matin de doute. Si la chanson française a un rôle à jouer dans notre époque saturée d’images, c’est peut-être ici : dans la voix de celles et ceux qui osent dire que la véritable conquête, en 2026, n’est pas d’être parfait, mais d’apprendre patiemment à se regarder avec justice.

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