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Pascal Obispo, sept ans après : la voix de Philippe Pascal résonne toujours à Rennes

Writer: ER
ER
11 minutes ago
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Le 12 septembre 2026, Pascal Obispo a rendu hommage à Philippe Pascal, disparu sept ans plus tôt à Rennes. Un message intime qui rappelle l’influence décisive du chanteur de Marquis de Sade sur sa vocation musicale.

Il y a des souvenirs qui ne vieillissent pas : ils changent simplement de place, passant de la scène à une photographie, d’un refrain à quelques mots publiés sur Instagram. Le 12 septembre 2026, Pascal Obispo a choisi la sobriété pour se souvenir de Philippe Pascal, disparu sept ans auparavant. Sur un cliché en noir et blanc, les deux hommes apparaissent côte à côte. En légende, le chanteur écrit : « Miss u mon idole mon ami mon frère. 7 ans… » J’ai rarement vu hommage plus court et plus explicite. Derrière cette phrase presque murmurée, il y a une dette artistique, une amitié et une fidélité qui n’ont pas cédé devant le temps. Philippe Pascal n’était pas seulement le chanteur de Marquis de Sade, groupe fondateur de la scène rock rennaise : il fut aussi, pour Pascal Obispo adolescent, une lumière dans le brouillard des débuts. La publication, rapportée par Gala et Voici, a immédiatement ravivé le souvenir d’une relation singulière entre deux artistes que plusieurs générations séparent, mais que la musique avait rapprochés.

À Rennes, le rock ne se résumait pas à une mode ou à une poignée de concerts confidentiels. Il s’est construit dans des salles, des bars, des répétitions et des rencontres, au moment où une nouvelle génération cherchait à s’affranchir des formats dominants. C’est dans cet environnement que le jeune Obispo découvre Marquis de Sade, formation créée à la fin des années 1970 par Philippe Pascal et Frank Darcel. Les deux albums du groupe, Dantzig Twist et Rue de Siam, ont contribué à installer une esthétique nouvelle, tendue, sombre et élégante, à rebours de la variété dominante. Le son, l’allure et les textes du groupe ouvrent alors une brèche dans le paysage français. Pour celui qui deviendra l’auteur de Lucie, de Fan ou de L’important c’est d’aimer, cette découverte agit comme un électrochoc. Avant les grandes scènes et les refrains populaires, il y a donc cette fascination pour une musique plus abrasive, plus libre, portée par une présence scénique presque magnétique.

Pascal Obispo n’a jamais minimisé cette influence. Dans un entretien accordé à franceinfo autour de son projet Héritage, il expliquait : « Sans lui, en fait, et Frank Darcel, aussi, je n’aurais jamais été là. » La formule est forte, mais elle correspond à une histoire racontée à plusieurs reprises par le chanteur. Lorsqu’il était lycéen à Rennes, il ne se contentait pas d’écouter Philippe Pascal : il observait chez lui une manière d’habiter la musique, de lier la voix, le texte et l’attitude. Cette leçon dépasse la simple admiration musicale. Elle touche à la possibilité même de devenir artiste, de trouver une famille et de comprendre qu’une scène locale peut ouvrir un chemin durable. Après la séparation de Marquis de Sade, Philippe Pascal avait poursuivi son parcours avec Marc Seberg, avant d’explorer d’autres formes, du blues à l’écriture. Sa disparition, le 12 septembre 2019, à l’âge de 63 ans, avait profondément marqué la scène rennaise.

Pascal Obispo s’était rendu à ses obsèques à Pacé, puis lui avait consacré un moment très émouvant lors d’un concert à Rennes devant plus de 3 000 spectateurs. Ce soir-là, il avait laissé de côté une partie de son propre répertoire pour interpréter Avec le temps de Léo Ferré, tandis que des images de Philippe Pascal étaient projetées sur un écran. Le geste disait beaucoup : rendre hommage, ce n’est pas seulement prononcer un nom, c’est accepter de suspendre sa propre lumière pour faire réapparaître celle d’un autre.

Pascal Obispo a aussi inscrit cette mémoire dans son œuvre. Le titre Les Roses, enregistré en duo avec Philippe Pascal, renvoie à une passion de ce dernier pour la culture des rosiers. Le morceau prend ainsi une valeur presque testamentaire : une chanson qui conserve une voix, une complicité et une trace concrète de leur relation. Dans le récit de cette amitié, Frank Darcel occupe également une place essentielle. Guitariste, producteur et membre fondateur de Marquis de Sade, il avait lui aussi accompagné les premiers pas du futur chanteur. Sa mort en mars 2024 avait donné lieu à un concert hommage à l’Ubu, à Rennes, avec Pascal Obispo, Étienne Daho et d’autres proches. La boucle était alors devenue douloureuse : en quelques années, deux figures majeures de cette aventure rennaise avaient disparu.

Ce nouvel hommage de Pascal Obispo à Philippe Pascal ne ressemble donc pas à une simple commémoration de calendrier. Il rappelle plutôt la manière dont une scène locale peut façonner durablement une destinée nationale. Pascal Obispo est devenu une vedette populaire, un compositeur recherché et un artiste capable de remplir les grandes salles ; pourtant, au moment de parler de ses origines, il revient vers Rennes, vers Marquis de Sade et vers cette voix qui l’a poussé à vouloir former un groupe. Je trouve cette fidélité particulièrement touchante à une époque où la mémoire musicale se réduit parfois à des anniversaires promotionnels. Ici, il n’est question ni de relancer un catalogue ni d’annoncer une tournée : seulement de dire le manque.

La disparition de Philippe Pascal avait laissé une blessure dans le rock français, mais son influence continue de circuler. Elle se retrouve dans les souvenirs des musiciens, dans les archives de la scène rennaise et dans la trajectoire de Pascal Obispo, qui n’a jamais cessé de reconnaître ceux qui lui ont ouvert la porte. Le message publié en septembre 2026 prolonge cette histoire avec une simplicité désarmante. Sept ans après, le chanteur ne cherche pas à transformer son idole en statue. Il parle d’un ami, d’un frère, d’un homme aimé. C’est peut-être là que réside la plus juste manière de transmettre une œuvre : rappeler qu’avant les albums et les légendes, il y avait des visages, des conversations, des salles de concert et un adolescent qui, un soir, a compris qu’il voulait vivre de musique. À Rennes, la voix de Philippe Pascal s’est tue. Dans la mémoire de Pascal Obispo, elle continue pourtant de jouer.

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