top of page

Emily Loizeau à Beaucourt : quand la chanson française rallume la lumière dans le noir

  • Writer: ER
    ER
  • 2 days ago
  • 5 min read

Il y a des soirs qu’on imagine d’avance : un parking encore humide d’une pluie de janvier, des manteaux qui gouttent dans le hall, et au bout du couloir une petite salle de province où une voix, une seule, remet le monde à l’endroit. C’est exactement ce que promet le concert d’Emily Loizeau à La Maison de Beaucourt, près de Montbéliard, le vendredi 22 janvier 2027.

J’ai longtemps associé cette salle à des affiches un peu passées, des fauteuils rouges patinés, ce genre de lieux qui tiennent debout grâce à la fidélité des habitants. Et je trouve assez beau que ce soit là, dans ce Foyer Georges Brassens qui aligne depuis plus de quarante ans ses soirées de chanson, qu’Emily vienne présenter La Souterraine, son album le plus incandescent, sorti à l’automne 2024. Je le dis sans détour : voir une artiste de cette trempe s’arrêter dans un coin du Territoire de Belfort, à Beaucourt, c’est tout sauf anodin dans une époque où les tournées filent surtout sur les grands axes.

Une artistes incontournable de la chanson française contemporaine

Pour bien mesurer ce qui se joue dans cette date jurassienne, il faut revenir un instant sur ce que représente Emily Loizeau dans la chanson française actuelle. Franco-britannique, élevée entre la culture anglo-saxonne et la littérature en français, elle s’est d’abord faufilée dans le paysage par la petite porte, en autoproduisant un mini-album, Folie en tête, en 2005, avant de s’installer durablement avec L’autre bout du monde, paru en 2006 chez Fargo.

Je me souviens de cette époque où l’on découvrait sa voix claire, un brin voilée, sur des arrangements folk-pop ciselés, comme un trait d’union fragile entre les comptines de l’enfance et une mélancolie d’adulte. Depuis, sa trajectoire a suivi un chemin de traverse : albums conceptuels, collaborations avec le dramaturge Fabrice Melquiot, théâtre musical, spectacles engagés… jusqu’à cette reconnaissance institutionnelle, en 2014, lorsqu’elle est nommée chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Rien de clinquant, pourtant, dans sa manière de tenir sa place : son exigence artistique la maintient à distance des tendances faciles, tout en lui assurant un noyau dur de fidèles qui remplissent les salles à chaque tournée. La Maison de Beaucourt n’échappe pas à cette logique. Cette structure, connue dans tout le Nord Franche-Comté, a bâti sa réputation sur une programmation exigeante et chaleureuse, très attachée à la chanson d’expression francophone. Voir Emily s’y produire, c’est comme la voir rejoindre une famille élargie : celle de ceux qui croient encore qu’un texte bien écrit, porté par une voix sincère, peut toucher des vies très simples, très loin des capitales.

Que l’on arrive de Belfort ou de Montbéliard par l’A36, en suivant ces départementales qui serpentent jusqu’à la place Roger-Salengro, on vient chercher la chaleur d’un foyer autant qu’un concert.

La Souterraine, l’album qui éclaire la noirceur du monde

Ce soir-là, le 22 janvier 2027 à 20 h 30, c’est donc La Souterraine qui est au centre de toutes les attentions. L’album, paru en septembre 2024, a été souvent décrit comme traversé par une tension électrique : une façon de prendre à bras-le-corps les crises qui ébranlent notre époque – climatique, économique, sanitaire – sans céder au cynisme.

D’après la présentation faite par le site jds.fr, qui annonce le concert de Beaucourt, ces nouvelles chansons regardent la noirceur du monde droit dans les yeux, mais pour mieux la dépasser, comme si la seule manière de ne pas être englouti consistait à la nommer. On y retrouve notamment "Ici commence la mer", qui sonne déjà comme un classique de son répertoire récent, et "Éclaire-moi", un titre écrit avec Fabrice Melquiot, fidèle complice d’Emily sur plusieurs projets scéniques.

J’aime cette idée d’un disque qui avance, lampe frontale sur la tête, dans les galeries parfois obscures de notre temps, en cherchant comment « ne pas abandonner la lumière », pour reprendre l’expression utilisée par la présentation de la tournée. Le choix de La Maison de Beaucourt comme écrin n’est pas anodin : la salle, à taille humaine, permet cette proximité presque physique avec l’artiste.

On s’y installe au plus près de la scène, on entend les respirations entre deux phrases, les frottements de guitare, cette humanité qui se perd parfois dans les grandes arenas. Les billets, proposés à partir de 32,40 €, restent d’ailleurs à un niveau encore accessible pour un spectacle de cette qualité, surtout quand on sait que la jauge est limitée et que la popularité d’Emily Loizeau ne cesse de croître. Très concrètement, il faudra s’y prendre tôt pour réserver, les plateformes de billetterie en ligne relayant déjà la date comme un moment fort de la saison.

Une tournée qui valorise les petites scènes et le tissu territorial

Au-delà de Beaucourt, la tournée de La Souterraine doit aussi passer par d’autres villes, notamment Strasbourg, autre étape annoncée dans le Grand Est. Là encore, la cohérence saute aux yeux : Emily s’accroche à un maillage de salles qui, de saison en saison, entretiennent un lien vivant avec la chanson française d’aujourd’hui.

Cette attention portée aux petites scènes est un véritable acte de résistance culturelle face à la concentration des tournées sur les grandes métropoles. La présence d’artistes comme Emily Loizeau dans ces lieux permet non seulement de créer un lien fort avec des publics locaux, mais aussi de contribuer à la dynamique culturelle et économique régionale.

La résistance douce de la chanson française portée en province

Je me surprends souvent à penser que ce type de concert, dans un foyer culturel de province, est une forme de résistance douce. Résistance à l’uniformisation des goûts, à la tentation du divertissement sans mémoire, à l’idée que la chanson ne serait plus qu’un fond sonore pour playlists pressées.

Dans La Souterraine, Emily Loizeau parle d’un monde cabossé, traversé par des peurs sourdes, mais elle y oppose la force fragile de la poésie, cette capacité à redonner du sens aux gestes les plus quotidiens. On est là au cœur de ce que la chanson française a de plus précieux : une façon de tenir ensemble l’intime et le collectif, de raconter l’époque sans abandonner les vertus simples, presque familiales, d’un récit partagé.

La Maison de Beaucourt, qui fêtera bientôt ses cinquante ans d’existence, s’inscrit dans cette même fidélité : elle continue d’accueillir des artistes comme Yves Duteil, des hommages à Daniel Balavoine, des soirées anniversaires où plusieurs générations se retrouvent.

La venue d’Emily Loizeau, le 22 janvier 2027, s’ajoute à ce fil discret mais tenace qui relie les parents, les enfants, les grands-parents autour d’une même langue chantée.

Un impact local, social et culturel palpable

À court terme, les conséquences sont très concrètes : une soirée d’hiver où l’on sort de chez soi, une salle qui se remplit, des commerçants qui travaillent un peu plus, des équipes techniques qui font vivre leur savoir-faire.

À plus long terme, c’est une autre question qui se dessine : combien de temps encore parviendrons-nous à maintenir ce réseau de petits lieux, ces maisons de la culture qui tiennent bon dans les bourgs et les villes moyennes ? La réponse, pour partie, se joue justement dans ces concerts-là, quand un public choisit de faire la route un vendredi soir pour venir écouter une artiste qui refuse la facilité.

J’ai la conviction que ces rendez-vous comptent plus qu’on ne le croit. Et je me plais à imaginer, ce soir du 22 janvier, quelques familles garées sur les parkings gratuits de la place Roger-Salengro, serrant leur écharpe avant de pousser la porte de La Maison. À l’intérieur, la lumière se tamise, une silhouette s’avance au piano, et pendant une heure et demie, dans ce coin de Franche-Comté, la noirceur du monde recule un peu.

Comments


NEWSLETTER : INSCRIVEZ-VOUS

Restez informé, découvrez le meilleur de Radio PANAME dans la newsletter gratuite hebdomadaire et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

Merci pour votre envoi !

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Instagram

DÉCOUVREZ LA GRANDE MUSIQUE

accès direct à la radio LA GRANDE MUSIQUE

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
badge just ask amazon alexa
bottom of page