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Camélia Jordana, Paris en bandoulière : « Marhaba » ou l’art de ralentir dans une ville qui court

  • Writer: ER
    ER
  • Apr 25
  • 6 min read

Un dimanche d’avril, au coin de la rue des Archives, j’ai croisé une jeune femme qui tenait sa chienne en laisse comme on tient un secret. C’était Camélia Jordana, casquette enfoncée, pas pressé mais regard très vif, celui de celles et ceux qui ont appris à survivre dans la vitesse de Paris sans cesser de regarder les façades. Quelques jours plus tard, je la retrouve, autrement, dans ces mots confiés au Parisien : « Les gens sont fous d’avoir créé une ville aussi belle » (leparisien.fr/paris-75/dans-le-paris-de-camelia-jordana-les-gens-sont-fous-davoir-cree-une-ville-aussi-belle-25-04-2026-FFVKNV6PPFGNJO4FWNWHVPWFWE.php). Tout est là : une forme de sidération amoureuse pour cette capitale où elle vit depuis plus de quinze ans, entre son Marais adopté, ses promenades le long de la Seine avec Pepper et cette nouvelle aventure qui commence ce 26 avril 2026, à deux pas de l’Hôtel de Ville. Car Paris ne sera pas seulement le décor, mais le cocon de « Marhaba », sa série de douze concerts intimistes au Petit Bazar de l’hôtel du Grand Mazarin, qui se déroule jusqu’au 1er juillet dans le IVe arrondissement. À l’heure où les tournées se rêvent toujours plus grandes, plus spectaculaires, Camélia choisit l’inverse : une salle minuscule, des rendez-vous répétés, un face-à-face assumé avec ceux qui feront le déplacement. En filigrane, se dessine aussi un autre rendez-vous : un nouvel album annoncé pour 2027, après les singles « Win Rak » et « Que ma peau » qui ont déjà commencé à tracer le sillon de cette nouvelle ère discographique (radiofrance.fr/francebleu/podcasts/decibels-la-chronique/camelia-jordana-l-artiste-devoile-que-ma-peau-en-attendant-son-nouvel-album-en-2027-4173842 ; ici.fr/emissions/decibels-l-emission/toutes-les-chanteuses-ont-un-petit-truc-de-comedienne-entre-musique-et-cinema-camelia-jordana-d-une-scene-a-l-autre-9302030). En la voyant s’installer dans ce Paris qui ne s’arrête jamais, je me dis que sa trajectoire raconte aussi la nôtre : celle d’une génération qui a grandi devant la télé, l’a vue naître dans « Nouvelle Star » en 2009, puis s’est laissée surprendre par ses virages, du micro aux plateaux de cinéma. Je repense à ses débuts pendant que je remonte la rue de la Verrerie en direction du Grand Mazarin. Sur les affiches, un mot arabe – « Marhaba », « bienvenue » – se détache en lettres élégantes. Ce n’est pas qu’un titre, c’est un programme. L’événement, détaillé sur Eventbrite et les sites de billetterie (eventbrite.fr/e/billets-marhaba-concerts-intimistes-de-camelia-jordana-a-paris-1985592937928 ; saami.live/en/events/marhaba-concerts-intimistes-de-camelia-jordana-a-paris-FV6tyP), est présenté comme une « expérience scénique intime », une « cérémonie » plus qu’un show, où la voix, le silence, les corps et la lumière fabriquent un temps suspendu. Just Music, qui suit son parcours depuis longtemps, parle de « soirées placées sous le signe de la proximité et de l’émotion », avec un répertoire revisité dans des versions plus épurées, volontairement resserrées autour de la voix (just-music.fr/camelia-jordana-concerts-intimistes-a-paris). Sur les réseaux sociaux, l’artiste elle-même annonce la couleur : « Je refais des concerts. On sera très peu mais plein de fois, pour faire un gros toz au monde fou et vous faire des bisous dans les oreilles avec mes copains » écrit-elle sur sa page Facebook (facebook.com/camelia.jordana). J’aime beaucoup ce « toz au monde fou » : on entend une pointe d’insolence, une rébellion douce contre l’ère des chiffres, des stades pleins et des tournées à coups de camions. Elle, choisit un hôtel du Marais, ce quartier qu’elle habite au quotidien, comme si sa vie d’artiste et sa vie de femme se rejoignaient enfin dans le même périmètre piéton. L’agenda est serré – douze dates entre fin avril et début juillet, relayées par Instagram et les sites d’événements (instagram.com/p/DXe-28VCE22 ; allevents.in/paris/marhaba-les-concerts-intimistes-au-petit-bazar/100001985592937928) – mais l’idée est simple : multiplier les soirs pour garder la jauge minuscule. Je trouve ce pari audacieux dans une industrie qui, même quand elle se dit intime, finit souvent par remplir des théâtres de mille places. Ce choix de proximité s’inscrit pourtant dans un mouvement plus large de sa carrière. Depuis plusieurs mois, Camélia Jordana prépare un album annoncé pour 2027, décrit par le Mucem, partenaire de sa future « Saison Méditerranée 2026 », comme une célébration de la Méditerranée, de ses langues et de ses identités entremêlées (p-a-c.fr/les-membres/mucem/evenements/saison-mediterranee-2026-camelia-jordana). France Bleu et Radio France, qui ont chroniqué son single « Que ma peau » (radiofrance.fr/francebleu/podcasts/decibels-la-chronique/camelia-jordana-l-artiste-devoile-que-ma-peau-en-attendant-son-nouvel-album-en-2027-4173842), y voient déjà un manifeste de sororité et de transmission. BFMTV évoque une « réappropriation de son héritage familial », une manière de lier la question de l’identité, de la langue et du corps dans un même geste artistique (bfmtv.com/culture/musique/camelia-jordana-revient-avec-que-ma-peau-manifeste-de-sororite-et-de-resistance_AN-202602260676.html). Sur Just Music, « Que ma peau » est présenté comme un titre puissant, pensé comme un espace de résistance et de partage (just-music.fr/peau-nouveau-single-de-camelia-jordana). Quand je superpose ces informations à ses mots sur Paris – cette ville « qui inspire, où on crée, où on tombe amoureux, sans toujours prendre le temps de vivre pour soi », confie-t-elle encore au Parisien – je vois se dessiner une ligne claire : celle d’une artiste qui recentre sa musique sur l’essentiel, sa voix, son histoire, ses racines, et qui cherche des lieux en accord avec cette quête. Le Grand Mazarin n’est plus seulement un hôtel chic du Marais, il devient un salon méditerranéen miniature, où l’on passe de la chanson française au darija ou à l’arabe classique comme on passe d’une rive à l’autre du bassin. En sortant d’une de ces soirées, j’imagine déjà les conversations sur le trottoir : « On avait l’impression d’être dans son salon », diront certains ; « Je ne l’avais jamais entendue aussi près », ajouteront d’autres. Car l’enjeu de « Marhaba » dépasse largement la promo d’un futur album. En acceptant de jouer dans un tel écrin, Camélia Jordana prend le risque du regard, du non-anonymat, de ces silences qu’on entend vraiment quand on n’est qu’une cinquantaine dans la salle. Les avis que je parcours sur les sites d’événements, les relais dans la presse culturelle et sur les réseaux laissent déjà entrevoir un public curieux, prêt à se laisser surprendre par ce format à contretemps du reste de la scène pop. Dans le même temps, son agenda se remplit ailleurs : un grand concert est programmé pour le 27 juin 2026 à la Cité internationale de la langue française, au château de Villers-Cotterêts (ticketmaster.fr/en/manifestation/camelia-jordana-ticket/idmanif/652682 ; music.apple.com/ng/concerts/ce.2554cadb-405a-43e2-97e4-41f9f91a0c4f). Là encore, le symbole est fort : chanter au cœur d’un lieu dédié à la langue, pour une artiste qui, justement, joue des idiomes, des accents, des imaginaires méditerranéens. J’y vois la confirmation d’un moment charnière : celui où Camélia, après cinq albums, un César et des sorties de route médiatiques parfois violentes, décide de redéfinir son territoire artistique, non plus à coups de déclarations, mais par la scène, la proximité, le choix des lieux. Alors, que restera-t-il de ce printemps 2026 dans quelques années ? Peut-être cette image : une jeune femme qui traverse le Marais à pied pour aller travailler, Pepper trottant à ses côtés, et qui, le soir venu, transforme un hôtel design en petite chapelle laïque où l’on vient chercher de la douceur dans un monde saturé de bruits. Ce que disent ces concerts « Marhaba », ce que confirment ses dernières interviews et chroniques, c’est la volonté de s’inscrire dans une forme de continuité : continuer à chanter en français, en arabe, à mêler le politique et l’intime, mais en redonnant de l’air à la relation avec le public. À court terme, l’enjeu est limpide : éprouver les nouvelles chansons en conditions réelles, ajuster l’écriture d’ici la sortie de l’album en 2027, consolider un lien avec un public fidèle mais parfois bousculé par ses prises de position. À moyen terme, je crois que cette résidence parisienne pourrait faire école. Dans un secteur où l’on rêve d’Olympia et de Zénith, voir une artiste de sa stature choisir un hôtel du Marais comme quartier général créatif, c’est presque un manifeste en soi. On retrouve là, discrètement, une forme de cohérence avec ces valeurs très simples – la famille, la transmission, la fidélité à une ville et à une culture – qui irriguent ses nouvelles chansons. Paris restera sans doute pour elle ce décor fou « d’une ville aussi belle » qu’elle ne cesse de redécouvrir, quartier après quartier. Mais à travers « Marhaba », ce Paris-là devient surtout un mot chuchoté : bienvenue. Bienvenue dans mon quartier, dans ma langue, dans ma maison provisoire. Et, au fond, bienvenue dans un moment de musique qui nous rappelle, le temps d’une heure au Petit Bazar, que la chanson française sait encore se réinventer à échelle humaine, à hauteur de regard.

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