top of page

Benjamin Biolay prolonge le bleu jusqu’à l’ivresse avec « L’Ultrableu »

Writer: ER
ER
16 hours ago
5 min read

Sorti le 11 septembre 2026, « L’Ultrableu » transforme « Le Disque Bleu » de Benjamin Biolay en un vaste triple album. Six titres supplémentaires, des collaborations avec Tuten Mapu et Gladys LD, une reprise de PNL et un nouveau clip prolongent le voyage entre la France et le Brésil.

J’ai toujours trouvé chez Benjamin Biolay un goût particulier pour les fins qui n’en sont pas vraiment. Ses albums semblent souvent refermer une porte tout en laissant passer, dans l’embrasure, une dernière mélodie. Avec « L’Ultrableu », l’artiste pousse cette logique jusqu’au bout : « Le Disque Bleu », son onzième album paru en 2025, ne se contente plus de ses deux volets et de ses vingt-quatre chansons. Il devient un triple album augmenté de six titres, comme si Biolay refusait de quitter trop vite le paysage qu’il avait installé entre Paris, le Brésil et les lumières chaudes de la bossa nova. La chronique de France Bleu, relayée par Radio France, présente cette nouvelle édition comme une version enrichie du disque et insiste sur la diversité de ses ajouts : « Écran total », des collaborations inédites, une reprise et une prise en public de l’un de ses classiques.

Le choix du titre n’est pas anodin. L’ultrableu, c’est un bleu plus dense, plus profond, celui du soir lorsque le ciel n’est déjà plus tout à fait lumineux. Cette couleur correspond bien à la manière dont Benjamin Biolay travaille depuis ses débuts : en faisant cohabiter l’élégance mélodique, le spleen amoureux et une forme d’ironie discrète. Depuis « La Superbe », l’artiste construit des albums qui se vivent comme des paysages complets, avec leurs détours, leurs reprises de souffle et leurs zones d’ombre. « Le Disque Bleu » prolonge cette ambition en faisant dialoguer la chanson française avec une sensibilité brésilienne, sans jamais réduire le Brésil à un simple décor exotique. Les rythmes, les arrangements et la douceur solaire y servent plutôt de contrepoint à une écriture souvent traversée par le doute.

Les premières présentations du projet, notamment dans l’interview consacrée au « Disque Bleu » par France Bleu, rappelaient déjà que l’album avait été pensé sur une ampleur peu compatible avec un simple format de douze titres. La réédition apparaît donc moins comme un appendice commercial que comme un dernier chapitre, même si l’industrie musicale aime naturellement transformer ce genre d’extension en objet désirable. Le site officiel de l’artiste décline ainsi « L’Ultrableu » en double CD, en coffret triple vinyle et en éditions dédicacées, signe que l’objet physique conserve encore une place affective dans l’univers de Biolay. Le format devient presque une manière de matérialiser le voyage : plusieurs disques, plusieurs climats et une œuvre qui demande du temps plutôt qu’une écoute distraite entre deux notifications.

Ce qui me frappe le plus dans cette nouvelle livraison, c’est le mélange des gestes. Benjamin Biolay ne cherche pas seulement à prolonger sa propre esthétique : il ouvre les fenêtres. La présence de Tuten Mapu et de Gladys LD apporte deux collaborations qui élargissent le relief vocal et rythmique du projet. Le duo avec Tuten Mapu autour d’« Écran total » a d’ailleurs été présenté en session live sur Radio Nova à l’occasion de la sortie, donnant à entendre une chanson moins figée que ne pourrait le laisser croire le format d’une réédition. Cette dimension vivante compte beaucoup : chez Biolay, une chanson peut sembler parfaitement dessinée en studio, puis révéler sur scène une fragilité ou une pulsation nouvelle.

À l’autre bout du spectre, Biolay reprend « J’suis QLF » de PNL. Le geste peut surprendre, mais il lui ressemble : depuis « La Superbe », il aime déplacer la chanson française vers des territoires qui ne lui sont pas spontanément associés. En reprenant PNL, il ne cherche pas à singer le rap français ; il fait entrer une chanson marquée par la culture urbaine dans son propre décor de crooner mélancolique. La presse spécialisée et les présentations du disque ont relevé cette reprise comme l’un des éléments les plus inattendus de l’édition augmentée. J’y vois surtout une façon de rappeler que la mélancolie n’appartient à aucune génération. Elle peut se glisser dans une orchestration brésilienne, une production rap ou une ballade enregistrée au piano. Cette rencontre souligne aussi la curiosité intacte d’un artiste qui refuse de laisser la chanson française se refermer sur ses propres références.

Le troisième disque accueille aussi une version live de « Ton héritage », enregistrée au studio ICP. Dix-sept ans après sa création, cette chanson garde cette fragilité particulière des morceaux que l’on croit connaître par cœur mais qui changent de visage dès qu’une voix les reprend avec moins de distance. Le studio bruxellois, associé à de nombreuses figures de la variété et de la chanson francophone, donne à cette prise une dimension presque patrimoniale, sans la transformer en pièce de musée. La chanson y apparaît moins comme un souvenir que comme une matière encore vivante, capable de dialoguer avec les titres les plus récents.

Enfin, le clip de « Ton silence » accompagne cette sortie avec des images de trains traversant Paris et la France, dans une atmosphère dépouillée, presque déserte. Je trouve l’image parlante : après le soleil du Brésil, le chanteur revient vers une géographie française plus grise, plus silencieuse, mais aussi plus intime. Le contraste entre les plages rêvées et les quais de gare compose une petite dramaturgie du retour. Le train devient alors le prolongement naturel de l’album : il avance, traverse les paysages et semble toujours promettre une destination sans vraiment y parvenir.

Avec « L’Ultrableu », Benjamin Biolay offre donc une conclusion qui ressemble davantage à une extension de nuit qu’à un simple bonus. Les six nouveaux titres portent le « Disque Bleu » vers une forme plus ample, mais ils rappellent surtout que l’artiste préfère les albums-mondes aux collections de singles isolés. Les formats proposés par sa boutique officielle, du triple vinyle au double CD, prolongent cette ambition : on achète autant un objet qu’un itinéraire. La suite se jouera désormais sur scène. Benjamin Biolay est annoncé au Zénith de Paris le 5 novembre 2026, avec une tournée appelée à donner une autre respiration aux chansons du « Disque Bleu » et de « L’Ultrableu ». J’attends particulièrement le moment où « Ton héritage » rencontrera les nouvelles compositions, car c’est souvent en concert que les chansons de Biolay cessent d’être seulement élégantes pour devenir véritablement physiques. Reste une question : cette réédition referme-t-elle vraiment le cycle bleu, ou l’artiste garde-t-il encore quelques nuances cachées dans sa palette ? Je penche pour la première hypothèse, mais avec Benjamin Biolay, une porte fermée laisse presque toujours filtrer une dernière mesure.

Comments


NEWSLETTER : INSCRIVEZ-VOUS

Restez informé, découvrez le meilleur de Radio PANAME dans la newsletter gratuite hebdomadaire et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

Merci pour votre envoi !

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Instagram

DÉCOUVREZ LA GRANDE MUSIQUE

accès direct à la radio LA GRANDE MUSIQUE

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
badge just ask amazon alexa
bottom of page