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  • À Astaffort, Aurélie Cabrel réinvente la maison musicale de demain avec Baboo Music

    Je revois la colline d’Astaffort en fin d’après-midi, cette lumière un peu dorée qui tombe sur les vignes et le clocher du village. C’est là, dans ce décor qui ressemble à une pochette de disque de Francis Cabrel, que sa fille aînée, Aurélie, est en train de réinventer à sa manière la légende familiale. À 40 ans, depuis une grande maison de pierres nichée « loin de l’agitation urbaine », elle produit son propre père, mais aussi une actrice césarisée comme Agnès Jaoui, et rêve de transformer ce foyer en « petite salle sur la terre », un vrai lieu de culture au cœur du Lot-et-Garonne. Une fidélité profonde à Astaffort, berceau familial et artistique J’ai l’impression, en suivant son parcours, d’assister à un drôle de mouvement : celui d’un artiste immense qui se retire volontairement des lumières pour laisser sa fille allumer les siennes, à quelques centaines de mètres de là, à vélo. Car tout part de cette fidélité viscérale à Astaffort. Francis Cabrel y vit toujours avec Mariette, la « Petite Marie » de la chanson, leurs trois filles y ont grandi, son frère Philippe y cultive la vigne au Domaine Boiron. Là où beaucoup de familles d’artistes auraient filé vers Paris, les Cabrel ont choisi de creuser des racines plus profondes dans ce village d’environ 2 000 habitants, équilibrant ainsi tradition et innovation. Cette démarche personnelle permet à Aurélie d’impulser une dynamique artistique à la fois enracinée et ouverte. Baboo Music : la maison de production comme héritage vivant Aurélie, qui se présente d’abord comme autrice, compositrice et interprète, a longtemps tenté sa propre voie, avec deux albums en solo avant de basculer vers l’ombre lumineuse du métier : la production, l’accompagnement d’artistes. En 2014, elle fonde Baboo Music, un label encore modeste mais déjà bien identifié dans le Sud-Ouest. Puis, en 2020, elle franchit un cap en ouvrant son propre studio d’enregistrement dans une des propriétés familiales, sur une colline entourée de vignes. Elle explique ce choix avec une simplicité touchante : « J’ai baigné dedans depuis que je suis née, j’aime ce milieu, ce métier et l’art en général. C’est une histoire de passation, d’héritage et peut-être aussi de respect envers ce que m’ont transmis des plus grands que moi » (La Dépêche). Ce studio devient un refuge où artistes émergents et confirmés trouvent un espace de création authentique, loin des pressions des grandes capitales culturelles. Un modèle familial et rural de transmission artistique Francis Cabrel, figure emblématique de la chanson française, illustre ce modèle en venant enregistrer un titre inédit chez sa fille en 2023, renforçant par là-même leur collaboration complice. Ce geste symbolise la remise de témoin dans un esprit d’égalité et de co-construction. Sur le plateau de Quotidien, Cabrel décrit avec fierté son père-vélo qui traverse les vignes d’Astaffort pour rejoindre Baboo Music. Cette image poétique souligne une conception proche et humaine de la création musicale et familiale. Des collaborations prestigieuses et la diversité musicale au cœur d’Astaffort L’année 2024 marque un autre tournant avec l’arrivée d’Agnès Jaoui, qui enregistre dans ce studio son album « Attendre que le soleil revienne », salué comme un retour à une chanson mélancolique et élégante, teintée d’influences latino-américaines. Ce choix démontre le rayonnement de Baboo Music au-delà des frontières régionales et musicales. Francis Cabrel et Agnès Jaoui enregistrent ensemble le duo « Si tu me dices ven », un clin d’œil vibrant à la tradition hispanophone, fusionnant héritage et modernité. Zélie la pirate : initier les enfants à la musique et au spectacle vivant Au-delà de la production, Aurélie porte aussi des projets éducatifs comme Zélie la pirate, un spectacle musical pour enfants destiné à éveiller leur curiosité artistique et leur goût pour la scène. Ces initiatives renforcent la vocation de transmission intergénérationnelle qui sous-tend Baboo Music. Vers une « Petite Salle sur la Terre » : un projet culturel à impact local Avec son association Une Petite Salle sur la Terre, Aurélie ambitionne de transformer la maison familiale en une salle de concerts intimiste de 70 places. Ce lieu sera dédié à la création, la transmission et la rencontre entre artistes et public, offrant une alternative aux grandes structures urbaines. Ce projet s’inscrit dans la continuité des Rencontres d’Astaffort, initiées par Francis Cabrel dans les années 1990, qui ont déjà contribué à faire du village un pôle d’attractivité culturelle. La vision est ambitieuse : créer un espace alliant proximité artistique et dynamisation sociale d’un territoire rural, en favorisant le dialogue entre tradition et innovation. Défis et perspectives : un avenir à construire avec patience et engagement Il reste à trouver un modèle économique viable pour faire fonctionner cette salle tout en préservant son identité intime et familiale. Fortes de la notoriété Cabrel, les initiatives bénéficient d’une visibilité médiatique et d’un réseau local solide, mais le chemin vers une pérennité complète demande du temps et de la résilience. Malgré quelques épreuves, comme la liquidation judiciaire du restaurant familial Le Square, Aurélie avance avec détermination, consciente que la réussite s’inscrit dans une durée longue. Un laboratoire artistique rural au cœur du Lot-et-Garonne Entre viticulture, production musicale, accueil d’artistes de renom et futur espace scénique, Astaffort pourrait bien devenir un foyer d’expérimentation artistique unique en son genre. Ce modèle démontre qu’il est possible de conjuguer patrimoine, vie locale et création contemporaine. Au-delà de la famille Cabrel, ce sont les habitants d’Astaffort et les jeunes talents émergents qui bénéficient de cette dynamique, illustrant le rôle fédérateur de la culture en milieu rural. Conclusion : une transmission vivante et créative à Astaffort Si la silhouette de Francis Cabrel à vélo reste une image forte, c’est surtout la démarche d’Aurélie Cabrel, alliant respect des racines et regards tournés vers l’avenir, qui marque les esprits. À travers Baboo Music et Une Petite Salle sur la Terre, elle écrit un nouvel acte de la légende familiale, ouvrant une maison de pierre à la créativité et à la rencontre. Cette aventure illustre parfaitement la force tranquille d’un projet où la musique, la famille et le territoire se conjuguent en harmonie, offrant à la chanson française un souffle vital au cœur de la campagne française.

  • Olivia Ruiz, périménopause et miroir brisé : le courage discret d’une femme chocolat

    « Je n’ai plus un seul repère face au miroir. » Cette phrase d’Olivia Ruiz, prononcée avec une sincérité désarmante dans l’émission YouTube Mesdames Médias le 24 juillet 2026, révèle une facette intime et peu évoquée de la vie d’une artiste : la confrontation avec la périménopause. À 46 ans, la voix rauque et l'énergie brune de la chanteuse française, connue pour son album culte La Femme chocolat, s’ouvrent sur un état souvent tu, empreint de doutes, de transformations silencieuses, loin des projecteurs habituels de la scène musicale. Un témoignage rare sur la périménopause dans le monde artistique Dans un univers où l’image et la jeunesse sont précieuses, Olivia Ruiz ose mettre des mots sur ces bouleversements corporels et psychologiques qui précèdent la ménopause. La périménopause, cette phase charnière où les hormones jouent au yo-yo, amène fatigue, troubles du sommeil, variation du poids et un sentiment d’étrangeté face à son propre reflet. Son discours, confié à la journaliste Elsa Wolinski, résonne comme un écho collectif auprès des femmes traversant cette étape souvent isolante. Du succès à la transformation personnelle Depuis ses débuts en 2001 à Star Academy, Olivia Ruiz s’est distinguée par une sensibilité à fleur de peau et des chansons profondément humaines. Elle a su s’affranchir du moule télé-réalité pour devenir une autrice-compositrice engagée. Son premier album, La Femme chocolat, sorti en 2005, a marqué les esprits par son mélange de textures musicales et ses récits de femmes pleines de cicatrices. Après avoir exploré la scène avec chaleur et intensité, elle a choisi de mettre en pause sa visibilité pour se concentrer sur l’écriture de romans et sa vie familiale. L’évolution de son image et de son rapport au corps Dans ses récents propos, Olivia évoque une confrontation renouvelée avec son corps. Jadis tourmentée par ses complexes d’adolescente, elle parle aujourd’hui d’une amorce de paix fragile, d'un apprentissage de la bienveillance envers soi-même. Sa discipline mentale, consistant à contrer les pensées négatives avant qu’elles ne s’ancrent, illustre un parcours de réconciliation intérieure qui touche une frange encore peu explorée du discours féministe contemporain. L'impact culturel et social de son témoignage Au-delà de sa dimension personnelle, le témoignage d’Olivia Ruiz agit comme un déclencheur dans le paysage culturel français. Dans un contexte dominé par le jeunisme et la beauté idéale façonnée par les réseaux sociaux, sa parole vient rappeler l’universalité et la normalité du vieillissement. Elle offre une visibilité nouvelle à la périménopause, sujet souvent relégué dans l’intimité ou la sphère médicale, insufflant ainsi un début de dialogue public qui pourrait transformer la perception et le vécu de cette étape. Un encouragement à la solidarité féminine Relayé dans des médias populaires comme Femme Actuelle et amplifié sur les réseaux sociaux, son message « Aimez-vous maintenant » devient un mantra pour les femmes confrontées à des identités corporelles changeantes. Ce petit mantra laïc proposé par Olivia encourage l’acceptation de soi et la bienveillance dans un combat souvent solitaire. À travers ce partage, elle invite à une forme de sororité, essentielle pour déconstruire les tabous autour de la périménopause. Une artiste toujours en mouvement Quand Olivia Ruiz parle de son corps qui lui échappe, elle ne ferme pas la porte à la créativité future. Au contraire, cette période difficile semble s’annoncer comme un nouveau chapitre artistique, une source d’inspiration pour une œuvre probablement teintée de la complexité du temps qui passe. Son témoignage soulève ainsi la dimension politique de la représentation du corps féminin dans les médias et la musique, posant les bases d’un dialogue plus inclusif autour du vieillissement. Un combat pour la douceur et la diversité corporelle Alors que la société glorifie souvent des normes inatteignables, Olivia Ruiz rappelle que l’on a le droit de vieillir, de changer, et d’éprouver des doutes sans s’exclure du champ des possibles. Son discours, posé, loin des excès, est un souffle frais qui ouvre une fenêtre sur la vulnérabilité et la force discrète des femmes. Ce courage tranquille alimente une conversation plus large sur l’acceptation de soi, invitant chacun à mener ses propres combats avec douceur et respect.

  • Pascal Obispo retranché au Cap Ferret : le refuge d’hier devenu « enfer » sous les flammes et les touristes

    « Je ne sors plus de chez moi. » Cette phrase, prononcée par Pascal Obispo lors de son intervention dans Culture Médias sur Europe 1, évoque bien plus qu’un simple retrait social. Elle est le témoignage poignant d’un artiste attaché à un lieu précis, le Cap Ferret, où il a grandi entre Bordeaux et le bassin d’Arcachon, un coin de paradis aujourd’hui bouleversé. Ce refuge à l’atmosphère sauvage et apaisante est devenu un théâtre où se conjuguent crise environnementale et explosion touristique. Une enfance bercée par les flots et la musique Né à Bergerac, Pascal Obispo a grandi avec le murmure des vagues et le vent de l’Atlantique. Au début des années 70, lors d’une colonie de vacances, il découvre le Cap Ferret. C’était alors un territoire préservé, loin des brassages massifs que l’on observe aujourd’hui. Dans une interview au Journal du Dimanche en 2017, il confiait : « Depuis 1970, j’y passe tous mes étés. C’est ici que j’ai appris à nager et que j’ai fait mes premiers radio-crochets, au Club Mickey. » Ce climat naturel et authentique a profondément marqué sa sensibilité artistique. Un cocon créatif face à l’envahissement touristique Avec la notoriété, Obispo transforme sa maison en un véritable laboratoire musical, un studio cerné par les pins, où la nature reste un compagnon quotidien. Pourtant, le Cap Ferret a changé. La presqu’île attire toujours davantage de touristes et d’acheteurs, faisant grimper les prix de l’immobilier et transformant l’atmosphère paisible en une agitation continue, surtout en été. Embouteillages, plages bondées, curieux et paparazzis transforment peu à peu ce refuge en lieu peu accueillant. L’impact du tourisme de masse Ce tourisme intensif est une des causes principales du mal-être ressenti par Pascal Obispo qui avoue ne plus sortir. Le contraste entre l’envie de sérénité et la pression touristique se fait cruel. Pour un artiste habitué à l’intimité et à la discrétion, se promener sans être dérangé est devenu un défi. Les résidents locaux évoquent un « tourisme prédateur » qui risque de dénaturer la singularité du lieu. Cette évolution oblige même la commune du Cap Ferret à envisager un nouveau modèle touristique mieux adapté. La menace grandissante des incendies en Gironde Alors que le tourisme exacerbe les tensions, une autre menace, autrement plus grave, s’est invitée dans le quotidien des habitants : les incendies de forêt. La sécheresse accentuée par le changement climatique a rendu la forêt girondine particulièrement vulnérable. En juillet 2023, les flammes ont frappé durement Lège-Cap-Ferret, provoquant des évacuations massives, confinant les habitants, et mettant en danger les habitations, dont celle de Pascal Obispo. Un artiste en première ligne face au drame écologique Pascal Obispo avait déjà pris la parole en 2022 lors des précédents feux pour soutenir pompiers et sinistrés. Cette année, sa maison, son studio, ses souvenirs, sont directement menacés par ce brasier. Sa déclaration sur « l’enfer » du Cap Ferret résonne tragiquement avec ces événements enflammés. Cette situation illustre à merveille les tensions extrêmes entre l’homme et son environnement, où la beauté brutale côtoie l’urgence écologique. Un lien spirituel et l'envie de ralentir Au-delà des tumultes, Obispo décrit également un attachement profond à cette terre. Il évoque la lumière spéciale sur la dune, la messe dominicale dans la petite église, et les liens tissés dans la durée avec les habitants. Vouloir ralentir et se recentrer sur l’essentiel après des années sous les projecteurs, c’est ce que souhaite l’artiste. Pourtant, ce refuge, source d’inspiration et de paix, se transforme aujourd’hui en un espace contraint, victime des affres modernes. Perspectives pour l’avenir du Cap Ferret La commune, consciente des défis qu’elle doit relever, étudie des pistes pour réinventer son économie touristique, préserver ses espaces naturels, et anticiper les risques d’incendies en reboisant autrement et en limitant l’urbanisation. Pascal Obispo incarne la résistance douce, fidèle à ses racines, gardien d’un territoire en quête d’équilibre. Son histoire illustre un combat symbolique entre modernité et tradition, tourisme et préservation, clair-obscur d’une région confrontée aux défis du XXIe siècle. Espérons qu’il puisse bientôt à nouveau goûter aux joies simples du Cap Ferret, apaisé, regardant la marée monter sous un ciel pur, comme il l’a toujours fait, entre pins et océan.

  • Emily Loizeau à Beaucourt : quand la chanson française rallume la lumière dans le noir

    Il y a des soirs qu’on imagine d’avance : un parking encore humide d’une pluie de janvier, des manteaux qui gouttent dans le hall, et au bout du couloir une petite salle de province où une voix, une seule, remet le monde à l’endroit. C’est exactement ce que promet le concert d’Emily Loizeau à La Maison de Beaucourt, près de Montbéliard, le vendredi 22 janvier 2027. J’ai longtemps associé cette salle à des affiches un peu passées, des fauteuils rouges patinés, ce genre de lieux qui tiennent debout grâce à la fidélité des habitants. Et je trouve assez beau que ce soit là, dans ce Foyer Georges Brassens qui aligne depuis plus de quarante ans ses soirées de chanson, qu’Emily vienne présenter La Souterraine, son album le plus incandescent, sorti à l’automne 2024. Je le dis sans détour : voir une artiste de cette trempe s’arrêter dans un coin du Territoire de Belfort, à Beaucourt, c’est tout sauf anodin dans une époque où les tournées filent surtout sur les grands axes. Une artistes incontournable de la chanson française contemporaine Pour bien mesurer ce qui se joue dans cette date jurassienne, il faut revenir un instant sur ce que représente Emily Loizeau dans la chanson française actuelle. Franco-britannique, élevée entre la culture anglo-saxonne et la littérature en français, elle s’est d’abord faufilée dans le paysage par la petite porte, en autoproduisant un mini-album, Folie en tête, en 2005, avant de s’installer durablement avec L’autre bout du monde, paru en 2006 chez Fargo. Je me souviens de cette époque où l’on découvrait sa voix claire, un brin voilée, sur des arrangements folk-pop ciselés, comme un trait d’union fragile entre les comptines de l’enfance et une mélancolie d’adulte. Depuis, sa trajectoire a suivi un chemin de traverse : albums conceptuels, collaborations avec le dramaturge Fabrice Melquiot, théâtre musical, spectacles engagés… jusqu’à cette reconnaissance institutionnelle, en 2014, lorsqu’elle est nommée chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Rien de clinquant, pourtant, dans sa manière de tenir sa place : son exigence artistique la maintient à distance des tendances faciles, tout en lui assurant un noyau dur de fidèles qui remplissent les salles à chaque tournée. La Maison de Beaucourt n’échappe pas à cette logique. Cette structure, connue dans tout le Nord Franche-Comté, a bâti sa réputation sur une programmation exigeante et chaleureuse, très attachée à la chanson d’expression francophone. Voir Emily s’y produire, c’est comme la voir rejoindre une famille élargie : celle de ceux qui croient encore qu’un texte bien écrit, porté par une voix sincère, peut toucher des vies très simples, très loin des capitales. Que l’on arrive de Belfort ou de Montbéliard par l’A36, en suivant ces départementales qui serpentent jusqu’à la place Roger-Salengro, on vient chercher la chaleur d’un foyer autant qu’un concert. La Souterraine, l’album qui éclaire la noirceur du monde Ce soir-là, le 22 janvier 2027 à 20 h 30, c’est donc La Souterraine qui est au centre de toutes les attentions. L’album, paru en septembre 2024, a été souvent décrit comme traversé par une tension électrique : une façon de prendre à bras-le-corps les crises qui ébranlent notre époque – climatique, économique, sanitaire – sans céder au cynisme. D’après la présentation faite par le site jds.fr, qui annonce le concert de Beaucourt, ces nouvelles chansons regardent la noirceur du monde droit dans les yeux, mais pour mieux la dépasser, comme si la seule manière de ne pas être englouti consistait à la nommer. On y retrouve notamment "Ici commence la mer", qui sonne déjà comme un classique de son répertoire récent, et "Éclaire-moi", un titre écrit avec Fabrice Melquiot, fidèle complice d’Emily sur plusieurs projets scéniques. J’aime cette idée d’un disque qui avance, lampe frontale sur la tête, dans les galeries parfois obscures de notre temps, en cherchant comment « ne pas abandonner la lumière », pour reprendre l’expression utilisée par la présentation de la tournée. Le choix de La Maison de Beaucourt comme écrin n’est pas anodin : la salle, à taille humaine, permet cette proximité presque physique avec l’artiste. On s’y installe au plus près de la scène, on entend les respirations entre deux phrases, les frottements de guitare, cette humanité qui se perd parfois dans les grandes arenas. Les billets, proposés à partir de 32,40 €, restent d’ailleurs à un niveau encore accessible pour un spectacle de cette qualité, surtout quand on sait que la jauge est limitée et que la popularité d’Emily Loizeau ne cesse de croître. Très concrètement, il faudra s’y prendre tôt pour réserver, les plateformes de billetterie en ligne relayant déjà la date comme un moment fort de la saison. Une tournée qui valorise les petites scènes et le tissu territorial Au-delà de Beaucourt, la tournée de La Souterraine doit aussi passer par d’autres villes, notamment Strasbourg, autre étape annoncée dans le Grand Est. Là encore, la cohérence saute aux yeux : Emily s’accroche à un maillage de salles qui, de saison en saison, entretiennent un lien vivant avec la chanson française d’aujourd’hui. Cette attention portée aux petites scènes est un véritable acte de résistance culturelle face à la concentration des tournées sur les grandes métropoles. La présence d’artistes comme Emily Loizeau dans ces lieux permet non seulement de créer un lien fort avec des publics locaux, mais aussi de contribuer à la dynamique culturelle et économique régionale. La résistance douce de la chanson française portée en province Je me surprends souvent à penser que ce type de concert, dans un foyer culturel de province, est une forme de résistance douce. Résistance à l’uniformisation des goûts, à la tentation du divertissement sans mémoire, à l’idée que la chanson ne serait plus qu’un fond sonore pour playlists pressées. Dans La Souterraine, Emily Loizeau parle d’un monde cabossé, traversé par des peurs sourdes, mais elle y oppose la force fragile de la poésie, cette capacité à redonner du sens aux gestes les plus quotidiens. On est là au cœur de ce que la chanson française a de plus précieux : une façon de tenir ensemble l’intime et le collectif, de raconter l’époque sans abandonner les vertus simples, presque familiales, d’un récit partagé. La Maison de Beaucourt, qui fêtera bientôt ses cinquante ans d’existence, s’inscrit dans cette même fidélité : elle continue d’accueillir des artistes comme Yves Duteil, des hommages à Daniel Balavoine, des soirées anniversaires où plusieurs générations se retrouvent. La venue d’Emily Loizeau, le 22 janvier 2027, s’ajoute à ce fil discret mais tenace qui relie les parents, les enfants, les grands-parents autour d’une même langue chantée. Un impact local, social et culturel palpable À court terme, les conséquences sont très concrètes : une soirée d’hiver où l’on sort de chez soi, une salle qui se remplit, des commerçants qui travaillent un peu plus, des équipes techniques qui font vivre leur savoir-faire. À plus long terme, c’est une autre question qui se dessine : combien de temps encore parviendrons-nous à maintenir ce réseau de petits lieux, ces maisons de la culture qui tiennent bon dans les bourgs et les villes moyennes ? La réponse, pour partie, se joue justement dans ces concerts-là, quand un public choisit de faire la route un vendredi soir pour venir écouter une artiste qui refuse la facilité. J’ai la conviction que ces rendez-vous comptent plus qu’on ne le croit. Et je me plais à imaginer, ce soir du 22 janvier, quelques familles garées sur les parkings gratuits de la place Roger-Salengro, serrant leur écharpe avant de pousser la porte de La Maison. À l’intérieur, la lumière se tamise, une silhouette s’avance au piano, et pendant une heure et demie, dans ce coin de Franche-Comté, la noirceur du monde recule un peu.

  • Jean-Jacques Goldman : la soirée W9 qui rallume la flamme d’une légende française

    Ce mardi 28 juillet 2026, dans de nombreux foyers français, l'ambiance rappelle un doux parfum des années 90 : rideaux mi-clos pour atténuer la chaleur, verres de sirop posés sur des tables basses, et sur les écrans, le visage familier d’un homme qui ne se montre plus dans les médias depuis des décennies. Jean-Jacques Goldman, une icône de la chanson française, est à nouveau au cœur de l’attention grâce à une soirée spéciale diffusée sur W9 : « Les 20 chansons de Jean-Jacques Goldman préférées des Français ». This programme, annoncé comme « une soirée nostalgique construite autour des tubes d’un auteur-compositeur-interprète devenu une légende » par Série News, dépasse le simple divertissement télévisé. Il s'agit d'une véritable veillée mémorielle où se rejoue une part essentielle de la mémoire culturelle française. Un artiste discret, omniprésent dans le cœur des Français Jean-Jacques Goldman incarne ce paradoxe fascinant : absent des médias depuis plus de vingt ans, il demeure cependant la personnalité préférée des Français, dominant régulièrement les sondages face à des figures publiques plus exposées. Avec près de 28 millions d’albums vendus en France et une carrière jalonnée de disques d’or et de platine, son répertoire s’étend des années 80 à la fin des années 2000, traversant les générations. Les images parlent d’elles-mêmes : des affiches fanées de sa tournée « Traces », des cassettes usées dans des voitures des années 90, ou encore ses albums physiques coincés parmi ceux de Cabrel et Michel Berger. Cette ambiance familale, si typique de l’époque, est recréée lors de cette soirée W9, et souligne le lien intime que l’artiste entretient avec son public. Le retour d’une légende à travers ses 20 chansons préférées Le programme de W9 dévoile un classement participatif, reflet d’un mouvement de fond qui ravive la place de Goldman dans le paysage musical français. La récente réédition de sa compilation « Singulier 81–89 » s’est hissée au sommet des ventes, tandis que France 2 a produit plusieurs primes-hommages qui ont rencontré un large succès d’audience. Le top 20 compilé propose une immersion dans des titres emblématiques tels que « Envole-moi », « Je te donne », « Au bout de mes rêves », « 4 mots sur un piano » ou encore « Là-bas ». Chacune de ces chansons encapsule un pan de la chanson française, illustrant pourquoi Goldman est souvent considéré comme « le plus grand auteur-compositeur populaire depuis Brassens ». Au-delà des tubes : l'empreinte profonde de Goldman Plus qu’un simple interprète, Goldman est un artisan du tube qui a su écrire pour lui-même et pour les autres. Sa collaboration avec Céline Dion a donné naissance à des classiques incontournables comme « Pour que tu m’aimes encore » ou « S’il suffisait d’aimer », transcendant même les frontières francophones. Son impact s’étend également à des artistes tels que Johnny Hallyday, Patricia Kaas, Khaled, Carole Fredericks, et Patrick Fiori. Ce dernier apparaît notamment dans le duo « 4 mots sur un piano », une chanson sortie en 2007 et redécouverte par une génération nouvelle. Les histoires derrière les tubes « Je te donne » : un duo franco-anglais avec Michael Jones, symbole d’une France ouverte et métissée. « Là-bas » : un hymne au départ et à l’exil, rendu poignant par la tragédie ayant touché Sirima, sa partenaire originale. « Envole-moi » : devenu l’hymne des adolescents en quête d’émancipation. « Au bout de mes rêves » : un message d’espoir lucide et intemporel. Une soirée teintée de nostalgie et de valeurs humaines Regarder le classement se dérouler, c’est ressentir une atmosphère familiale où s’entremêlent souvenirs personnels et héritage collectif. Goldman est associé à des valeurs telles que la fidélité, la solidarité, et la transmission, illustrées notamment par son engagement pour les Restos du Cœur à travers « La Chanson des Restos », devenue un appel à la générosité gravé dans la mémoire collective. Les images d’archives des Enfoirés diffusées lors de la soirée ravivent une époque où la musique pouvait incarner un réel élan de compassion. Le mystère du retrait et la fascination persistante Malgré des rumeurs périodiques de retour sur scène, Jean-Jacques Goldman demeure fidèle à son choix de discrétion, vivant à Londres et évitant les réseaux sociaux. Cette absence nourrit une fascination rare, où le silence agit comme un contrepoint à un univers musical saturé d’images et de nouvelles. Ainsi, cette soirée W9 ne se contente pas de revisiter un catalogue intemporel, elle interroge aussi notre rapport à la musique populaire à l’ère du streaming et des algorithmes, soulignant le geste volontaire de redonner sens et place à des chansons qui comptent. Conclusion : une mémoire collective tissée par la musique On imagine une scène simple, un canapé réuni plusieurs générations découvrant ou redécouvrant ensemble les chansons de Goldman, un lien rassurant et précieux entre passé et présent. W9 a su saisir cette magie en dédiant une soirée entière à un artiste retiré, preuve que la chanson française conserve ce pouvoir unique de fédérer et de perpétuer une mémoire commune.

  • Louis Bertignac, le riff plus fort que la douleur à 72 ans

    Je le revois, silhouette maigre, jean sombre, Telecaster en bandoulière, planté dans la lumière blanche d’un soir d’été. À Hyères, il y a quelques jours, ils étaient près de 5 000 à reprendre en chœur Cendrillon et Ça (c’est vraiment toi), et devant cette marée de voix, j’ai repensé à ce que Louis Bertignac confiait récemment : la veille d’un concert, il peut se sentir « comme un chien », courbaturé, cassé de partout. Mais dès qu’il met un pied sur scène, plus rien. La douleur s’éclipse, le corps se fait oublier, comme si le rock, pour ce guitariste de 72 ans, était devenu une forme de morphine naturelle. C’est cette étrange alchimie, entre âge, fragilité assumée et énergie presque juvénile, qui me frappe dans l’actualité de Louis Bertignac ces jours-ci : un homme au crépuscule théorique de sa carrière, qui ne parle pourtant que de futur, de chansons à finir, d’album à venir… tout en avouant, avec une sincérité désarmante, qu’il va falloir lever le pied. Un parcours emblématique du rock français Je ne peux pas m’empêcher de replacer ce moment dans le long roman de ce musicien. Louis Bertignac, c’est d’abord Téléphone, évidemment, formation fondatrice du rock français à la fin des années 70, avec Jean-Louis Aubert, Corine Marienneau et Richard Kolinka. Ce groupe a profondément marqué la scène musicale hexagonale, mêlant énergie brute et mélodies accrocheuses, devenant une référence intemporelle. Les années de tournées effrénées et les concerts qui finissaient en sueur et en larsen ont forgé son identité artistique et physique. Ces excès, qu’il a reconnus plus tard avec un mélange de recul et d’humour, ont laissé à la fois des souvenirs impérissables et une prise de conscience des limites du corps. Aujourd’hui, lorsqu’il évoque ses 70 ans passés, il confie se sentir parfois « mieux maintenant qu’il y a trente ans », grâce à une meilleure connaissance de lui-même, un tri dans ses priorités et une écoute attentive de son corps. Entre vie publique et intimité familiale Parallèlement à sa carrière publique, il y a l’autre scène, plus discrète : la maison, les enfants, le studio. Père de trois enfants nés dans les années 2000, il jongle entre rythmes familiaux, devoirs scolaires et création musicale. Ce contraste entre le vacarme du rock et la douceur du foyer se traduit dans chacune de ses récentes prises de parole. Il parle aussi de ses moments de flottaison, où une mélodie surgit de manière imprévue, révélant sa nature d’artiste artisan toujours en éveil. La scène, un « super médicament » Dans un entretien repris par Ohmymag et inspiré d’échanges accordés à Var-Matin, il confie qu’il peut être courbaturé, se sentir vieux dans la journée… et ne plus rien ressentir une fois les amplis allumés. La scène représente pour lui une véritable bulle d’adrénaline et de vie intense. Il raconte même être déjà monté sur scène avec un Covid « à fond », signe de sa passion inextinguible, et de cet état d’esprit qui défie la fatigue et la douleur. Ce comportement témoigne de la relation presque mystique qu’il entretient avec le rock live, ce moment où les échanges avec le public dépassent la simple performance musicale. Les contraintes et réalités d’un musicien de 72 ans sur la route Mais la scène n’est qu’une partie de la vie, et il ne cache pas que les aspects pratiques – les transports, les avions tôt le matin, les hôtels impersonnels, les embouteillages – pèsent lourd, surtout avec l’âge. Il exprime avec lucidité que ces conditions deviennent moins anodines et qu’elles réclament un nouvel équilibre. Il ne s’en plaint pas, soulignant au contraire qu’il prend encore énormément de plaisir sur scène, où le moment est « le plus facile » à vivre pour lui, face à une foule enthousiaste. Un ralentissement programmé pour mieux revenir Conscient de ses limites physiques, il a décidé d’organiser une forme de ralentissement progressif. Il évoque publiquement une pause ou un coup de frein sur ses tournées à partir de novembre 2026, la préparant avec minutie afin de préparer un nouvel album prévu pour le printemps 2027. Cette démarche témoigne de sa volonté de privilégier la qualité et l’authenticité, plutôt que de poursuivre une carrière sur un rythme insoutenable. Il souhaite rester un artiste pleinement impliqué, capable d’offrir à son public des concerts vibrants et des créations solides. L’avenir en musique et la relation avec son public Le lien particulier avec ses fans – qu’ils soient nostalgiques de l’époque Téléphone ou jeunes découvrant ses morceaux plus récents – est central dans sa démarche. Il refuse de livrer une prestation en demi-teinte, préférant ménager son énergie pour continuer à tout donner sur scène. Cette réflexion sur l’âge et la transmission interpelle sur le regard porté aux artistes vieillissants, souvent figés dans la nostalgie. Pour Bertignac, l’avenir rime avec création, endurance et renouveau. Nous pouvons donc nous attendre à voir son nom encore souvent à l’affiche des festivals français jusqu’en 2026, puis une transition plus axée sur le studio et la famille. Le rendez-vous est pris au printemps 2027 pour découvrir ce nouvel album, qui pourrait aborder ses questionnements récents, entre douleur, temps qui passe et légèreté retrouvée. Conclusion : Un artiste en mouvement perpétuel Louis Bertignac, à 72 ans, incarne cette rare capacité à conjuguer expérience, vérité et désir inextinguible de jouer, écrire et réinventer. Tant que la scène continuera d’être ce « médicament précieux », que les yeux de milliers de spectateurs brilleront au premier accord, il restera un artiste en mouvement, défiant l’âge note après note.

  • Olivia Ruiz, 46 ans, regarde le miroir droit dans les yeux

    « Aimez-vous maintenant, parce qu’après ce sera pire. » Quand Olivia Ruiz lâche cette phrase, mi-goguenarde, mi-tendre, elle s’impose comme un coup de clairon dans le vacarme des multiples injonctions faites aux femmes dans notre société. Sur le canapé doux et coloré de l’émission Mesdames Média, face à Elsa Wolinski, la chanteuse de La femme chocolat ne joue pas un rôle : elle parle avec une authenticité rare de son corps, ses peurs, la périménopause qui s’invite sans prévenir, et cette petite fille de 12 ans qu’elle croit encore voir dans le miroir. Je la regarde répondre, sans maquillage verbal, à une question qu’on ose rarement poser aux artistes sans détour : « Comment vous vous sentez dans votre peau à 46 ans ? » Et soudain, la lumière du plateau ressemble à celle d’une salle de classe, un jour de moquerie ordinaire, lorsqu’elle raconte qu’elle se sent « restée bloquée à la petite rondelette » harcelée par ses camarades. Son récit ne sonne pas comme une simple confession people : j’entends le bruit sourd des années de doute qui s’apprivoisent difficilement, surtout quand la gloire s’en mêle. Un parcours musical et personnel marqué par la liberté d’expression Je repense au parcours d’Olivia Ruiz, que beaucoup ont découverte sur le plateau de la Star Academy au début des années 2000. Une jeune femme brune, vive et fière, qui refusait d’être réduite à « la candidate » de TF1, revendiquant haut et fort son imaginaire, ses textes, sa liberté. Cette liberté, elle l’a construite au fil de ses albums, de La femme chocolat à Miss Météores, jusqu’à prendre un virage littéraire avec son roman La commode aux tiroirs de couleurs en 2020, surprenant ceux qui la cantonnaient à ses tubes. Mais derrière ce parcours lumineux, elle évoque souvent un socle plus rugueux : l’enfance dans un petit village de l’Aude, la nécessité de partir « ailleurs », et surtout, les années de harcèlement scolaire. À 46 ans, elle ne théorise pas la « violence scolaire » comme un concept abstrait : elle raconte la cassure. « J’ai vraiment l’impression qu’il y a un avant harcèlement scolaire et un après », explique-t-elle, soulignant comment cette période lui a « enlevé un petit boulon de la légèreté ». Dysmorphophobie et image de soi : un combat intime et médiatique Cette formule est puissante : on peut grandir, réussir, devenir une artiste et mère accomplie, et cependant garder en soi une pièce détachée du puzzle de la confiance. Dans l’entretien publié le 24 juillet sur YouTube, Olivia Ruiz parle clairement de dysmorphophobie. Ce trouble de l’image de soi est alimenté par ce passé difficile, mais aussi par la machine infernale des commentaires que génère la célébrité. Si la Star Academy lui a offert une notoriété durable, elle a aussi amplifié les regards critiques portés sur ses « petites couennes », expression qu’elle emploie avec une pointe d’autodérision. Son anecdote madrilène, racontée dans l’émission, prend alors une résonance particulière : trois mois passés loin de France, sans être reconnue, observée, scrutée. « Pas un jour je n’ai pensé à ma petite couenne, à ma tronche », avoue-t-elle. Sublime simplicité : il suffit parfois de changer d’horizon pour que son corps cesse finalement d’être un spectacle. Une leçon de désobéissance et de bienveillance envers soi-même Ce qui frappe dans cette discussion, et dans les échos qu’elle a suscités, c’est la transformation de son expérience intime en une leçon de désobéissance face à la tyrannie du miroir. Elle ne joue pas la carte du « gourou body positive », préférant se présenter comme une « conquistador face à ses démons ». Une image forte qu’elle déploie en se « grondant » elle-même lorsqu’elle commence à se perdre dans ses pensées négatives : « non mais t’es sérieuse, tu vas vraiment perdre ton temps à te prendre la tête sur ça ? » Cette méthode artisanale de survie, parler à son reflet comme à une grande sœur ferme mais bienveillante, dessine une stratégie lucide contre l’enkystement du discours intérieur toxique. Aborder la périménopause avec humour et franchise Autre sujet souvent absent des conversations médiatiques : la périménopause. Olivia Ruiz en parle avec la même franchise, ajoutant une touche d’humour déconcertante : « Aimez-vous maintenant parce qu’après ce sera pire », lance-t-elle. Plus jeune, elle se trouvait « flasque, grosse » en photo, mais aujourd’hui elle regarde ces images avec tendresse. Au-delà de la boutade, un message clair : le temps n’est pas un ennemi, mais il est inflexible, surtout si on continue à s’infliger une cruauté millimétrée. Son conseil aux femmes mal dans leur peau n’est pas un slogan creux, mais une invitation à la bienveillance envers soi-même, ici et maintenant, sans attendre une silhouette idéale hypothétique. Une voix qui résonne au-delà de la musique Au-delà de la promotion ou de la confession, Olivia Ruiz s’inscrit dans un mouvement féministe d’artistes refusant d’être réduites à leur apparence. Elle ne prétend pas avoir guéri de sa dysmorphophobie ni être réconciliée avec son reflet pour toujours. Elle reconnaît que les blessures anciennes ressurgissent, surtout avec les transformations liées à l’âge, aux hormones et à la pression de la notoriété. Mais elle affirme aussi que la conquête est possible. Continuer, à 46 ans, à chercher l’équilibre où l’on peut se tenir droite sans renier ni la petite fille blessée, ni la femme forte. À l’heure où elle poursuit sa carrière entre musique, écriture et engagements plus discrets, ces confidences définissent une ligne directrice claire : une artiste assumant de plus en plus la parole sur le corps des femmes, le vieillissement, le mélange délicat de fragilité et de résistance traversant tant de vies. En quittant l’entretien, je garde en tête cette image simple et forte : Olivia Ruiz face au miroir, qui engueule doucement ses démons. Beaucoup de lectrices pourront transposer cette scène dans leur salle de bain, un matin de doute. Si la chanson française a un rôle à jouer dans notre époque saturée d’images, c’est peut-être ici : dans la voix de celles et ceux qui osent dire que la véritable conquête, en 2026, n’est pas d’être parfait, mais d’apprendre patiemment à se regarder avec justice.

  • Véronique Sanson, 77 ans, triomphale au théâtre antique d’Orange après la peur et le silence

    En arrivant devant le théâtre antique d’Orange, ce dimanche soir-là, la scène se parait d’un spectacle chargé d’émotion bien avant la première note. Parmi la foule qui commençait à s’installer sous le soleil estival, des dizaines, puis des centaines de petits coussins dépassaient des sacs, rappelant un rituel, une coutume collective pour amortir les rigueurs des gradins de pierre. C’était une scène à la fois simple et chargée d’attentes, telle une veillée autour d’une amie précieuse que l’on a cru perdre. Une longue épreuve face à la fragilité À 77 ans, Véronique Sanson revient sur scène après une nouvelle alerte sanitaire qui avait conduit à l'annulation de plusieurs concerts durant l'été 2026. Ce retour n’est pas seulement celui d’une chanteuse qui déploie son art, c’est celui d’une femme qui a traversé le tumulte de la maladie, notamment un cancer de la gorge diagnostiqué en 2018, ayant imposé des traitements lourds et une longue convalescence. Les fans et observateurs avaient été inquiets devant la récidive d’une infection respiratoire aiguë en juillet, craignant que la voix unique de Sanson ne retrouve plus son éclat. Le théâtre antique d’Orange, un écrin historique pour un triomphe moderne Le décor du théâtre antique d’Orange ne pouvait être plus symbolique. Ce monument romain vieux de 2 000 ans, avec ses gradins imposants et son acoustique naturelle, a accueilli Véronique Sanson pour ce qui s’est avéré être une véritable renaissance artistique. Ce lieu monument historique du Vaucluse est reconnu pour sa capacité à réunir artistes et publics dans une communion authentique, et il offrait à cette soirée une aura particulière, dignifiant la performance d’une artiste qui, à l’instar des murs millénaires, résiste au temps. Une voix qui transcende le temps et les épreuves Lorsque la silhouette de Véronique Sanson a traversé la scène, un tonnerre d’applaudissements a salué son retour. Sa voix, légèrement marquée par les siècles passés et les difficultés rencontrées, s’est exprimée avec une étonnante fermeté et souplesse, témoignant d’une énergie préservée. Les chansons jouées ce soir-là - "Chanson sur ma drôle de vie", "Amoureuse", "Vancouver" ou "Besoin de personne" - ont rencontré leur public comme autant d’hymnes intemporels, portés par un mélange de nostalgie et de renouveau. Le rôle majeur des réseaux sociaux dans le lien public-artiste Dans les jours qui ont suivi le concert, Véronique Sanson a partagé avec sa communauté digitale des extraits du spectacle et des messages témoignant de son énergie retrouvée. Cette présence numérique multiplie les points de contact avec ses fans, permettant de rassurer et de prolonger la ferveur ressentie sur place. Elle confirme ainsi que sa voix publique, bien que plus mesurée, demeure vivante et vibrante, tissant un lien intime avec ceux qui la suivent depuis des décennies. L’impact et l’héritage d’une carrière exceptionnelle Véronique Sanson, figure majeure de la chanson française depuis les années 1970, a marqué plusieurs générations par ses compositions profondes et son style unique. Son parcours, jalonné d’excès, de succès et de combats personnels, inspire aujourd’hui un respect accru, témoignant d’une longévité artistique rare. Sa capacité à mêler mélancolie, courage et humour dans ses textes continue de résonner au-delà des modes et des âges. Une soirée qui symbolise bien plus qu’un concert Cet événement est aussi une parabole sur notre relation aux artistes à l’âge de l’épreuve et du temps qui passe. Véronique Sanson, loin de l’image d’éternelle jeunesse, incarne une vérité précieuse : celle de l’authenticité, de la ténacité et de la présence malgré les obstacles. Le public qui la suit dans ce théâtre antique vibrant crée ainsi un moment d’union rare, un refuge contre la division, où la musique devient un langage commun et réconfortant. Perspectives pour la tournée estivale 2026 Les prochaines représentations seront à observer avec attention, chacune se déployant comme un témoignage supplémentaire de la vitalité de l’artiste. Alors que l’épisode d’hospitalisation était récent, sa volonté de poursuivre cette tournée incarne un vrai bras de fer avec la fragilité. Le public, lui, acclame cette détermination comme un symbole d’espoir et de résistance. En conclusion, Véronique Sanson au théâtre antique d’Orange en 2026, c’est le triomphe de la passion et de l’humain sur l’adversité. C’est la preuve qu’un éclat singulier peut persister, continuer d’illuminer des vies et transcender les âges. La soirée fut un moment de musique, certes, mais aussi une leçon d’espoir et un magnifique hommage à une carrière aussi riche qu’humaine.

  • Bénabar, voisin bruyant mais hôte tendre : l’été tapageur d’un chanteur très entouré

    Un voisin excédé par une trompette qui résonne à trois heures du matin : cette image, contée par Bénabar dans l’émission « Dans ma valise » sur RTL, traduit avec humour la vie estivale tumultueuse du chanteur dans sa maison du Luberon. Plongé dans le silence nocturne de Gordes, un des plus beaux villages perchés de Provence, le musicien – de son vrai nom Bruno Nicolini – vit un été où la musique, la camaraderie et un certain désordre conviviale tiennent le rôle principal. Gordes, écrin provençal pour une vie simple et animée Après des années de nomadisme liées à sa carrière, Bénabar et son épouse Stéphanie ont choisi Gordes comme leur havre ensoleillé. Village de pierre blonde, réputé pour ses panoramas exceptionnels et son âme provençale, il devient le décor d’une aventure familiale et amicale intense. Cette maison est bien plus qu’un refuge de vacances : c’est un espace de vie où musique et échanges rythment les journées, opposant le calme des collines à la chaleur des soirées animées. Une trompette égarée dans la nuit : entre poésie et voisinage tendu Ce sont ces parties de trompette improvisées, parfois à des heures inhabituelles, qui ont suscité l’irritation de certains voisins. Bénabar raconte avec malice les sessions nocturnes où « ça part en musique tous les soirs », confirmant que l’instrument circule entre amis, dans une joyeuse anarchie qui dépasse la simple chanson. Ce décalage entre la bonne humeur du musicien et la patience limitée des habitants alentours illustre un rapport délicat entre joie de vivre et respect du voisinage dans les zones rurales en plein essor. Grands dîners et hospitalité : une maison ouverte sur l’amitié Au cœur de cette dynamique estivale, les traditionnels grands dîners rassemblant jusqu’à 75 convives témoignent d’un désir sincère de plein accueil. Bénabar confie que cette convivialité le « rassure », lui qui considère la présence des amis comme une forme de refuge contre les tourments du quotidien. La maison devient un point de rencontre où amis se retrouvent entre eux, renforçant un réseau d’amitié fidèle et chaleureux dans un monde parfois fragmenté. Musique et voisinage : un fragile équilibre traditionnel revisité Les histoires de voisinage peuvent rapidement dégénérer en conflits, surtout dans un contexte estival où le bruit nocturne est strictement encadré par la loi. Pourtant, la narration tranquille de Bénabar, mêlée à un ton léger, indique que pour l’instant la tension reste contenue. L’artiste semble conscient des limites à ne pas franchir, notamment en soulignant l’éloignement de sa maison par rapport à la ville, tout en revendiquant ce plaisir de la fête et du partage. Entre scène et maison : les multiples facettes d’un artiste à 57 ans Ce double mouvement entre la scène, avec sa tournée pour l’album « Le Soleil des absents », et le refuge familier de Gordes compose la vie actuelle de Bénabar. Il incarne la génération d’artistes attachés à préserver une vie privée riche et gourmande d’humanité, avec ses joies d’être très entouré, ses petits désordres et quelques conflits mineurs. Cette attitude reflète une modernité humaine où l’art lutte pour rester proche des racines et de la simplicité des liens sociaux. Un été à la fois joyeux et questionnant pour la communauté locale Le récit de cet été animé fait écho à une réflexion plus large sur le vivre-ensemble dans les villages du Sud. Tandis qu’au rythme des journées occitanes et des heures pastorales s’ajoutent les éclats d’une trompette nocturne, se pose l’enjeu de concilier célébration et silence. Bénabar et son voisin expriment ainsi deux facettes de la vie locale, où la jouissance collective doit rencontrer le respect des espaces silencieux. En conclusion : Bénabar et la symphonie estivale du Luberon L’histoire de cet été 2026, entre trompette impromptue et longues tablées amicales, compose une mélodie où la joie de l’art se mêle aux nécessités du quotidien. Entre la fatigue des nuits interrompues et la lumière d’instant partagés, Bénabar incarne un artiste à la fois célèbre et profondément enraciné, qui choisit la fête et la fraternité malgré les petites tensions qui jalonnent cette existence. Le Luberon, sanctuaire provençal, devient ainsi un espace de création vivante, oscillant entre musique, convivialité et parfois besoin de tranquillité.

  • Alain Chamfort, l’art délicat de tirer sa révérence sans quitter la scène

    Je revois Alain Chamfort derrière son piano au Trianon, l’hiver dernier : costume sombre, sourire discret, et cette façon presque timide de lever les yeux vers la salle juste après la dernière note. On aurait dit qu’il vérifiait que nous étions toujours là, prêts à le suivre encore une fois. C’est pourtant ce même artiste, d’une élégance à l’ancienne, qui annonce aujourd’hui sa tournée L’Impermanence comme un chant de crépuscule assumé, tout en remplissant de nouveaux théâtres, à commencer par le Théâtre de Brunoy où il posera ses valises le 3 octobre 2026. Il y a quelque chose de très français dans cette manière de dire adieu à demi-mot : poursuivre la route, signer un disque aussi abouti que L’Impermanence, et dans le même geste prévenir qu’il s’agit sans doute du « dernier album studio au format classique » de sa carrière. On pourrait y voir une coquetterie, si l’album n’avait pas été nommé aux Victoires de la musique 2025 dans la catégorie « Album de l’année » et si la tournée ne se jouait pas majoritairement à guichets fermés, du Trianon aux Folies Bergère, avant de filer désormais dans des lieux plus intimistes, comme cette salle de Brunoy dont il va transformer les fauteuils rouges en salon feutré pour confidences mélodiques. Un parcours riche de cinq décennies Je mesure mal, avant de me replonger dans son parcours, à quel point la chanson française doit à Alain Chamfort. Cinquante ans de carrière, ce n’est pas seulement une jolie formule de dossier de presse : c’est une suite de mues successives, de l’adolescent pianiste autodidacte fasciné par le jazz à la créature pop très eighties façonnée avec Serge Gainsbourg, qui lui écrit les textes de Rock’n Rose et de Poses. Chamfort a su naviguer entre tendances et époques sans jamais perdre sa signature mélodique ni son élégance discrète. Dans L’Impermanence, paru en 2024, je retrouve des échos de toutes ces vies-là, mais filtrés par une forme de sagesse sans pose. Le disque, que plusieurs critiques ont salué comme l’un de ses plus beaux, s’appuie sur des complices de longue date comme l’auteur Jacques Duval, plume fidèle depuis Manureva, et sur des invités de sa génération suivante, à l’image de Sébastien Tellier, venu apporter sa touche de pop cosmique. Ce mélange générationnel confirme le désir de Chamfort de transmettre sans renier son héritage. Une œuvre entre héritage et renouveau Ce n’est pas un hasard si les programmateurs des Folies Bergère ou du Trianon se sont empressés d’accueillir cette nouvelle tournée : Chamfort a cette rare faculté de parler à ceux qui l’ont découvert sur les vinyles des années 70 et à ceux qui l’ont croisé via une playlist de streaming, en quête d’une chanson française sophistiquée qui ne renie jamais sa mélodie. Ce dialogue entre passé et présent se concrétise pleinement sur scène, où la modernité des arrangements côtoie le velouté intemporel de sa voix. Quand je lis les annonces pour le concert de Brunoy, je retrouve partout la même promesse : une « relecture vibrante de son héritage musical », mêlant pépites méconnues et classiques revisités. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la manière dont cette relecture se fait. Car derrière le mot, il y a un véritable geste artistique : l’arrangeur et multi-instrumentiste Adrien Soleiman a repris le répertoire pour en gommer le vernis daté, en privilégier la chair harmonique et la fragilité. Sur scène, cela se traduit par des versions plus épurées, parfois presque jazz, où un synthé discret ou un saxophone viennent se glisser derrière la voix, sans jamais l’écraser. À Paris comme en province, les retours de spectateurs convergent : on ressort avec l’impression d’avoir entendu des chansons que l’on croyait connaître « comme neuves », comme si quelqu’un avait ouvert les fenêtres dans une pièce familière. L’Impermanence, dans cette configuration, n’est plus seulement un nouvel album mais le fil conducteur d’un spectacle qui relie plusieurs époques de sa vie d’artiste. De Paris à la province : un retour à l’intime Dans les prochains mois, ce fil va se dérouler loin des seules salles parisiennes. Brunoy, en Essonne, n’est pas un simple point de chute pratique sur une carte de tournée ; c’est le symbole de ce mouvement vers des théâtres à taille humaine, où l’on entend le froissement des manteaux entre deux morceaux et où chaque silence prend un relief particulier. Le Théâtre de Brunoy, facilement accessible en RER D depuis Paris, devient ainsi le cadre d’une nouvelle étape de L’Impermanence, le 3 octobre 2026 à 20h30, avec des places à partir de 49,50 €. Ce n’est pas un « grand barnum » mais une soirée pensée comme un rendez-vous : on y entendra les chansons du dernier disque, bien sûr, mais aussi des morceaux plus anciens, réarrangés, piochés dans un demi-siècle de discographie. Je trouve touchant qu’au moment où il affirme vouloir clore son histoire avec le format traditionnel de l’album, Chamfort consacre autant d’énergie à revisiter ses propres chemins, comme s’il rangeait son œuvre avec soin avant de la confier au temps. Les annonces de tournée précisent d’ailleurs qu’en parallèle, il continue de jouer un autre spectacle, Le Meilleur de Moi-Même, au Théâtre Édouard VII à Paris : là encore, ce n’est pas la logique de la retraite qui domine, mais celle d’une transmission progressive. Dans certaines interviews récentes, il parle d’« exigence » plus que de nostalgie, revendiquant une écriture qui refuse les effets faciles, à rebours d’une époque saturée de contenus instantanés. Une carrière marquée par la profondeur et la constance L’Impermanence, le mot, dit bien cela : accepter que tout passe, y compris la carrière d’un chanteur, mais veiller jusqu’au bout à la qualité de ce que l’on laisse derrière soi. En sortant d’un de ses concerts, un spectateur racontait avoir pensé à ses propres albums de famille en entendant Manureva réorchestrée, comme si la chanson avait vieilli avec lui. C’est peut-être là que se joue l’essentiel : dans cette capacité, rare, à accompagner les étapes de la vie sans renier aucune de ses saisons. La tournée d’Alain Chamfort n’a donc rien d’un baroud d’honneur. Elle ressemble plutôt à un journal de bord musical que l’on viendrait lire à voix haute, ville après ville, jusqu’à Brunoy et au-delà. On ignore encore s’il tiendra parole et s’en tiendra à ce « dernier album classique », ou si de nouvelles envies le rattraperont. Mais je sais déjà que ceux qui s’installeront dans la pénombre du Théâtre de Brunoy, un samedi d’octobre 2026, n’auront pas seulement rendez-vous avec un répertoire : ils entreront, pour une soirée, dans cette façon bien à lui de traverser le temps, avec pudeur, élégance et cette petite ironie tendre qui fait les grands chanteurs français.

  • Michel Berger : Le secret longtemps porté par France Gall après la nuit de Ramatuelle

    Je reviens souvent, en pensée, vers cette maison blanche de Ramatuelle, posée entre les pins et la mer, comme une carte postale trop parfaite pour être vraie. Il y fait chaud, ce 2 août 1992, un de ces soirs où l’air reste lourd même après le coucher du soleil. Michel Berger vient de terminer une partie de tennis avec une intensité que tous décrivent encore aujourd’hui : le tee-shirt trempé, le visage rougi, l’orgueil de compétiteur de ceux qui ne font jamais les choses à moitié. Quelques heures plus tard, il s’effondre, terrassé par une crise cardiaque fulgurante à seulement 44 ans. Les journaux du lendemain parlent d’un drame soudain, d’un génie foudroyé en vacances, d’un coup du destin. Mais, des années plus tard, j’ai découvert que pour France Gall, cette nuit-là n’a jamais été une surprise totale. Elle se tenait au carrefour douloureux entre l’amour et la peur, consciente d’un danger qu’elle n’avait pas réussi à éloigner. Et c’est ce secret-là, longtemps tu, qu’elle a fini par confier, comme pour remettre un peu de vérité au cœur de cette légende trop lisse. Un couple d’exception au cœur des années 80 Dans les années 80, Michel Berger et France Gall vivent une idylle artistique et personnelle qui semble intemporelle. Leurs albums s’enchaînent brillamment, et leurs chansons deviennent rapidement des hymnes générationnels. "Ella, elle l’a", "Résiste" — autant de titres qui marquent profondément le paysage musical français, incarnant l’énergie, mais aussi la sincérité d’un duo hors du commun. Leur relation se distingue alors des clichés de la starisation. Michel, souvent décrit comme un "pianiste lunaire" discret, cache cependant un caractère de battant et une exigence envers lui-même qui vont de pair avec une vie rythmée par le travail acharné. France Gall, elle, est à la fois muse et partenaires d'un homme qui repousse sans cesse ses limites. Un cœur fragile dans un corps d’athlète passionné Contrairement à l’image parfois idéalisée de Michel Berger, il fallait aussi connaître la fragilité derrière cette silhouette de champion. Son amour du tennis, ce sport qu’il pratiquait avec acharnement, était en fait une façon de libérer la tension accumulée, mais aussi une source de danger révélée par plusieurs professionnels de santé. Le cœur de Michel montrait des signes avant-coureurs, imprégnés d’une inquiétude sourde partagée par France Gall, dont la douleur de l’attente sans pouvoir agir se ressent encore dans ses confidences. Elle expliqua plus tard qu’elle avait conscience, parfois douloureuse, que Michel jouait sa vie à chaque coup de raquette, ignorant les précautions recommandées par les médecins. Soundant cette alerte permanente, sa détermination l’emportait sur la prudence, et malgré les tentatives délicates de France Gall pour remettre en cause ce rythme effréné, il poursuivait son combat effervescent. La nuit de Ramatuelle : un orage annoncé Ce 2 août 1992 ne fut pas un événement isolé, mais plutôt l’issue tragique d’un équilibre fragile. Ravivant les témoignages recueillis au fil des ans et les déclarations de France Gall, on comprend que Michel Berger avait choisi de vivre intensément jusqu’au bout, au risque de s’exposer à une fin prématurée. Dans la douceur estivale de Ramatuelle, entre projets d’albums et rêves pour « Starmania », il s’est démené pour conserver cette flamme. Le drame qui suivit, foudroyant et violent, a marqué durablement le regard que le public porte sur lui. Mais grâce aux confidences dévoilées avec pudeur par France Gall, c’est désormais une histoire plus humaine, plus complexe, et pleine de courage que l’on peut appréhender. Une histoire d’amour, d’acceptation et de lutte contre une fatalité annoncée. Un héritage musical et humain plus vivant que jamais Trente ans après sa disparition, Michel Berger reste une icône dans le cœur des Français et de la chanson française. Son influence s'étend bien au-delà de son propre répertoire. Les artistes contemporains continuent de s’inspirer de ses mélodies et de ses textes empreints d'émotions authentiques. Le succès de "Starmania" illustre d’ailleurs sa capacité à toucher plusieurs générations avec un message qui traverse le temps. France Gall, de son côté, a porté avec force et dignité ce poids quasiment indicible, partageant au fil des années des pans de vérité qui enrichissent la mémoire collective sans jamais dénaturer leur histoire. Son témoignage apporte une lumière crue mais nécessaire sur l’homme derrière l’artiste, mettant en avant le combat d’un homme qui a préféré la passion à la prudence. Reflet d’une époque : entre passion et dépassement de soi La nuit de Ramatuelle invite aussi à une réflexion plus large sur la manière dont la société perçoit le travail, la santé et la réussite. Michel Berger, tel un symbole, incarne un modèle où la productivité et la dévotion artistique priment parfois sur le bien-être personnel, un dilemme encore très actuel. En racontant cette nuance, France Gall ne fait pas que partager un secret, elle rappelle à chacun l’importance d’écouter son corps et ses limites. Cette tragédie a laissé une empreinte indélébile non seulement dans la musique, mais aussi dans la conscience collective, marquant un appel à la prudence dans un monde qui valorise trop souvent l’excès. Sources Le Tribunal du Net Franceinfo France Bleu Paris Match Le Figaro Le Télégramme Ouest-France TF1 Info RTBF France Inter

  • À 72 ans, Louis Bertignac joue plus fort que la douleur

    « Je peux être comme un chien la veille, avoir mal partout… mais sur scène, je ne ressens plus rien. » Cette phrase, prononcée par Louis Bertignac, résonne comme un riff obstiné dans l'esprit de tous ceux qui le suivent depuis toujours. À 72 ans, le guitariste emblématique continue de défier la fatigue et les douleurs physiques grâce à une passion indéfectible pour la scène et la musique. Une silhouette sur scène qui défie le temps Début juillet 2026, c'est à Hyères, lors d'un concert gratuit en plein air réunissant près de 5 000 spectateurs, que l'ancien cofondateur du groupe Téléphone a livré une performance énergique et pleine d'enthousiasme. Malgré une silhouette frêle et un dos souvent douloureux, Bertignac bondit sur scène, comme si les années n'avaient aucune prise sur lui. Douleurs physiques et réalité quotidienne Dans son entretien accordé à Var-Matin et repris par des médias tels que Voici, Bertignac confie ses multiples douleurs et la difficulté des voyages liés à une vie d'artiste. Les nuits abîmées par les tournées, la fatigue qui s'accumule, tout cela contraste avec l'énergie déployée sur scène. Il raconte notamment avoir monté sur scène malgré un Covid virulent, ressentant une véritable anesthésie miraculeuse une fois les projecteurs allumés. Cette image d'un corps fragilisé mais d'un esprit combatif illustre parfaitement le musicien qu'il est aujourd'hui. Un musicien lucide, ni nostalgique ni plaintif Bertignac ne se livre pas à la nostalgie facile ni à la plainte. Il se présente comme un artisan qui a tiré sur la corde mais qui continue de trouver, dans chaque solo, une forme de grâce et de gratitude. Ce rockeur lucide parle avec simplicité de ses limites physiques mais refuse que cela l'empêche de poursuivre sa carrière musicale. Le poids des tournées versus la magie de la scène Un paradoxe émouvant se dégage de ses déclarations : c'est la vie quotidienne, avec ses voyages constants — trains, avions, vans — qui pèsent davantage que les concerts eux-mêmes. La scène, quant à elle, reste un moment d'extase, voire de guérison temporaire. Cette dynamique n'est pas propre à lui ; artistes comme Véronique Sanson, Michel Sardou ou Alain Chamfort témoignent de ce même combat contre les corps limités par le temps. En route vers un nouvel album et une pause réfléchie Malgré tout, Louis Bertignac ne ralentit pas sa cadence créative. Il travaille activement sur un nouvel album prévu pour le printemps 2027. Cependant, conscient de la nécessité de se ménager, il annonce une pause dans sa tournée à partir de novembre 2026 pour se consacrer pleinement à la finalisation de ce projet. Ce temps de recul n'est nullement une retraite, mais plutôt un moment de pause stratégique pour mieux repartir. Un héritage musical riche et une carrière d’exception Co-fondateur de Téléphone, l'un des groupes de rock les plus emblématiques de la scène française, Bertignac a marqué plusieurs générations. Sa carrière solo, commencée après la séparation du groupe, lui a permis d'explorer de nouvelles sonorités tout en restant fidèle à son univers rock. Sa musique, entre classiques revisités et compositions originales, a influencé de nombreux artistes et continue d'animer des festivals et événements en France. Une vision spirituelle et une gratitude profonde À travers ses interviews, transparaît une spiritualité discrète. Bertignac exprime souvent sa gratitude envers la vie, conscient d'avoir réalisé le rêve d'ado au-delà de ses espérances. Père de trois enfants, il mesure la valeur du temps et l'importance de préserver ce qui compte réellement, tout en continuant à transmettre sa passion avec sincérité et énergie. Conclusion : la musique, une force vitale Le parcours de Louis Bertignac illustre bien le combat que mène un artiste face aux ravages du temps. À 72 ans, il joue plus fort que la douleur, désormais conscient qu'il faut parfois s'arrêter un moment pour mieux continuer. Hyères n'était qu'une étape sur ce chemin où l'artiste accepte la fragilité de son corps sans renoncer à l'étincelle qui l'a fait monter sur scène des décennies auparavant. Son prochain album et sa pause réfléchie annoncent un printemps 2027 prometteur, où, guitare en main, il continuera à écrire l'histoire du rock français. Sources : Voici, Var-Matin

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