Vanessa Paradis, une silhouette française entre Chanel et souvenirs de podium

Sous les lumières de la Fashion Week de Paris, Vanessa Paradis a retrouvé Chanel le 5 octobre 2026 pour le premier défilé printemps-été 2027 de Matthieu Blazy. À 53 ans, la chanteuse et actrice demeure l’une des figures les plus fidèles de la maison, tout en portant avec elle une histoire de mode commencée à l’adolescence. Chez elle, l’élégance n’a jamais ressemblé à une stratégie. Elle semble plutôt naître d’un instinct, d’une manière de faire dialoguer les vêtements avec une voix, une démarche et une présence immédiatement reconnaissable.
Je l’imagine sous la verrière du Grand Palais, dans cette atmosphère particulière où le bruissement des conversations se mêle aux crépitements des appareils photo. Le rendez-vous avait une portée symbolique : Matthieu Blazy présentait sa première collection de prêt-à-porter printemps-été 2027 pour Chanel, et Vanessa Paradis figurait naturellement parmi les invités les plus attendus. La maison et l’artiste avancent ensemble depuis 1991, année où elle devient le visage du parfum Coco dans la célèbre publicité réalisée par Jean-Paul Goude.
Elle y apparaît comme un petit oiseau dans une cage, image devenue indissociable de la communication de Chanel et de la jeune chanteuse révélée quelques années plus tôt par « Joe le taxi ». Cette campagne a contribué à fixer une silhouette dans l’imaginaire collectif : une adolescente à la fois fragile, espiègle et parfaitement singulière. Au fil des décennies, Vanessa Paradis a accompagné plusieurs chapitres de Chanel, des sacs Cambon au parfum Coco Mademoiselle, des rouges à lèvres Rouge Coco à la ligne Coco Shine, sans oublier le sac Chanel Girl et la montre J12.
Cette fidélité n’a pourtant rien d’une simple obligation d’égérie. Dans un entretien accordé à Elle UK à l’occasion du défilé printemps-été 2026, Vanessa Paradis expliquait que les vêtements Chanel lui donnaient l’impression d’être plus grande et lui permettaient de se tenir avec davantage d’allure. Elle revendiquait aussi son goût pour les pièces vintage, notamment celles inspirées des années 1920, qu’elle aime mélanger avec des créations contemporaines. Cette liberté est essentielle : elle évite à son style de devenir une reconstitution nostalgique et maintient son allure dans le présent.
Avant Chanel, Vanessa Paradis avait déjà croisé l’univers des grands créateurs. À seulement 16 ans, alors que « Joe le taxi » commençait à voyager au-delà des frontières françaises, elle assistait au défilé haute couture de Pierre Cardin à la fin de l’année 1988. L’année suivante, Jean-Charles de Castelbajac lui confiait un passage sur le podium. Elle y portait une veste Teddy Bear couverte de peluches Snoopy, silhouette ludique et inoubliable. Ces images racontent une époque où une jeune vedette de la chanson pouvait encore passer naturellement du studio d’enregistrement au catwalk, sans que la musique et la mode soient séparées par des frontières étanches.
Je trouve particulièrement émouvant de revoir cette trajectoire à travers les archives rassemblées par Gala. Vanessa Paradis y apparaît tantôt au premier rang, tantôt sur le podium, parfois entourée de proches qui donnent à ces rendez-vous une dimension presque familiale. En 1991, elle assiste à un défilé Chanel avec Florent Pagny. Au milieu des années 2000, elle partage plusieurs shows avec sa sœur Alysson Paradis. Puis, en juillet 2015, elle emmène pour la première fois sa fille Lily-Rose Depp à un défilé haute couture Chanel.
Le duo ne se contente pas d’occuper le premier rang : toutes deux participent au spectacle, dans un décor de casino chic, aux côtés de Julianne Moore et Rita Ora. Vanessa porte un ensemble en satin beige, tandis que Lily-Rose apparaît en robe bustier noire, avec un carré blond qui fait écho à la coiffure de sa mère. La scène prend une valeur particulière : elle montre une transmission à l’œuvre, entre deux générations de femmes associées à la même maison. Lily-Rose Depp deviendra à son tour ambassadrice de Chanel, prolongeant une histoire commencée bien avant elle.
Les archives rappellent aussi les liens de Vanessa Paradis avec Jean Paul Gaultier. Durant l’été 1995, elle assiste à son défilé avec Lenny Kravitz, qu’elle fréquente alors. Ce passage chez Gaultier, comme celui chez Vivienne Westwood, dit quelque chose de son goût pour les silhouettes capables de mêler élégance, fantaisie et liberté. Je repense à cette Vanessa des années 1990, frêle en apparence mais déjà très sûre de son instinct, qui ne cherchait pas à rivaliser avec les vêtements. Elle semblait plutôt les laisser dialoguer avec son regard légèrement malicieux.
C’est sans doute ce qui explique la longévité de son image. Elle ne repose pas sur une tendance précise, mais sur une présence. Vanessa Paradis peut porter une veste ancienne, une pièce actuelle ou un vêtement emprunté à sa fille sans perdre ce fil discret qui relie toutes ses apparitions. D’un défilé à l’autre, elle conserve cette capacité rare à rendre la mode vivante, intime et presque musicale.
Le défilé du 5 octobre 2026 ne se résume donc pas à une apparition mondaine. Il marque le début d’un nouveau chapitre pour Chanel et confirme la place singulière de Vanessa Paradis dans cette histoire. Matthieu Blazy devait affirmer sa vision tout en respectant les signes reconnaissables de la maison : le tweed, les camélias, les silhouettes souples, le noir et blanc, mais aussi cette idée d’un luxe capable de rester vivant. Selon Elle UK, le Grand Palais avait été transformé en univers céleste, avec des planètes et des étoiles multicolores suspendues dans l’espace.
Vanessa Paradis a salué une collection à la fois nouvelle et profondément Chanel. Elle citait notamment les jupes à plumes inspirées du flamenco, les robes fluides noires et blanches ornées de camélias et les tailleurs qui ouvraient le défilé. Sa formule, « Il n’y a pas de règles », résume peut-être mieux que tout autre commentaire son rapport au vêtement. À l’heure où les maisons cherchent à conjuguer héritage et renouvellement, elle incarne précisément ce point d’équilibre.
La musique reste d’ailleurs toujours présente au cœur de ces rendez-vous. En octobre 2025, Vanessa Paradis assistait déjà au défilé Chanel printemps-été 2026 en compagnie d’Étienne Daho, avec lequel elle a travaillé sur son album Le Retour des beaux jours. Son actualité se prolonge aussi sur scène avec la tournée liée à ce projet et au cinéma avec T’as pas changé, le film de Jérôme Commandeur annoncé pour le début du mois de novembre.
La mode n’est donc chez Vanessa Paradis ni une parenthèse ni un décor : c’est un langage supplémentaire, discret et reconnaissable. De Pierre Cardin à Jean Paul Gaultier, de Castelbajac à Chanel, elle a traversé les époques sans jamais se laisser enfermer dans une image. En la voyant revenir chez Chanel, je me dis que certaines fidélités ont la force d’une chanson. Elles changent de lumière, rencontrent de nouveaux créateurs, mais conservent toujours leur refrain.




Comments