Thomas Dutronc, de la guitare manouche aux éclats de Gotlib

Le chanteur et guitariste Thomas Dutronc a participé, le 18 avril 2026 au Grand Palais de Paris, à la remise du 4e prix Gotlib. Aux côtés de personnalités de la culture et de l’humour, il a distingué le dessinateur écossais Tom Gauld pour La Physique pour les chats, une récompense qui confirme son goût pour les passerelles entre musique, littérature et bande dessinée.
Il y avait quelque chose d’assez réjouissant à voir Thomas Dutronc sous la verrière du Grand Palais, non pas une guitare à la main, mais installé parmi les jurés d’un prix consacré à la bande dessinée humoristique. La photographie publiée par Purepeople le montre dans ce décor monumental, au milieu d’un événement où les livres, les dessins et les traits d’esprit ont remplacé, le temps d’une soirée, les amplis et les projecteurs de concert. Pour moi, cette présence n’a rien d’anecdotique. Thomas Dutronc appartient à cette famille d’artistes qui aiment circuler d’un univers à l’autre sans donner l’impression de changer de peau.
Il est musicien, bien sûr, héritier d’une histoire familiale prestigieuse, mais aussi amateur de cinéma, de littérature, de jazz et d’images. Son parcours, marqué par la guitare manouche et par un goût affirmé pour les standards, l’a installé dans une relation très libre à la culture populaire. Le choix de l’intégrer au jury du prix Gotlib prolonge cette curiosité naturelle. Créé en 2023 par Ariane Gotlieb, fille du dessinateur Marcel Gotlib, le prix défend la bande dessinée comique et récompense une œuvre capable de faire rire sans renoncer à l’intelligence ni à la singularité.
Comme le rappellent Ligne Claire et le Festival du Livre de Paris, la cérémonie s’inscrivait dans l’édition 2026 du festival, organisée du 17 au 19 avril au Grand Palais. Le prix est doté de 5 000 euros et s’est déjà construit une petite histoire : Manu Larcenet avait remporté la première édition, suivi de Mo/CDM en 2024 puis de François Boucq en 2025. Cette succession dit bien l’ambition de la récompense : rester fidèle à l’esprit de Gotlib tout en regardant la création contemporaine avec appétit.
Cette année, huit albums avaient été retenus parmi 90 titres examinés lors de la première sélection. Le jury réunissait Antoine de Caunes, Clara Dupont-Monod, Richard Gotainer, Catherine Meurisse, Jean-Paul Rouve, Charline Vanhoenacker, Zep, le mentaliste Charlie Haid et Thomas Dutronc. Sa présence donne au groupe une couleur singulière. On imagine volontiers les discussions animées, les désaccords de goût et les éclats de rire autour d’une table où le dessin devait être jugé autant pour son pouvoir comique que pour sa liberté.
Dans son compte rendu, ActuaBD souligne justement le tournant pris par le prix, désormais ouvert à la bande dessinée étrangère et aux éditeurs alternatifs. Le lauréat, Tom Gauld, est un auteur écossais né en 1976, connu pour son trait dépouillé, ses références littéraires et scientifiques et son humour pince-sans-rire. Dans La Physique pour les chats, publié par les éditions 2042, les chats deviennent les complices, parfois les cobayes, de théories scientifiques absurdes. Viabooks insiste sur l’équilibre entre érudition, tendresse et accessibilité de cette œuvre, tandis que ToutenBD rappelle que Gauld succède à François Boucq.
Cette économie de moyens rapproche peut-être le travail de Tom Gauld de ce que Thomas Dutronc recherche dans la musique : un rythme précis, une idée claire et le sens du détail qui fait mouche. Une case de bande dessinée comme un chorus de jazz doit savoir ménager une pause, installer une attente et surprendre au bon moment. Même si le guitariste n’est pas l’auteur récompensé, son rôle de juré l’inscrit dans une actualité culturelle plus large, où les artistes sont invités à faire dialoguer leurs disciplines. À peine la cérémonie terminée, son propre calendrier musical se dessinait déjà : il doit retrouver la scène avec un projet consacré aux standards du jazz.
Le festival Jazz à Juan présente ainsi Thomas Dutronc – Jazz & Friends, avec un rendez-vous annoncé le 18 juillet à la Pinède Gould d’Antibes-Juan-les-Pins par See Tickets. Entre une guitare jazz et une planche de bande dessinée, le fil n’est finalement pas si ténu. Je retiens surtout de cette séquence l’image d’un Thomas Dutronc à l’aise dans un rôle qui ne lui était pas naturellement associé. Le fils de Jacques Dutronc et de Françoise Hardy n’a pas cherché à occuper le devant de la scène : il a pris part à une conversation collective, au service d’un album et d’un auteur. Je le retrouverai bientôt sur scène, mais je garderai de ce 18 avril une image moins attendue : celle d’un musicien qui, entre deux notes de jazz, sait aussi reconnaître la beauté d’un gag bien dessiné.




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