Sous le ciel du Parc des Oiseaux, Calogero rallume le jukebox intérieur
- ER

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Le soleil finit de tomber derrière l’étang quand les premières notes de piano se perdent au-dessus des roseaux. Devant moi, 2 700 silhouettes compactes, serrées sur les gradins de l’amphithéâtre du Parc des Oiseaux, à Villars-les-Dombes, retiennent leur souffle. Calogero apparaît presque en contre-jour, en noir, silhouette fine, calme, comme s’il entrait dans un salon plus que sur une grande scène. Il commence seul, au piano, dans une lumière encore laiteuse de fin d’été. Autour, les cris des oiseaux du parc se mêlent par instants aux arpèges.
J’ai eu le temps d’observer les regards avant qu’il arrive : ce mélange de fébrilité douce, de familles qui ont fait la route depuis Lyon ou Bourg-en-Bresse, de couples de quarantenaires pour qui En apesanteur est devenu la bande-son de leurs années lycée. Ce vendredi 28 août, Calogero ouvre la 17e édition des Musicales du Parc des Oiseaux, avec un premier concert affiché quasi complet, avant un deuxième, programmé le samedi soir au même endroit.
Le Progrès parle de « gradins quasi comblés de 2 700 spectateurs, avec l’étang en fond », et ce décor-là, en vrai, saisit : on a la sensation d’un théâtre antique posé au milieu d’une carte postale. Sur le site du festival des Musicales du Parc des Oiseaux, l’édition 2026 est annoncée comme « une nouvelle grande saison entre nature et variété française », du 28 août au 13 septembre, avec Calogero en figure de proue pour lancer la série de concerts, avant Louise Attaque, Jain ou encore d’autres artistes de la scène francophone.
Un festival au cœur d'une nature vibrante et d'une histoire régionale
Sur les réseaux du parc, les organisateurs avaient promis, début juillet, « deux concerts exceptionnels » pour cette ouverture, et la billetterie, ouverte dès novembre dernier, a tenu ses promesses : les places se sont arrachées à 85 euros, tarif affiché chez Ticketmaster ou sur les sites de billetterie partenaires, Leclerc Billetterie ou Infoconcert. Quinze ans après sa dernière grande tournée en théâtre annoncée pour 2025, ce détour par la Dombes a un parfum particulier : plus proche, plus organique, comme un prolongement de ces salles à taille humaine que le chanteur affectionne depuis ses débuts.
Ce qui m’a frappé d’abord, en suivant cette soirée à travers les comptes rendus du Progrès, les images signées Catherine Aulaz et les retours de spectateurs publiés sur Songkick ou les pages Facebook du Parc des Oiseaux, c’est ce fil que Calogero parvient à tendre entre sa trajectoire et ce lieu si singulier. Le festival lui-même, les Musicales du Parc, n’est pas un rendez-vous anodin : lancé il y a plus de quinze ans, il s’est construit patiemment, loin des grands Zéniths, dans ce coin de l’Ain à une heure de Lyon, au cœur d’un parc ornithologique qui attire d’ordinaire les familles pour ses flamants et ses ibis.
La page de présentation touristique de la Dombes parle de « moments où artistes, public, musique et nature sont en harmonie », une formule qui, ce soir-là, cesse d’être du marketing pour prendre un sens très concret. On assiste à un drôle de croisement : un auteur-compositeur habitué aux grosses machines scéniques revient à une forme de sobriété, dans un cadre où l’on entend encore les insectes entre deux morceaux.
Calogero : un artiste fidèle aux scènes françaises et à l'exigence de la musique live
Depuis des mois, les annonces de tournée de Calogero s’enchaînent : plus de 150 dates à partir de septembre 2025, des théâtres puis des festivals en 2026, des billets vendus partout en France et en Belgique. Les sites de billetterie, d’Infoconcert à Ticketmaster, affichent complet sur plusieurs dates, signe que sa popularité ne faiblit pas, plus de vingt ans après Au milieu des autres. Mais au Parc des Oiseaux, la promesse est légèrement différente : ce n’est pas seulement un maillon de plus dans une tournée marathon, c’est l’ouverture d’un festival où il endosse, quelque part, le rôle de parrain, celui qui donne le ton.
Les organisateurs ne s’y trompent pas : leur communication, dès l’automne 2025, met son nom en avant comme argument central pour lancer la vente des pass. Il y a aussi, derrière cette programmation, une forme de cohérence artistique : Calogero a souvent confié, dans d’anciennes interviews, son goût pour les arrangements ciselés, pour les concerts où l’on entend vraiment les instruments, loin des déferlantes de décibels. L’amphithéâtre en plein air, posé face à un étang, lui offre un écrin presque naturel pour cette exigence sonore.
Et puis il y a l’histoire discrète qui le relie à ces festivals de province : dès le début des années 2000, on le croise partout, des Francofolies aux nuits de Fourvière, des fêtes de village aux grands plateaux radio. Cette fidélité aux scènes françaises, grandes et petites, contribue à ce lien particulier que j’ai senti dans les récits des spectateurs de Villars-les-Dombes, où certains racontent sur Facebook être « revenus le voir » après l’avoir découvert dix ans plus tôt dans un autre festival d’été.
Une soirée entre intimité et communion : la magie d'un concert en plein air
Et puis le concert commence vraiment, bascule doucement de l’intime au partagé. Après l’ouverture au piano, Calogero saisit sa guitare et la machine à souvenirs se met en marche. Dans la galerie photo du Progrès, on le voit debout, légèrement penché vers le public, les premiers rangs debout alors que la nuit tombe complètement sur le parc. Le journal détaille une setlist qui a tout du best of : C’est dit, Fondamental, Les feux d’artifice, Le portrait, Face à la mer, En apesanteur… autant de titres qui, en quelques accords, font se lever les gradins.
Une phrase revient souvent, dans les avis que j’ai lus sur Songkick à propos d’autres concerts récents : « même quand on ne parle pas français, on comprend ce qu’il raconte ». Ce soir-là, à Villars-les-Dombes, on est en terre francophone, mais l’effet semble le même : les refrains repris en chœur, les bras qui se lèvent, l’amphithéâtre transformé, écrit Le Progrès, « en piste de danse ».
Un détail m’a particulièrement touché : au milieu de ses propres tubes, Calogero rend hommage à Charles Aznavour en reprenant Comme ils disent, seul, dans la nuit. Le quotidien régional mentionne ce moment comme un sommet de générosité, un pont tendu entre les générations de chanson française. Ce n’est pas anodin, dans un festival comme celui-là, où le public mêle ados et grands-parents, d’oser un texte aussi nu, aussi frontalement intime. J’y vois une forme de fidélité à une certaine idée de la chanson : des mots clairs, une mélodie solide, un interprète qui porte le tout sans artifices.
Sur les réseaux du Parc des Oiseaux, les vidéos postées en story montrent des bribes de ces instants : quelques secondes d’un refrain, les gradins illuminés par les téléphones pendant une ballade, les applaudissements qui retombent lentement alors que la scène s’éteint. La force de ce genre de soirée tient peut-être là : dans ce mélange de grand spectacle parfaitement huilé – les équipes techniques du festival ne sont pas à leur coup d’essai – et de petits riens fragiles, comme un couple qui danse maladroitement sur les marches ou un enfant qui s’endort sur l’épaule de son père pendant le rappel.
Un rôle de parrain et l'importance des festivals régionaux
À la fin du premier concert, le festival rappelle déjà, sur son site officiel, que Calogero sera de nouveau sur scène le lendemain soir, même heure, même décor. Deux soirs de suite pour un même artiste, ce n’est pas si courant dans un festival, et cela dit quelque chose de sa place dans le paysage : assez populaire pour remplir deux fois l’amphithéâtre, assez fédérateur pour assumer le rôle d’ouverture sans écraser le reste de la programmation.
En quittant les lieux, certains spectateurs croisés par les journalistes locaux parlent d’un « moment hors du temps », d’autres évoquent déjà les prochaines dates de sa grande tournée 2025-2026 qu’ils iront voir en salle, à Lyon ou à Paris. J’y vois pour ma part une autre chose : la preuve que ces festivals régionaux, parfois regardés de haut depuis les grandes capitales culturelles, continuent de jouer un rôle essentiel.
Ils offrent à des artistes comme Calogero un espace pour revisiter leur répertoire face à un public disponible, souvent venu en famille, sans la frénésie des grandes tournées de Zénith. Ils rebranchent aussi la chanson française à ce qui fait sa force profonde : la possibilité de rassembler, par une soirée d’été, des gens très différents autour de quelques histoires communes.
En 2026, alors que l’industrie musicale navigue entre plateformes de streaming et prédominance des réseaux sociaux, voir 2 700 personnes chanter en chœur En apesanteur devant un étang de la Dombes a quelque chose de rassurant. On devine déjà les prolongements : un bouche-à-oreille qui dopera sans doute les prochaines éditions des Musicales du Parc, une attente renforcée autour de la tournée de théâtres de Calogero à partir de septembre 2025, et, surtout, pour chacun, ce petit jukebox intérieur réactivé.
Dans quelques mois, en entendant à la radio les premières notes de Face à la mer, ceux qui étaient là se retrouveront peut-être, en pensée, sur ces gradins de Villars-les-Dombes, une nuit de fin août, sous le ciel percé de projecteurs et de cris d’oiseaux.




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