Sous le chapiteau de Nancy, Alain Chamfort rouvre le bal
- ER

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Je me souviens très bien de la première fois où j’ai vu Alain Chamfort entrer en scène : un pas tranquille, presque timide, puis ce sourire en coin qui semble dire qu’il n’a plus rien à prouver, mais qu’il va quand même tout donner. En découvrant que le Nancy Jazz Pulsations lui confie l’ouverture des concerts sous chapiteau le jeudi 8 octobre 2026, aux côtés de Bertrand Belin et de Charlie Winston, j’ai tout de suite pensé à ce contraste : un homme qui a traversé six décennies de chanson française, face à un public qui, parfois, fredonne Manureva sans toujours savoir d’où vient cette mélancolie.
Un carrefour musical au cœur de Nancy Jazz Pulsations 2026
Sous le grand chapiteau du parc de la Pépinière, à Nancy, cette soirée d’ouverture s’annonce comme un drôle de carrefour : un crooner élégant, un dandy pop français, un troubadour folk britannique, réunis pour lancer un festival qui fêtera ses 53 ans en misant sur le dialogue entre les générations. Le site de L’Est Républicain confirme : Chamfort aura « l’honneur d’ouvrir la série des concerts du chapiteau » ce 8 octobre, présenté comme l’un des crooners de l’édition 2026, entre Belin et Winston, dans une affiche qui assume son goût pour la classe et la chanson ciselée.
Sur les pages officielles du festival, l’événement est déjà créé, avec cette simple mention : « BERTRAND BELIN + CHARLIE WINSTON (solo) + ALAIN CHAMFORT – Chapiteau – NJP 2026 ». Ce trio incarne parfaitement l’esprit du festival : mêler poésie et modernité, entre douceur et nervosité, dans un écrin jazz qui s’ouvre à la diversité musicale.
Retour en lumière : le nouvel élan d'Alain Chamfort
Derrière cette ligne de programme, je vois surtout un signe : à 77 ans, le chanteur aux costumes sombres et au regard bleu ne vient pas à Nancy pour un tour d’honneur, mais pour prolonger un retour au premier plan entamé depuis deux ans, entre nouvel album, tournée et spectacle-conversation.
Les producteurs de sa tournée résument très bien la situation : 2024 a marqué « le grand retour d’Alain Chamfort sur tous les fronts », avec un nouvel album composé de onze chansons originales, précédé d’un EP en collaboration avec Sébastien Tellier, et la remise en lumière progressive de son catalogue, de Manureva à Bambou, de Traces de toi à La Fièvre dans le sang. Sur Melody TV, on retrouve d’ailleurs l’annonce officielle de ce nouvel album paru le 13 avril, où Chamfort parle d’un disque entièrement composé par lui, avec des textes confiés notamment à Jacques Duvall, son complice de longue date.
Le spectacle-conversation « Le meilleur de moi-même »
Autour de ce disque et de cette réédition de ses trésors, il a lancé un spectacle singulier, Le meilleur de moi-même, présenté comme une « conversation musicale » : sur scène, il revisite ses grandes chansons au piano, entre confidences et fausses interviews, en rejouant sa trajectoire de Bébé chanteur à crooner minimaliste. Le spectacle a affiché complet à Paris, au Théâtre de l’Œuvre puis au Théâtre de l’Atelier, preuve que son histoire continue de parler à plusieurs générations.
Une trajectoire musicale riche et influente
Chamfort n’a jamais cessé d’étoffer sa légende discrète : biographie fouillée chez Lisez, entretiens où il raconte son enfance en banlieue, son apprentissage du piano, le passage chez Claude François dans les années 70, la rencontre décisive avec Serge Gainsbourg qui lui offrira Manureva ou Bambou, jusqu’aux albums plus expérimentaux des années 2010. Tout cela se retrouve aussi dans ses posts récents, où il s’adresse régulièrement à son public, les remerciant pour un 2025 « qui lui a réchauffé le cœur » sur scène, avant de souhaiter la bienvenue à 2026 et à ses nouveaux concerts.
Une tournée à travers la France en 2026
Ce n’est donc pas un hasard si les salles se remplissent à nouveau : La Cigale à Paris, le 6 avril 2026, est annoncée comme une date-phare, « dans une formation rock et puissante » sous la direction artistique d’Adrien Soleiman, dans cette salle qu’il connaît bien. D’autres dates en France, de Perpignan à Blotzheim, se dessinent pour le printemps 2026. Une tournée de crooner moderne, en somme, qui prépare naturellement cette halte nancéienne de l’automne.
Une programmation riche et intergénérationnelle
Quand je regarde de près la programmation de Nancy Jazz Pulsations 2026, je comprends mieux la place qu’on accorde à Chamfort. Les premiers noms dévoilés cette semaine par L’Est Républicain et France Bleu dessinent un tableau contrasté : d’un côté, des légendes ou presque, comme Chamfort lui‑même, Pink Martini, le Youngblood Brass Band, Selah Sue de retour « and The Gallands » ; de l’autre, des figures montantes comme Sam Sauvage, récemment sacré Révélation masculine des Victoires de la musique, la pop DIY de Miki, la flamboyante Suzane avec son nouvel album Millenial, ou encore le rappeur masqué Houdi et la nouvelle scène rap féminine.
Sous le chapiteau de la Pépinière, le 8 octobre, le ton sera d’abord à la douceur nerveuse : Bertrand Belin pour la langue sculptée, Charlie Winston en solo pour le folk cabossé, et Chamfort pour ce mélange très français de détachement et de romantisme. France Bleu Grand Est insiste sur ce symbole : « Avec plus de 50 ans de carrière, Alain Chamfort ouvrira la série de concerts au chapiteau le 8 octobre », garant de la mémoire pop dans un festival qui continue d’affirmer son ADN jazz tout en s’ouvrant à la chanson, à l’électro, au rap.
Une soirée emblématique du festival
Sur les sites de billetterie – Fnac Spectacles, Ticketmaster, France Billet – cette soirée figure déjà comme l’un des rendez-vous majeurs du festival, le chapiteau étant présenté comme le cœur battant des grandes soirées populaires. Je m’imagine la scène : les lumières se tamisent, l’orchestre se cale, et Chamfort entame peut-être une version ralentie de Manureva, devant des quadras qui la chantent par réflexe et des vingtenaires qui la découvrent en direct, après l’avoir vue passer sur TikTok sans savoir d’où elle venait.
Son producteur le dit lui-même : avec ce spectacle et ces dates, l’idée est de faire converser le passé et le présent, mêlant tubes connus et chansons plus récentes, plus audacieuses. Dans ce contexte, Nancy joue un rôle idéal : un festival populaire et curieux où la jeune génération pourra découvrir des refrains nés longtemps avant elle.
La modernité d’Alain Chamfort aujourd’hui
En sortant de cette lecture, je me dis que c’est peut-être cela, la vraie modernité d’Alain Chamfort aujourd’hui : continuer de chanter, avec élégance, dans un monde culturel qui a changé de rythme. Trouver sa place au tout début d’une soirée où l’on va célébrer la continuité plutôt que la rupture, la mémoire plutôt que l’oubli, et l’élégance pop plutôt que le simple spectacle.




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