Sous le chapiteau de Jazz à Couches, Sanseverino rallume le feu sacré du swing électrique
- ER

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Je garde l’image de cette dame aux cheveux gris, dans la deuxième rangée, qui serre son sac contre elle pendant les premières minutes, comme on s’agrippe à une rambarde en pleine tempête. Puis, trois morceaux plus tard, je la vois debout, les yeux plissés de joie, en train de taper des mains sur un riff de guitare quasi hard rock. C’est tout Jazz à Couches qui tient dans cette métamorphose, et c’est tout Sanseverino : un type qui vous embarque sans prévenir, du jazz manouche au rock électrique, jusqu’à vous faire oublier la pluie dehors, les factures à payer et les infos anxiogènes.
Vendredi soir, sous le grand chapiteau de la zone de loisirs de Couches, pour la 39e édition du festival, j’ai vu un chapiteau littéralement vibrer quand Sanseverino a lancé son « Shuffle Enterprise », ce projet où il revisite ses chansons comme on bricole une vieille moto : même carcasse, mais moteur gonflé, pneus neufs, chrome clinquant.
Le président de l’association Jazz à Couches, Stéphane Desvignes, venait à peine de remercier ses bénévoles que déjà la guitare de Sanseverino mordait dans le silence, tout de suite suivie par une contrebasse élastique et un saxophone qui sonnait comme une sirène bienveillante. L’article d’info-chalon décrivait un « monstre sacré » de la chanson, capable de vider les têtes de leurs tracas pour les remplir de swing et de rires, et je dois dire que la formule tient debout une fois qu’on a mis les pieds sous le chapiteau.
Un Festival Bourguignon à l’Âme Authentique
Le festival lui-même, installé depuis des décennies dans ce coin de Bourgogne, cultive cette promesse de « pas vers l’excellence », comme le raconte la présentation officielle de Jazz à Couches, qui revendique un goût assumé pour les croisements : jazz, manouche, rock, musiques populaires rassemblées sous un même toit pour quelques nuits seulement. Ce rassemblement est un exemple vivant d’une scène musicale régionale forte, qui privilégie la proximité et la convivialité aux grands formats mercantiles ([source officielle du festival](https://www.jazzacouches.fr)).
Sanseverino, du Swing Manouche au Rock Électrique
Sanseverino, qui a longtemps été rangé (trop vite) dans la case « swing manouche rigolo », s’offre ici un terrain de jeu idéal. Le site du festival annonçait la soirée du vendredi complète depuis des jours, avec cette promesse de « guinguette rockabilly » et de swing collectif, une formule partagée avec les Têtes Raides sur d’autres dates estivales. Originaire d’une génération ayant grandi en écoutant Django Reinhardt mais aussi le punk des années 80, il explique dans une interview récente sur France Bleu Picardie qu’il a toujours gardé « l’oreille collée au punk et aux musiques qui cognent ».
A Couches, cette tension entre la douceur du swing et la brutalité assumée de l’ampli poussée à fond se traduit dans une énergie palpable. La prestation, décrite par le journal local Info-Chalon, fut fascinante mais parfois à la limite du supportable pour certains tympans, provoquant quelques bouchons d’oreille dans la foule.
« Shuffle Enterprise » : Une Réinvention Permanente
Ce qui séduit au-delà de l’énergie brute, c’est la façon dont Sanseverino joue avec son propre répertoire. Les chansons désormais classiques – « Mal ô Mains », « Les Embouteillages », portraits d’anti-héros ordinaires – sont méticuleusement démontées puis remontées sur scène, donnant une nouvelle vie à chaque accord. Le rock peut supplanter le swing, les breaks se font plus abrupts, mais l’humour décalé et la tendresse restent les piliers du spectacle.
Cette volonté de revisiter son œuvre avec son projet « Shuffle Enterprise » est une démarche rare dans le paysage musical français, témoignant d’un artiste en perpétuelle quête d’innovation et qui refuse la routine.
Une Communion entre Public et Musiciens
Le Journal de Saône-et-Loire rapporte bien cette progression de la soirée : un public d’abord assis, discipliné, puis de plus en plus debout et enthousiaste jusqu’au rappel final. Les musiciens, un contrebassiste au slap vigoureux et un saxophoniste capable de solos tant veloutés que tempétueux, accompagnent avec maestria Sanseverino dans ce voyage sonore, où la virtuosité s’allie à la décontraction.
Entre vanne au milieu d’un solo et réflexions sur le monde qui déraille, l’artiste incarne la figure de l’artisan du spectacle, toujours à l’écoute de son public et soucieux d’ajuster son jeu, tournée après tournée.
Une Tournée d’Été où le Swing Côtoie la Scène Populaire
Son été 2026 s'apparente à une véritable odyssée de la musique populaire à travers la France, avec des escales dans des festivals à taille humaine en Normandie, en Belgique et au bord de la Méditerranée. Ces lieux proches de la nature et accueillant un public intergénérationnel reflètent bien l’esprit authentique que Sanseverino cultive depuis deux décennies.
Cette diagonale musicale, allant des ports de pêche aux stades municipaux transformés en scènes de concert, montre une France populaire éprise de musique vivante, loin des grands circuits commerciaux. Le site Infoconcert répertorie avec soin ces dates, soulignant l’affection du public pour cet artiste que l’on attend avec impatience.
Un Message Humaniste au Cœur du Swing
Plus qu’un simple événement musical, un concert de Sanseverino est une expérience humaine où se mêlent rires, engagement et fraternité. Loin de lisser ses aspérités pour tomber dans la facilité, il persiste à élever le volume et à brouiller les frontières entre styles, faisant du live une fête collective où virtuosité et simplicité se marient.
Ce soir-là, en sortie de chapiteau, les familles avec enfants excités et grands-parents souriants emportaient bien plus qu’un souvenir musical : la preuve qu’un concert peut encore créer un moment d’union authentique, un instant suspendu où la musique fait corps avec la vie.
Crédit photos et sources : Jazz à Couches (site officiel), Info-Chalon, Le Journal de Saône-et-Loire




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