Olivia Ruiz à Chartres : quand une voix de la chanson fait danser les mots
- ER

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Je vois déjà la file se dessiner sous les arcades du Théâtre de Chartres, un soir de mai encore clair : des couples qui sortent tout juste du travail, des lectrices avec leur livre dans le sac, des ados qui ont découvert Olivia Ruiz par hasard sur une playlist, et puis ces visages plus marqués qui se souviennent encore de « La femme chocolat » en boucle à la radio. Tous ont en commun un petit carton précieux, une invitation à aller l’écouter lire des pages de ¡Vamos!, son nouveau roman, dans le cadre du festival Culturissimo.
Ce n’est pas un concert, pas tout à fait une rencontre littéraire non plus : une lecture musicale, ce format hybride où la voix parlée glisse sur la musique comme elle glissait autrefois sur les refrains pop. Je trouve que l’image raconte déjà quelque chose de notre époque : une chanteuse populaire, révélée par la Star Academy au début des années 2000, qui revient dans une salle à l’italienne pour partager non pas un single, mais un livre. Et pas n’importe lequel, son troisième roman, publié le 29 avril 2026 aux éditions JC Lattès, comme le rappelle la présentation de l’éditeur sur le site de la maison (JC Lattès).
Un parcours artistique à la croisée des chemins
Quand je remonte le fil, je mesure le chemin parcouru. Olivia Ruiz, c’est d’abord une trajectoire musicale fulgurante : l’adolescente de Carcassonne passée par la téléréalité, devenue très vite une autrice-compositrice-interprète respectée, portée par le succès colossal de La femme chocolat (plus d’un million d’exemplaires vendus) et de Miss Météores, comme le rappelle encore La Nouvelle République dans son portrait à l’occasion de sa venue à Chartres (La Nouvelle République).
Puis il y a eu l’envie d’ailleurs : le cinéma, la réalisation, et surtout l’écriture romanesque. Son premier roman, La commode aux tiroirs de couleurs, paru en 2020, a dépassé les 100 000 exemplaires vendus selon plusieurs médias, dont Sud Ouest qui soulignait à la fois son succès public et ce « devoir de mémoire » qu’elle disait ressentir en racontant l’exil de ses grands-parents espagnols (Sud Ouest).
Elle a ensuite confirmé avec Écoute la pluie tomber, deuxième roman adapté lui aussi en lecture musicale, comme on a pu le voir au Mans dans le cadre du festival Faites lire! (YouTube - fête de la lecture).
Entre-temps, elle n’a pas complètement tourné le dos à la scène : son « Réplique tour », inspiré d’un retour à la chanson, a tourné près de deux ans, rappelle La Nouvelle République à propos de sa nouvelle vie d’autrice-voyageuse (La Nouvelle République).
Mais depuis l’été 2025, elle s’est installée à Madrid avec son compagnon et son fils pour écrire ¡Vamos!, loin des studios parisiens, comme elle le raconte dans un long reportage du Parisien, croqué sur la Plaza Mayor, libre et un peu décoiffée par le vent castillan (Le Parisien).
Chartres, ce 19 mai 2026, n’est donc pas qu’une date dans un agenda : c’est l’une des étapes d’un retour public où la musique, la littérature et la maternité s’entremêlent.
Un événement culturel hybride au cœur de Culturissimo
Je me suis penché sur ce que promet ce fameux soir de Culturissimo au Théâtre de Chartres, et les différents documents racontent la même chose avec des nuances qui, mises bout à bout, dessinent une petite odyssée. La radio locale Intensité présente l’événement comme « une soirée inoubliable » dans la grande salle à l’italienne, précisant qu’il s’agit d’une lecture musicale gratuite, sur réservation auprès de l’Espace Culturel Leclerc, dans le cadre du festival qui sillonne la France au printemps (Radio Intensité).
Le site JDS, spécialisé dans les sorties culturelles, insiste lui sur la dimension romanesque et le voyage : ¡Vamos! y est décrit comme un roman qui nous emporte « de Madrid à l’Égypte en passant par La Havane et les côtes marocaines », porté par la voix « étincelante » d’une mère hors du commun (JDS).
Infolocale, qui recense les événements en région, confirme le format : une heure de lecture musicale, en français, le 19 mai à 20 h, dans le cadre de Culturissimo (Infolocale).
La Nouvelle République, de son côté, avertit que si l’entrée est gratuite, les places sont limitées et qu’il faut vite retirer son invitation au Leclerc de Barjouville, soulignant au passage que ce genre de soirée affiche complet très rapidement (La Nouvelle République).
Un post de l’hypermarché sur Facebook confirme d’ailleurs que l’événement est passé en « complet » quelques jours après l’ouverture des invitations, ce qui en dit long sur l’attente autour de l’artiste (Facebook Leclerc Chartres).
« ¡Vamos! »: un roman initiatique entre voyage et transmission
Cette attente, je la comprends encore mieux quand je lis ce qu’est ¡Vamos!. L’Éclaireur de la Fnac, qui se penche sur le roman, le décrit comme un « récit initiatique centré sur une relation mère-fils », où Lola, une cheffe d’entreprise à la réussite éclatante, plaque tout pour emmener son fils Ennio, 10 ans, dans un tour du monde, de la Floride à Madrid en passant par Cuba et le Maroc (L’Éclaireur Fnac).
Radio Paname, qui suit de près l’actualité d’Olivia Ruiz, parle d’un livre où « une mère apprend à son fils ce que l’école n’enseigne pas », dans un voyage qui cherche à transmettre l’amour de la vie plutôt que celui des diplômes (Radio Paname).
Dans une interview accordée à Version Femina, elle confie d’ailleurs cette phrase que je garde en tête : « Je crois que le quotidien peut être un poison en mettant un voile sur la réalité des choses », ajoutant qu’elle a voulu écrire ce roman comme une « invitation à s’échapper » (Version Femina).
Hachette, qui relaie la sortie du livre sur son site, parle d’un roman « solaire et bouleversant sur l’amour et la transmission », entre road-trip et introspection (Hachette).
Un concert littéraire où se mêlent quotidien et poésie
Je me représente alors la scène : assise sur une chaise simple, micro en main, Olivia Ruiz lit ces pages où Lola, transfuge de classe à la tête d’une société cotée au CAC 40, se rend compte qu’elle a peut-être oublié l’essentiel en courant après la réussite. La musique, en arrière-plan, vient souligner un silence, une phrase qui serre le cœur, un éclat de rire. On n’est plus tout à fait dans la chanson française, plus seulement dans le roman, mais dans une sorte de « concert littéraire » comme l’appellent certains organisateurs, à l’image de ce qu’elle a déjà proposé à Niort ou au Mans avec ses précédents livres (Facebook Espace Culturel Leclerc).
Chartres s’inscrit ici dans une petite tournée de Culturissimo : après cette étape, la chanteuse-romancière lira ¡Vamos! à Blois, à la Halle aux Grains, le 17 juin, comme l’indique l’agenda de l’office de tourisme de Blois Chambord (Office de tourisme Blois Chambord), mais aussi à Blois et Vendôme aux côtés d’autres auteurs comme Philippe Besson, dans un festival qui revendique une centaine de rendez-vous gratuits partout en France cette année, selon le site spécialisé Actualitté (Actualitté).
La trajectoire d’une artiste en perpétuelle évolution
Ce qui m’intéresse, au-delà de la date chartraine, c’est ce que cette soirée raconte de l’évolution d’Olivia Ruiz et, plus largement, de notre rapport à la culture populaire. Qu’une artiste née dans la lumière crue d’un télé-crochet se retrouve, vingt-cinq ans plus tard, à remplir des théâtres pour lire un roman sur la transmission et le temps qui passe, je ne peux pas m’empêcher d’y voir un signe rassurant : on peut grandir avec son public, parler de maternité, de déracinement, de choix de vie radicaux, sans renier ses refrains d’hier.
Dans l’interview qu’elle donne au Parisien, à Madrid, elle explique d’ailleurs combien ce nouveau livre est nourri par sa propre expérience de mère qui a décidé de « profiter de son enfant, parce que le temps file trop vite », en l’embarquant réellement pour quelques mois en Espagne (Le Parisien).
Le roman, assure Livres Hebdo, poursuit le travail entamé avec La commode aux tiroirs de couleurs : la mémoire familiale, le poids des exils, mais aussi la joie têtue de ceux qui se transmettent plus que des biens matériels (Livres Hebdo).
Dans un contexte où beaucoup de familles se sentent bousculées, pressées, fragilisées, je trouve frappant qu’une figure de la chanson française choisisse de mettre en avant, dans les médias, cette valeur simple et profonde : prendre le temps d’aimer et de transmettre. Rien de militant, rien de donneur de leçon, juste une mère qui dit qu’on peut apprendre à son enfant ce que l’école ne lui apprendra jamais : la curiosité, la gratuité d’une rencontre, la beauté d’un paysage, la force d’une langue étrangère entendue sur une place.
Culturissimo : faire vivre la littérature partout en France
Et c’est là que le geste de Culturissimo prend, à mes yeux, tout son sens. Proposer gratuitement ces lectures musicales partout en France – à Chartres, Blois, Narbonne ou Saint-Junien, comme le détaille Actualitté (Actualitté) – c’est offrir un accès simple à la littérature vivante, à des voix connues qui ne viennent pas seulement « faire la promo » mais partager un moment de sens.
Quand je lis que l’édition 2026 compte une centaine de rendez-vous, soutenue par les Espaces Culturels Leclerc, je me dis que cette irruption de la littérature au cœur des territoires rejoint quelque chose de très concret : des familles qui n’iraient pas forcément à un salon du livre, mais qui se laissent tenter par « Olivia Ruiz au théâtre, entrée gratuite ».
À Chartres, ce 19 mai, je parie qu’on entendra fredonner « J’traîne des pieds » dans les couloirs, avant que le silence ne se fasse pour Lola et Ennio. On vient pour la chanteuse, on repart avec une romancière en tête, et peut-être l’envie de reprendre soi-même la route, ne serait-ce que le temps d’un chapitre. La suite, elle s’écrira en librairie, dans les autres villes du festival, et sans doute à nouveau sur scène : Olivia Ruiz a déjà prouvé qu’elle n’aimait ni la facilité ni les cases trop étroites. Je ne sais pas encore si elle reviendra avec un album, un film ou un quatrième roman, mais je vois bien, à Chartres comme ailleurs, qu’elle a trouvé un territoire à la mesure de sa voix : celui où la chanson française, la littérature et la vie quotidienne se répondent, en toute simplicité.




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