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Olivia Ruiz, le réveil à 5 h 30 pour apprivoiser les silences de l’écriture

Writer: ER
ER
3 minutes ago
4 min read

Olivia Ruiz s’éloigne momentanément du studio et assume une discipline matinale très stricte pour écrire ses prochains romans. Dans un entretien publié le 2 novembre 2026 par Ode et relayé par Purepeople, la chanteuse raconte aussi comment sa maternité a nourri son dernier livre, ¡Vamos!. À travers cette confidence, c’est une autre facette de l’artiste qui apparaît : celle d’une autrice attentive aux silences, aux souvenirs et au temps nécessaire pour faire naître une histoire.

À 5 h 30, quand la ville hésite encore entre la nuit et le jour, Olivia Ruiz commence parfois sa journée d’écrivaine. Je l’imagine devant ses pages, loin des projecteurs, avec ce moment suspendu où les bruits ordinaires n’ont pas encore repris leurs droits. Pour mener à bien ses projets littéraires, l’artiste explique qu’elle règle son réveil très tôt pendant plusieurs mois. Sa plage de travail idéale s’étend de 5 h 30 à 12 h 30, les heures où elle se sent « le plus efficace ». Rien de spectaculaire en apparence : un réveil, une table, des pages à noircir. Mais cette routine d’écriture dit beaucoup de la place prise par la littérature dans sa vie.

Depuis La commode aux tiroirs de couleurs, paru en 2020, puis Écoute la pluie tomber, publié en 2022, Olivia Ruiz n’est plus seulement celle que le public a découverte avec La Femme chocolat. Elle est devenue une romancière qui avance avec patience, en acceptant la solitude particulière du livre. Dans son entretien avec Ode, elle distingue nettement l’écriture d’une chanson et celle d’un roman. Une chanson impose sa durée, son rythme et ses ellipses ; un roman permet de rester auprès d’un personnage, de creuser une blessure, d’installer une tension et de laisser les émotions se déployer sur plusieurs chapitres. Le silence du matin devient alors un véritable outil de travail.

Je retrouve là quelque chose de très cohérent avec son parcours. Olivia Ruiz a toujours aimé les mélanges, les décors contrastés, les histoires de transmission et les émotions qui débordent du cadre. Sa musique a souvent fait dialoguer la fête et la mélancolie, la France et l’Espagne, l’intime et le mouvement. Ses livres prolongent cette recherche, mais dans un espace plus lent, plus silencieux. Le Parisien avait déjà raconté, lors de la sortie de La commode aux tiroirs de couleurs, combien ses origines espagnoles et la mémoire familiale avaient nourri son entrée en littérature. Cette fois, l’artiste semble avoir déplacé le centre de gravité : elle ne renonce pas à la chanson, mais elle reconnaît que le roman est devenu une nécessité personnelle. Entre la scène et la page, elle ne choisit pas une identité contre une autre ; elle s’autorise simplement à avancer au rythme de ses histoires.

Le cœur de cette actualité se trouve dans ¡Vamos!, son dernier roman, qui revient sur des thèmes familiers chez Olivia Ruiz : la filiation, l’héritage espagnol, la famille et la possibilité de s’émanciper sans renier ceux qui nous ont précédés. Dans l’entretien récent, elle décrit la famille comme un « miracle » autant qu’un « poison ». La formule est forte, mais elle éclaire la matière de ses livres : la famille protège, transmet, abîme parfois, et laisse toujours des traces. Pour écrire ¡Vamos!, Olivia Ruiz a puisé dans une peur très concrète, celle de ne pas avoir assez de temps pour donner à son fils les outils nécessaires pour affronter la vie.

Elle parle de cette « petite besace » symbolique dans laquelle un parent voudrait déposer des armes, des repères et un peu de courage. Je trouve cette image plus touchante que toutes les déclarations générales sur la maternité : elle montre une mère qui sait qu’elle ne pourra pas tout contrôler, mais qui cherche malgré tout à transmettre l’essentiel. Son intention est aussi de « décomplexer les mamans et les rassurer », loin des modèles de perfection qui transforment parfois la parentalité en épreuve permanente. Le livre devient alors un lieu de dialogue entre la femme, la mère et l’artiste. Chez Olivia Ruiz, l’intime n’est jamais isolé du monde : les blessures familiales rejoignent l’histoire collective, les racines espagnoles et les questions que chacun peut se poser sur ce que l’on reçoit et ce que l’on transmet.

En parallèle, son retour musical avec La Réplique a confirmé qu’elle n’avait rien perdu de son goût pour la scène. Ce sixième album, défendu après une longue pause, lui a permis de retrouver le public dans un spectacle où se croisent ses influences franco-espagnoles, ses engagements et son énergie de performeuse. Après son concert à l’Olympia en novembre 2024, Le Parisien avait salué une artiste capable de passer du rock à la chanson populaire, de rendre hommage à ses disparus et de faire entrer son père sur scène. Radio France a ensuite suivi ce retour dans plusieurs émissions consacrées à ses activités musicales, littéraires et artistiques.

Pourtant, dans ses propos les plus récents, Olivia Ruiz ne cache pas que l’envie de retourner en studio n’est pas encore pleinement revenue. Elle dit même qu’il faudra probablement que quelqu’un la « prenne par la main » pour l’y ramener. Cette franchise me paraît précieuse : elle évite l’obligation de produire à tout prix et rappelle qu’une carrière artistique peut aussi respirer. Je ne lis donc pas cette pause comme un éloignement définitif de la musique, mais comme un déplacement nécessaire. Après la tournée de La Réplique, Olivia Ruiz semble avoir besoin de retrouver la concentration et la solitude du roman.

Le contraste est saisissant : sur scène, elle partage immédiatement une émotion avec des centaines de personnes ; devant son manuscrit, elle avance seule, phrase après phrase, sans applaudissements pour la guider. C’est peut-être cette tension qui rend son parcours si attachant. Chanteuse populaire révélée au début des années 2000, danseuse, comédienne, autrice et interprète, elle refuse de se laisser enfermer dans une seule image. La suite reste ouverte. Olivia Ruiz hésite entre deux histoires pour son prochain projet littéraire et affirme qu’il ne lui reste plus qu’à inventer la suite et à se mettre au travail. Quant à la musique, elle reviendra lorsqu’elle aura quelque chose à défendre, pas simplement parce qu’un calendrier l’exige.

Je préfère cette attente à une promesse précipitée : chez elle, le silence n’est jamais un vide. Il ressemble plutôt à une chambre où les personnages prennent forme, à une scène plongée dans le noir avant l’allumage des projecteurs. Pour l’instant, le rendez-vous le plus sûr est donc celui des matinées d’écriture, quand Olivia Ruiz se lève avant tout le monde pour écouter ce que ses histoires ont encore à lui dire.

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