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Michel Jonasz, l’automne en duo : quand un piano suffit à rallumer toute une ville

  • Writer: ER
    ER
  • May 24
  • 4 min read

Je me figure déjà la scène, un soir de novembre à Châtillon-sur-Chalaronne : dehors, la brume s’accroche aux toits, dedans, un piano noir attend sous les projecteurs feutrés de l’espace Noël-Ravassard. On entend les chaises qu’on déplie, les manteaux qu’on déboutonne, ce léger brouhaha des petites salles de province où l’on vient autant pour se voir entre voisins que pour écouter un artiste. Et au milieu de tout ça, ce nom, comme une promesse de blues et de tendresse : Michel Jonasz.

Le Progrès a levé le voile ces jours-ci sur cette date très particulière annoncée pour le samedi 21 novembre à 20 h 30, organisée par le comité des fêtes châtillonnais. Derrière la formule sobre – « en duo » – se dessine en réalité l’une des aventures scéniques les plus fidèles et les plus intimes de la chanson française : le compagnonnage de Jonasz avec son pianiste de toujours, Jean‑Yves d’Angelo. Ce n’est pas un simple « concert supplémentaire » dans une carrière déjà bien remplie, c’est une nouvelle étape d’un voyage qui dure depuis des années, et qui continue de se réinventer au fil des tournées.

Un parcours scénique entre énergie et intimité

Pour situer cette soirée de Châtillon, je replonge un instant dans ce que raconte l’agenda officiel de Michel Jonasz : entre sa grande « Soul Tour » et son cycle de concerts en piano-voix, il arpente inlassablement les salles françaises et francophones. D’un côté, une tournée soul aux allures de rétrospective énergique, qui passe par des scènes importantes comme l’Arena du pays d’Aix, le Galaxie d’Amnéville ou Brest Arena. De l’autre, une aventure plus dépouillée, presque nue : « Piano‑Voix », un face-à-face entre une voix, un clavier et tout un pan de mémoire musicale.

Cette formule-là, démarrée il y a plus de quinze ans, a déjà connu plusieurs saisons – l’agenda officiel parle aujourd’hui d’une saison 4 et d’une saison 5 en préparation. Plus de 300 concerts ont été donnés dans ce format, rappellent plusieurs programmateurs : à Lens, Homecourt, Saint‑Riquier, dans des abbayes comme dans des théâtres municipaux, toujours avec le même duo soudé. On en retrouve la trace dans la programmation du Jazz Opale Festival, qui met en avant ce « duo » comme l’un des temps forts de son édition 2026, insistant sur la complicité forgée par des centaines de dates partagées. À Antibes, le théâtre Anthéa a, lui, présenté pour la saison 2026‑2027 un spectacle « Michel Jonasz Piano‑Voix » en soulignant cette dimension intimiste : un retour au blues, au jazz, à ce mélange de swing et de mélancolie qui fait la signature du chanteur depuis des décennies.

Une formule épurée porteuse d'émotions universelles

Ce qui se joue à Châtillon-sur-Chalaronne, à l’automne, s’inscrit donc dans un mouvement plus vaste : celui d’un artiste qui choisit, à un âge où beaucoup se retirent, de continuer à aller au-devant des gens, y compris dans des villes à taille humaine, loin des seules métropoles. Sur les sites de billetterie comme Ticketmaster ou Songkick, la tournée 2026-2027 aligne des dates plus prestigieuses – Zéniths, grandes salles, cirques historiques comme le Cirque Royal de Bruxelles. Mais je trouve particulièrement touchant ce choix de venir poser son piano à l’espace Noël‑Ravassard, au cœur d’une Dombes où la culture se tisse souvent grâce aux associations et aux comités des fêtes. Ce sont eux qui, comme le rappelle l’article du Progrès, portent le projet de ce concert. On imagine sans peine les bénévoles en train de coller les affiches, de négocier les locations de chaises, de prévoir l’accueil.

J’ai encore en tête les images publiées par la Ville d’Hyères après un récent concert de Michel Jonasz dans sa saison artistique 2025‑2026 : des sourires, des familles, des générations mélangées dans un théâtre comble. C’est ce même esprit que je m’attends à retrouver en novembre dans l’Ain : un moment partagé, plutôt qu’un simple « show ».

La fidélité et la complicité d’un duo de longue date

En suivant les annonces égrenées ces derniers jours sur les réseaux et les plateformes, je mesure à quel point cette tournée en duo ressemble à une manière douce de célébrer un parcours entier. Sur la page Facebook officielle de Michel Jonasz, l’équipe rappelle que le chanteur et son pianiste fêteront bientôt leurs quinze ans de concerts en piano‑voix, avec notamment deux dates aux Folies Bergère à Paris fin janvier 2027. Le message parle d’« essentiel » : la scène, un piano, deux sensibilités.

L’Instagram du Jazz Opale Festival emploie les mêmes mots : après des « centaines de concerts », le duo revient encore, comme si cette formule ne s’épuisait jamais. Les programmations régionales, de Montpellier au Corum jusqu’aux théâtres d’Antibes ou d’Hyères soulignent elles aussi cette dimension de retrouvailles. J’y vois une forme de fidélité, presque de gratitude : pour un artiste dont les chansons accompagnent depuis longtemps les repas de famille, les trajets en voiture, les débuts de soirée, continuer à les chanter dans des lieux à taille humaine, c’est aussi dire merci à ce public qui n’a jamais lâché.

Une étape symbolique dans la tournée 2026-2027

Ce 21 novembre, l’espace Noël‑Ravassard deviendra donc, l’espace d’une soirée, l’un de ces petits observatoires de la chanson française en mouvement. On pourra y entendre les grands classiques, forcément, mais aussi, à en croire les descriptions de la nouvelle tournée Soul Tour, quelques surprises et de nouveaux arrangements. Au-delà du répertoire, j’ai envie de croire que ce rendez-vous racontera quelque chose de notre époque : le besoin de se retrouver dans des lieux modestes, de partager des émotions simples, loin des écrans et des polémiques.

Sans discours tapageur, sans posture, juste une voix, un piano et des histoires qui parlent d’amour, de temps qui passe, de fidélité. En sortant dans la nuit froide de Châtillon, chacun repartira sans doute avec un refrain en tête – et peut‑être, plus discrètement, avec cette impression d’avoir renoué avec quelque chose d’essentiel : une soirée à hauteur d’homme, où la culture circule de main en main, portée par un artiste qui, lui aussi, continue de prendre la route.

À l’heure où tant de tournées se concentrent sur les grandes capitales, cette halte automnale dans l’Ain ressemble à un clin d’œil : la chanson française ne se vit pas seulement dans les Zéniths, elle se chuchote aussi dans les salles communales. Et c’est souvent là qu’elle touche le plus juste.

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