top of page

Matmatah, les copains bretons qui rallument les Moissons Rock

  • Writer: ER
    ER
  • May 13
  • 6 min read

J’ai encore en tête l’odeur un peu humide des chapiteaux de festival, ce mélange de bière renversée, de terre battue et de câbles électriques qui serpentent sous les pieds. Quand je pense à Matmatah qui ouvre sa tournée d’été 2026 aux Moissons Rock de Juvigny, le 16 mai prochain, c’est cette image qui s’impose : un bout de Bretagne électrique débarquant en plein milieu de la Marne, sous un ciel de printemps qui hésite encore entre pluie fine et premières chaleurs.

Dix-neuf ans après leur premier passage ici, en 2007, les mêmes visages – un peu plus marqués, sans doute, mais toujours rieurs – reviennent allumer la mèche. Entre-temps, le monde a changé, eux aussi, mais il y a quelque chose d’intact dans cette bande de copains devenus, presque malgré eux, un groupe culte du rock français.

Un parcours musical riche et fidèle à ses racines

Quand je relis les chiffres, je mesure le chemin : 31 ans de carrière, trois disques d’or, plus de 1 500 concerts, 1,3 million d’albums vendus, rappelait récemment L’Hebdo du Vendredi dans son interview avec Tristan Nihouarn, alias Stan. Et pourtant, quand le chanteur raconte l’histoire, il la ramène toujours à ce noyau simple : « Matmatah, c’est d’abord une histoire de potes », des amis qui se connaissent depuis bientôt 35 ans et qui ont choisi, un jour, de faire de leur amitié un métier partagé. Cette fidélité, on la retrouve aussi dans leur façon de travailler : même tourneur depuis trente ans, comme le confiait Stan à L’Union, et une manière très instinctive de choisir les scènes, en privilégiant les « festivals à taille humaine » plutôt que les mastodontes impersonnels.

Une pause salutaire et un retour triomphal

Pour bien comprendre ce retour à Juvigny, il faut revenir sur la trajectoire récente du groupe. En 2008, à bout de souffle, Matmatah décide d’arrêter net, sans même parler de « pause ». « On était usés, on avait vraiment décidé d’arrêter », raconte Stan dans L’Hebdo du Vendredi. Neuf ans de silence, jusqu’à la reformation en 2016–2017 et une longue tournée qui confirme que les chansons n’ont pas vieilli, et que le public, lui, s’est renouvelé. Le chanteur s’étonne encore, dans cette interview, d’avoir vu débarquer à leur retour toute une génération de très jeunes fans, qui connaissaient « Emma », « L’Apologie » ou « Lambé An Dro » par cœur. Ils lui ont expliqué avoir grandi avec ces morceaux en fond sonore des soirées d’étudiants, comme d’autres se passaient Noir Désir ou Gainsbourg.

C’est sans doute là que réside une part du mystère Matmatah : ces refrains ancrés dans un terroir – Brest, la Bretagne, les bières tièdes, les gueules cassées – mais capables de circuler, de s’installer dans la mémoire de ceux qui n’ont jamais mis un pied rue de Siam.

Un renouveau musical sous le signe des cuivres

Entre 2023 et 2025, le groupe a enchaîné les dates, de la France à l’étranger, avant de préparer en 2025 un concert anniversaire massif pour leurs 30 ans à Bercy, avec déjà, sur scène, une section de cuivres invitée : les Fuzzy Brass Four, quatuor détonnant venu bousculer les arrangements. Ce concert des 30 ans, minutieusement préparé pendant des mois, les a presque rendus « monomaniaques », avoue Stan à L’Union. De cette obsession est née une envie de respiration : revenir à leurs débuts de groupe de reprises dans les bars.

Résultat : un album singulier, « L’Embardée », composé de reprises revisitées, de Lennon à Abba en passant par Disiz ou Louis Chedid, chantées en dix langues européennes différentes. « Une sorte de joyeux foutoir » qui tient pourtant debout, reconnaît le chanteur dans L’Hebdo du Vendredi, où il dit aussi à quel point ces chansons lui servent de miroir discret : une manière « un peu masquée de raconter sa vie », en choisissant des textes qui résonnent avec ses dernières années. J’aime beaucoup cette idée : derrière le vernis ludique de la reprise, il y a une autobiographie en filigrane, partagée par procuration.

La tournée estivale 2026: un retour aux sources

C’est dans cette dynamique, entre célébration du passé et désir de nouveaux chemins, que s’inscrit la tournée estivale 2026 qui débutera sous le chapiteau des Moissons Rock, à Juvigny, le samedi 16 mai. À 21 h 30, Matmatah montera sur scène accompagné des Fuzzy Brass Four, annoncés comme une « section cuivre inédite » dès décembre 2025 par L’Union, lorsque le festival dévoilait sa programmation à dose homéopathique, façon calendrier de l’Avent. La soirée s’inscrit dans un samedi déjà bien chargé – avec Contremeute, Dub Silence, Copycat et Yaniss Odua – tel que le détaille la fiche du festival sur Infoconcert. Mais la tête d’affiche bretonne aura une couleur particulière : c’est là que s’ouvre une série de dates pensées comme un retour assumé aux festivals de proximité.

Dans l’interview accordée à L’Union début mai, Stan insiste sur ce choix : après des années de grosses scènes, il confie avoir parfois trouvé certains événements « un peu too much », avec cette impression que la dimension humaine se dilue dans les dispositifs géants. L’idée, dit-il, est donc d’« aller rejouer dans des festivals à taille humaine, des trucs où il y a un lien avec le public et un accueil différent ». Quand il parle des Moissons Rock et de La Poule des Champs – autre festival marnais où la tournée doit s’achever en septembre – il évoque autant l’ambiance de coulisses que le moment sur scène, ce sentiment d’être accueilli par une équipe qui connaît son public comme on connaît sa paroisse.

Un mélange d'ancien et de nouveau pour séduire toutes les générations

Concrètement, la tournée d’été sera très différente de celle de 2024. Le groupe a confié à L’Hebdo du Vendredi avoir revisité ses morceaux pour intégrer les cuivres, sous la plume de leur pianiste Julien Carton, qui a écrit toutes les parties. La setlist mêlera les « indéboulonnables », de « L’Apologie » à « Lambé An Dro », et des titres plus rarement joués ces dernières années.

Je me surprends à imaginer les vieux fans de 2007, que Stan voit aujourd’hui « un peu plus loin que le premier rang, mais toujours là », arriver cette fois avec leurs enfants sur les épaules ou endormis dans des casques anti-bruit. Le chanteur dit compter sur ce passage de relais : ceux qui étaient déjà aux Moissons il y a dix-neuf ans, invités à revenir « peut-être avec leurs enfants ». C’est là que la musique prend une dimension presque familiale, au sens le plus simple et le plus beau du terme : on transmet un refrain comme on transmet une histoire du coin de la table, un soir d’été.

Entre lucidité et créativité : le défi des années à venir

Et au-delà de la fête, il y a tout ce que le groupe continue de ruminer en coulisse. Stan n’élude pas la question du monde qui a changé. Interrogé par L’Union sur ce qui l’inspire aujourd’hui, il répond qu’il y a « plein de choses à dire », à la fois source d’inspiration et d’inquiétude, mais que cela passera avant tout par des chansons. Entre deux dates de festival, les membres de Matmatah écrivent déjà le prochain album de compositions originales, promis après la parenthèse de « L’Embardée ».

Le chanteur décrit ce rapport presque têtu à la création : « Il y aura toujours un nouvel album à venir. C’est ce qu’on sait faire et ce qu’on aime faire. » Et s’il sait que l’album de reprises ne convaincra pas tout le monde, sa réponse a quelque chose de désarmant : « Nous, on fait ce qu’on aime. On espère que les gens vont aimer, mais d’abord, on fait ce qu’on aime et on est libres, surtout. »

Dans un paysage musical où beaucoup courent après les tendances, cette fidélité à soi-même a presque valeur de manifeste.

Les Moissons Rock : un écrin idéal pour une musique enracinée et accessible

Alors, que restera-t-il de cette halte de mai 2026 à Juvigny, quand le chapiteau sera démonté et que la Marne aura retrouvé son calme ? Sans doute la sensation, pour ceux qui y seront, d’avoir croisé une bande qui réussit cette prouesse rare : parler à des publics de plus en plus larges sans trahir ce qui les a faits naître, cette « histoire de potes » brestois qui ont grandi sans se renier.

Dans le miroir des festivals marnais, je vois aussi se refléter une certaine idée de la culture populaire française : enracinée, accessible, joyeuse, mais jamais tout à fait déconnectée des tourments du temps. Les Moissons Rock, festival qui revendique depuis plus de trente ans sa dimension conviviale et familiale, offrent à Matmatah un terrain de jeu idéal pour cette nouvelle phase, plus cuivrée, plus ludique, mais pas moins exigeante.

À court terme, les prochaines étapes sont claires : une tournée estivale dense, un rendez-vous annoncé à La Poule des Champs en septembre pour refermer la boucle champenoise, puis un retour à l’écriture de nouveaux titres originaux. À moyen terme, la vraie question, pour moi, est plutôt de savoir comment ces chansons futures entreront en résonance avec un monde que le groupe regarde avec autant d’affection que de lucidité.

Matmatah a prouvé qu’il savait traverser les décennies, les modes et même un long silence de neuf ans ; reste à voir comment il racontera la suite, à hauteur d’homme, de foi tranquille en la scène et de nuits d’été partagées. En attendant, le 16 mai à Juvigny, il suffira sans doute d’une intro de guitare, d’un refrain en chœur, d’un solo de cuivre qui roule dans l’air frais pour que, l’espace d’un morceau, tout le chapiteau se sente, lui aussi, un peu breton.

Comments


NEWSLETTER : INSCRIVEZ-VOUS

Restez informé, découvrez le meilleur de Radio PANAME dans la newsletter gratuite hebdomadaire et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

Merci pour votre envoi !

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Instagram

DÉCOUVREZ LA GRANDE MUSIQUE

accès direct à la radio LA GRANDE MUSIQUE

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
badge just ask amazon alexa
bottom of page