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La Maison Tellier, vingt ans de folk vivant entre ombre et lumière

Writer: ER
ER
11 minutes ago
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La Maison Tellier fêtera ses vingt ans à l’Élysée Montmartre le 24 septembre 2026. Le groupe normand y présentera Timidité des arbres, un huitième album traversé par la nature, l’americana et la mémoire de Jean-Louis Murat.

Il suffit parfois d’un nom pour faire surgir un paysage. Avec La Maison Tellier, j’entends immédiatement une route secondaire, une lumière de fin d’après-midi et le bois un peu poussiéreux d’une guitare folk. Fondé à Rouen au milieu des années 2000, le groupe n’a jamais cherché à courir après les modes. Depuis son premier album, paru en 2006, il avance à son rythme, avec cette élégance discrète des formations qui préfèrent construire une œuvre plutôt que collectionner les effets.

Helmut Tellier au chant et à la guitare, Raoul Tellier aux guitares, Léopold aux cuivres, Betty à la basse et à la contrebasse, Jeff à la batterie : la composition actuelle conserve l’esprit collectif qui fait l’identité de la formation. Au fil des années, La Maison Tellier a installé une musique immédiatement reconnaissable, quelque part entre la chanson française, le rock, le blues et la folk américaine. Les albums Beauté pour tous, Avalanche, Primitifs modernes et Atlas témoignent de cette progression patiente, jamais figée.

Le site officiel présente Timidité des arbres comme un disque de continuité, et non comme un retour en arrière. La formule me paraît juste. Le nouvel album, sorti le 3 avril 2026 selon les informations publiées autour de sa parution, semble prolonger le dépouillement d’Atlas tout en ouvrant davantage les fenêtres. Le dossier d’Azimuth Productions évoque un « chaînon manquant entre Calexico et le regretté Jean-Louis Murat ». La comparaison est flatteuse, mais elle ne résume pas tout : La Maison Tellier possède une couleur propre, plus fraternelle, moins rugueuse, capable de passer d’une ballade brumeuse à une poussée de cuivres sans perdre le fil de son récit.

Le titre de l’album donne une première clé d’écoute. Ici, la nature n’est pas un simple décor de carte postale. Elle devient une présence, presque un personnage silencieux, une manière de parler du temps, de l’attachement et de ce qui demeure lorsque les êtres changent. Le premier extrait, Love Again, est présenté comme une chanson d’amour à la fois intime et universelle. La Maison Tellier y retrouve ce qui fait sa force : des sentiments directs, mais jamais simplifiés, déposés dans des arrangements capables de laisser respirer les mots.

La palette musicale s’élargit également avec la pedal steel, le duduk arménien, la vihuela et le guitarrón mexicain. Ces instruments pourraient facilement alourdir un disque déjà riche en références ; ils semblent au contraire prolonger son goût des grands espaces. Franceinfo a souligné l’enregistrement en groupe et l’atmosphère détendue des sessions. La participation de Louis-Jean Cormier, Karen Lano et H-Burns ajoute d’autres voix à cette aventure collective, sans remettre en cause l’ossature du groupe. Même des sons d’oiseaux enregistrés pendant les prises auraient trouvé leur place dans les morceaux. Le détail est révélateur : chez La Maison Tellier, l’environnement n’est pas une toile de fond, mais une matière sonore.

Le rendez-vous parisien du 24 septembre 2026 prendra donc une dimension particulière. À l’Élysée Montmartre, le groupe célébrera vingt ans de scène et défendra son nouvel album devant un public qui connaît aussi bien ses chansons anciennes que ses explorations récentes. Les portes doivent ouvrir à 19 heures pour un concert prévu à 20 heures, avec Bobbie en première partie, d’après OÜI FM. La billetterie annonce un tarif de 35 euros sur Infoconcert. Le choix de cette salle populaire et chargée d’histoire correspond bien à leur musique : on peut y entendre les détails d’une voix, la respiration d’une contrebasse, puis sentir le public se soulever lorsque les guitares prennent de l’ampleur.

La tournée anniversaire ne s’arrêtera pas à Paris. Les dates publiées par Azimuth Productions annoncent notamment des passages au 106 de Rouen le 25 septembre, au Bateau ivre de Tours le 2 octobre, au Chabada d’Angers le 3 octobre, puis à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand le 20 novembre. La Grange de la Ferme des Jeux, à Vaux-le-Pénil, accueillera également le groupe le 28 janvier 2027. Cette circulation dans des salles de dimensions diverses correspond à l’histoire de La Maison Tellier : une formation assez singulière pour toucher les amateurs de chanson indépendante, mais assez généreuse sur scène pour dépasser le cercle des initiés.

Le fil émotionnel du disque passe aussi par La chanson de Jean-Louis, hommage à Jean-Louis Murat, figure tutélaire dont l’écriture et les paysages ont accompagné plusieurs générations d’artistes français. La Maison Tellier ne semble pas chercher à l’imiter ; elle lui adresse plutôt un signe, comme on déposerait une fleur au bord d’un chemin familier. Après vingt ans, le groupe ne célèbre donc pas seulement sa longévité. Il affirme qu’une chanson peut encore grandir lentement, loin de l’agitation médiatique et des formats instantanés. Le 24 septembre, à Montmartre, La Maison Tellier aura rendez-vous avec son passé, mais sans nostalgie obligatoire. Les arbres sont peut-être timides, mais les chansons, elles, continuent de pousser.

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