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Jean-Jacques Goldman, une chanson bousculée et un pari risqué pour le retour de Céline Dion

  • Writer: ER
    ER
  • Apr 25
  • 6 min read

Je me revois encore, un vendredi matin d’avril, coincé dans le RER avec dans les oreilles la première écoute de Dansons, le nouveau titre de Céline Dion signé Jean-Jacques Goldman. Autour de moi, personne n’avait l’air de prêter attention à cette voix pourtant familière, ce mélange de synthés très lisses et de cordes presque télévisuelles. J’ai pensé à ces années 90 où un simple couplet écrit par Goldman suffisait à paralyser la FM. Là, au contraire, la chanson venait d’essuyer une douche froide critique, et je me retrouvais au milieu d’un paradoxe étrange : Goldman n’a peut‑être jamais été aussi respecté qu’aujourd’hui, et pourtant sa nouvelle chanson pour Céline Dion est déjà traitée comme un objet un peu démodé. C’est cette petite dissonance, à la fois musicale et générationnelle, qui raconte mieux que tout le pari que s’apprête à jouer Céline pour son grand retour, avec Jean‑Jacques Goldman au premier plan, mais plus tout à fait au centre.

Un retour très attendu à Paris La Défense Arena

Pour situer le décor : Céline Dion prépare cet automne une résidence fleuve de 16 concerts à Paris La Défense Arena, du 12 septembre à la fin octobre, un retour massif sur scène après des années de silence forcé à cause du syndrome de la personne raide. Les 480 000 billets mis en vente sont partis à une vitesse sidérante, en quelques heures, avec une demande qui, selon les chiffres cités par Closer et Le Parisien, approchait les 9 millions de connexions simultanées sur la billetterie. La France, pays de D’eux, d’Une fille et quatre types, reste son refuge, son théâtre naturel.

Pour ce retour très attendu, l’option la plus évidente aurait été de rejouer la partition gagnante : un album intégralement écrit et composé par Jean-Jacques Goldman, comme au temps où il signait Pour que tu m’aimes encore et J’irai où tu iras. Cette hypothèse a réellement été sur la table, plusieurs médias la mentionnent, du Parisien à CNews. Mais les temps ont changé : la chanson française s’est fragmentée, les signatures se sont multipliées, et Céline, à 58 ans, ne peut plus simplement rejouer la cassette des années 90. Elle l’a d’ailleurs déjà compris en 2016, quand elle avait ouvert grand les portes à Grand Corps Malade, Vianney ou Zaho sur Encore un soir.

Un album pluriel pour toucher plusieurs générations

Cette fois, la même logique est poussée plus loin : outre Goldman, figure tutélaire, l’équipe de la chanteuse québécoise a approché plusieurs plumes de la nouvelle génération – Santa, Charlotte Cardin, Angèle, et d’autres dont les noms circulent sans être toujours confirmés. Dans ce paysage, Jean-Jacques Goldman n’est plus seulement le faiseur de tubes d’hier, mais une sorte de socle affectif et symbolique autour duquel Céline tente de reconstruire un présent.

Une chanson controversée : "Dansons"

Le problème, c’est que Dansons, ce retour tant attendu du tandem, est loin de faire l’unanimité. Le Monde, dans un article très commenté, parle d’un morceau « si hors d’âge qu’il en est fascinant », le comparant esthétiquement au générique d’un soap opera, avec cette impression de ballade 90’s coincée dans une époque qui ne lui appartient plus. D’autres critiques, en France comme à l’étranger, soulignent un décalage avec la production actuelle, une orchestration un peu datée, là où les grandes ballades francophones ont depuis plusieurs années intégré des sons plus épurés, plus électroniques ou plus organiques.

Sur les réseaux sociaux, j’ai vu passer des commentaires désarçonnés : certains fans se disent émus par le texte et la voix retrouvée de Céline, d’autres semblent regretter un manque de prise de risque. Face à ce procès en ringardise, Jean‑Jacques Goldman, que l’on entend si rarement, a choisi de répondre. Dans un communiqué relayé par RTL et repris par Closer, il remonte à la genèse de la chanson : « C’était en 2020, le monde s’arrêtait et des gens dansaient. Confinés chez eux. » Il explique avoir pensé ce texte sur cette image paradoxale d’un monde en suspens où l’on continue pourtant à danser, comme on danse « au‑dessus de l’abîme ». Ce n’est pas un gadget de variété : c’est une métaphore sombre, presque biblique, sur un monde déréglé où la musique tient lieu de fragile consolation. Goldman affirme avoir refusé de changer « un seul mot » du texte, écrit il y a six ans, comme une manière de défendre l’intégrité de sa démarche face aux critiques et aux injonctions à la modernité. En filigrane, j’entends un homme qui accepte le risque de déplaire pour rester fidèle à sa plume.

Une nouvelle génération d'auteurs pour l'album francophone

Pendant ce temps, l’album qui se dessine autour de cette chanson semble viser tout autre chose qu’un simple best of de nostalgie. Selon Le Parisien et Charts in France, plusieurs auteurs et autrices très en vue ont été approchés. Santa, révélée avec Hyphen Hyphen puis en solo avec Santa & Cie, raconte que l’idée d’écrire pour Céline a bien été discutée, avant d’être mise de côté parce qu’elle travaillait en parallèle sur son propre album et qu’elle mesurait l’ampleur de « la machine » Céline Dion.

La Canadienne Charlotte Cardin, sacrée aux dernières Victoires de la musique francophones, a de son côté confié à la presse qu’on l’avait approchée et qu’elle rêverait de monter sur scène avec son idole lors de la résidence parisienne, même si sa participation au disque n’est pas garantie. Côté belge toujours, Angèle fait partie de ces noms qui reviennent avec insistance : Le Parisien comme CNews évoquent des échanges autour d’un titre, à un moment où la chanteuse de Balance ton quoi peaufine par ailleurs son propre troisième album, en duo studio avec le tandem très électronique Justice. Imaginer Angèle écrire pour Céline Dion, c’est composer un drôle de pont générationnel, entre la pop engagée et ironique des années 2020 et la chanson sentimentale des années 90. On imagine mal Goldman lui‑même prophétiser pareille rencontre, et pourtant elle résume bien l’ambition du projet : ne pas renier l’héritage tout en laissant la porte entrouverte à une autre écriture, plus contemporaine, parfois plus désabusée.

Ycare, une signature confirmée

Dans cet édifice en construction, un autre nom est déjà sûr : Ycare. Révélé au grand public en 2008 dans Nouvelle Star, l’auteur‑compositeur a depuis imposé sa patte, entre pop mélodique et textes introspectifs. Plusieurs médias, du Soir Mag à CNews, confirment qu’un premier single issu de l’album francophone de Céline Dion, signé Ycare, est prévu pour le mois de juin.

Là, je me surprends à sourire : j’imagine ce faiseur de refrains ciselés se confronter à une voix monumentale comme celle de Céline, et je me demande si ce ne sera pas finalement à ces nouvelles plumes de montrer que la diva peut encore surprendre. Car pour l’instant, Dansons joue un drôle de rôle de paratonnerre. Les critiques s’abattent sur le morceau, mais dans le même temps, le succès foudroyant des places de concert, l’émotion palpable des fans lorsqu’ils entendent simplement Céline tenir une note, montrent que le lien n’est pas rompu. La chanson de Goldman devient presque un prologue : imparfait, discutable, mais nécessaire pour rouvrir la conversation entre Céline Dion et le public francophone.

Un lien profondément français et familial

Je ne peux pas m’empêcher de voir dans cette histoire quelque chose de profondément français, presque familial. D’un côté, Jean-Jacques Goldman, figure discrète, retirée de la scène médiatique, qui revient sans vouloir se justifier autrement que par son texte ; de l’autre, Céline Dion, catholique assumée, femme de famille éprouvée par la maladie et le deuil, qui choisit de revenir par la France, ce pays qui l’a adoptée dès ses débuts. Entre eux, une nouvelle génération d’auteurs – Santa, Angèle, Charlotte Cardin, Ycare – qui regardaient D’eux dans leur chambre d’ado et à qui l’on demande aujourd’hui d’ouvrir une nouvelle page.

L’épisode Dansons, avec ses critiques parfois violentes et la défense sobre mais ferme de Goldman, pose plusieurs questions que je garde en tête. Jusqu’où un artiste doit‑il se plier aux codes sonores du moment pour rester « au goût du jour » ? Est‑ce trahir une chanson que de la retoucher des années après son écriture pour l’adapter aux modes ? Et pour Céline Dion, comment concilier le respect d’une histoire – celle de la chanson française populaire, familiale, émotionnelle – avec la nécessité de toucher un public plus jeune, pour qui ses grands tubes appartiennent déjà au patrimoine ?

Dans les prochains mois, chaque nouvelle information sur cet album francophone sera scrutée, chaque collaboration décortiquée, chaque sortie détaillée sur les sites spécialisés ou les blogs de fans. Ce qui se joue dépasse pourtant la simple curiosité people : c’est la façon dont une grande voix de la chanson, portée par des valeurs de fidélité, de sobriété et de famille, tente de traverser une époque pressée sans renier ce qu’elle est.

Si Dansons n’est peut‑être pas la grande chanson que l’on attendait de Goldman pour signer le retour de Céline, elle a au moins le mérite de poser franchement la question : veut‑on encore aujourd’hui écouter une chanson qui ne ressemble à rien d’autre qu’à elle‑même ? La réponse, je le pressens, ne viendra pas d’un seul titre, mais de l’album entier – et surtout de ces soirs de septembre, quand cinquante mille personnes se lèveront, encore une fois, pour chanter avec elle dans une arène de Nanterre transformée, l’espace de deux heures, en vaste salon familial.

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