Jean-Jacques Goldman, 20 chansons pour mesurer ce qui nous lie encore à lui
- ER

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Dans les couloirs du métro parisien, je croise souvent ce même refrain fredonné à mi-voix, sans que la personne s’en rende vraiment compte. Un couplet de Goldman, attrapé au vol sur une playlist de téléphone, une radio de bistrot, une rediffusion télé. Il y a quelque chose d’assez troublant à voir W9 consacrer, ce mardi 28 juillet 2026, toute une soirée à Jean-Jacques Goldman avec un documentaire intitulé « Les 20 chansons de Jean-Jacques Goldman préférées des Français », tant sa présence est partout alors que lui-même a choisi la disparition médiatique. La chaîne promet un vrai classement, révélé en fin d’émission, et un fil rouge assuré par Jérôme Anthony.
En apparence, un simple programme de prime time comme la télévision en produit à la chaîne. Mais derrière cette liste de vingt titres, je vois se dessiner un enjeu plus profond : prendre le pouls d’un pays à travers le répertoire d’un artiste qui refuse les plateaux, les interviews et les réseaux sociaux, tout en conservant un lien presque filial avec plusieurs générations d’auditeurs.
Un portrait en musique à travers 20 chansons
Le principe de l’émission, détaillé par Série News dans sa présentation publiée le 25 juillet 2026 (source), est simple : vingt chansons, un compte à rebours jusqu’à la numéro un, des images d’archives, des explications, des souvenirs, des témoins. En somme, une plongée dans le répertoire d’un auteur-compositeur qui a façonné l’imaginaire musical français des années 1980 à 2000, puis s’est effacé derrière les autres, de Céline Dion aux Enfoirés.
Pendant que la chaîne entretient le suspense sur le morceau arrivé en tête, je repense à la façon dont ses textes ont irrigué la vie quotidienne : ces titres que l’on entend à un mariage ou à un enterrement, ces refrains devenus langage commun pour dire l’amitié, le doute, la foi en l’autre, le sentiment de ne pas être tout à fait à la hauteur.
Le contexte social et artistique des chansons de Goldman
Dans sa présentation, W9 insiste sur trois axes : les amitiés, les convictions, les rencontres. Tout Goldman est là. Des chansons comme « Envole-moi », « Il changeait la vie » ou « Comme toi » sont autant de petites nouvelles sociales, d’instantanés sur les invisibles, les cabossés, les résistants modestes. D’autres, plus intimes, fouillent les mouvements du cœur, la famille, la transmission.
Ce n’est pas un hasard si, année après année, les sondages le désignent encore comme la personnalité préférée des Français, ni si ses albums restent parmi les plus vendus du catalogue francophone. Son répertoire a cette particularité d’être à la fois extrêmement identifiable – ces progressions harmoniques limpides, ces refrains chantables par tous – et infiniment appropriable par chacun.
L’impact culturel et musical durable de Jean-Jacques Goldman
Ce que W9 met en scène, ce n’est donc pas juste un palmarès, c’est un miroir tendu à un public qui a grandi avec lui. La chaîne annonce Jérôme Anthony en maître de cérémonie : un choix logique, lui qui sait jouer l’enthousiasme populaire sans ironie ni distance forcée.
Le documentaire promet de ne pas seulement aligner les clips mais de revenir, titre par titre, sur l’histoire de leur création et leur trajectoire dans la mémoire collective. Série News rappelle que chaque chanson sera replacée dans le parcours de l’artiste, avec ses collaborations, ses engagements et ses amitiés. Autrement dit, on ne devrait pas se contenter des éternelles images de Bercy, micro brandi au-dessus de la foule. On peut s’attendre à voir rejaillir ces séquences de studio, ces extraits d’interviews des années 80 où il expliquait, l’air gêné, qu’il n’aimait pas vraiment faire de la promo.
Le suspense de la chanson numéro un
Le suspense autour de la chanson numéro un ressemble presque à un jeu de société : quel titre trouvera grâce, en 2026, aux oreilles de Français qui n’écoutent plus la musique comme en 1986 ? « Je te donne » pour son refrain bilingue taillé pour les stades ? « Quand la musique est bonne » pour le côté hymne fédérateur ? « Encore un matin » pour sa philosophie douce-amère qui colle si bien aux réveils difficiles ? Ou bien un morceau plus grave, comme « Né en 17 à Leidenstadt », qui n’a cessé de gagner en résonance à mesure que le monde se tendait ?
Chaque média qui relaie la soirée s’amuse à lancer ses pronostics, et je me surprends moi-même à faire mentalement mon propre top 20.
Goldman aujourd’hui : une présence discrète mais omniprésente
Là où le documentaire peut devenir intéressant, c’est lorsqu’il décortique la façon dont ces chansons ont voyagé dans le temps. Car Goldman n’est plus monté sur scène depuis des années, n’a plus sorti de nouvel album studio depuis le début des années 2000, et pourtant, on le croise partout : sur les ondes généralistes, dans les reprises de télécrochets, dans les concerts-hommages.
Cette omniprésence discrète, W9 la rappelle en programmant plusieurs rediffusions du documentaire début août, pour permettre aux retardataires de confronter leur propre panthéon au classement final. Au fond, ce type d’émission n’a de sens que s’il déclenche ce petit réflexe chez chacun : vérifier si « sa » chanson à soi figure bien dans la liste, et à quelle place.
Un reflet de notre époque en pleine nostalgie musicale
Je me demande aussi ce que cette soirée dit de notre époque. En choisissant Jean-Jacques Goldman pour une grande opération de prime time, W9 s’inscrit dans un mouvement plus large de la télévision française : celui des soirées-nostalgie qui font office de refuge dans un paysage saturé de formats plus bruyants.
On pourrait le reprocher à la chaîne ; je n’y vois pas seulement une stratégie d’audience. J’y lis aussi une forme de reconnaissance envers un répertoire qui a accompagné des moments fondateurs de la vie collective, des Restos du cœur aux grands concerts caritatifs.
Le documentaire insiste, selon sa présentation, sur les convictions de l’artiste, sans jamais tomber dans le commentaire politique, mais en rappelant ce fil constant : parler de ceux qui sont « de l’autre côté de la vitre », donner un peu de lumière à ceux qui n’en ont pas.
Dans un paysage culturel souvent fragmenté, où chacun vit dans sa bulle algorithmique, ces vingt chansons forment une sorte de socle commun, un catéchisme laïque où l’on retrouve l’amitié fidèle, le courage tranquille, le respect des parents, l’amour qui dure même quand il se tait.
Conclusion : une soirée pour redécouvrir et partager Goldman
Je ne sais pas si le programme de W9 parviendra à renouveler le genre du classement musical télévisé, ni si les témoignages annoncés apporteront un vrai éclairage nouveau sur l’homme discret qu’est devenu Jean-Jacques Goldman.
Mais je sais une chose : ce mardi soir, des familles entières se retrouveront devant leur écran pour jouer ensemble à deviner quelle chanson sortira en tête, avec ce mélange de ferveur bon enfant et de tendresse un peu pudique qu’inspire cet artiste.
Et peut-être qu’après le générique de fin, certains iront remettre un vieux CD dans la chaîne hi-fi du salon, ou lancer une playlist sur une enceinte bluetooth, pour prolonger un peu la soirée. La vraie suite de ce documentaire, elle sera là : dans ce choix très simple de laisser, une fois encore, la musique parler à notre place.




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