Avec Céline Dion, la voix de Michel Berger résonne à Paris

Le piano de Michel Berger n’est plus là, mais ses chansons continuent de remplir les plus grandes salles. À Paris, les concerts de Céline Dion donnent aujourd’hui une nouvelle portée à « Ziggy », l’un des titres emblématiques de Starmania, et ouvrent une perspective financière inattendue pour Raphaël Hamburger, le fils de Michel Berger et de France Gall.
Je me suis replongé dans cette histoire à la lecture de l’article publié le 5 octobre 2026 par Purepeople, alors que Céline Dion poursuit sa série de concerts à la Paris La Défense Arena, désormais rebaptisée Plenitude Arena. La chanteuse québécoise y donne une première salve de seize récitals, programmés jusqu’au 17 octobre, avant une nouvelle série annoncée du 8 au 29 mai 2027. La salle confirme ces dates sur sa billetterie officielle, avec un dispositif de revente entre fans présenté comme le seul moyen sécurisé de céder ou d’acheter une place.
Derrière l’événement populaire, il existe une mécanique moins visible : chaque chanson interprétée en public génère des droits pour ses auteurs, ses compositeurs et leurs éditeurs. La Sacem rappelle que ces sommes ne constituent ni une taxe ni un impôt, mais la rémunération du travail de création, collectée auprès des diffuseurs puis répartie selon l’utilisation réelle des œuvres. Dans le cas présent, cette règle fait remonter jusqu’à la famille de Michel Berger une partie des recettes liées à « Ziggy », dès lors que le titre figure au programme des concerts de Céline Dion.
Écrit et composé par Michel Berger pour l’opéra-rock Starmania, « Ziggy » appartient à une œuvre créée à la fin des années 1970 avec le parolier Luc Plamondon. Le titre avait été créé par Éric Estève avant de devenir un classique du répertoire francophone grâce à France Gall. Dans la bouche de la chanteuse, il raconte le trouble d’une femme amoureuse d’un homme homosexuel, avec une délicatesse qui évite le pathos et laisse toute sa place à la fragilité du personnage.
Je me souviens de la force très particulière de cette chanson : une mélodie immédiatement mémorisable, mais une émotion qui ne se livre jamais tout à fait au premier passage. La ligne de piano, la progression presque limpide du refrain et la retenue de l’interprétation composent un équilibre rare entre chanson populaire et théâtre musical. C’est précisément cette simplicité apparente qui explique sans doute sa longévité. « Ziggy » peut être entendu comme un récit amoureux, mais aussi comme une chanson sur le désir, la différence et l’impossibilité de posséder celui que l’on aime.
Selon les informations reprises par Purepeople, Raphaël Hamburger doit percevoir, par l’intermédiaire de la Sacem, 25 % des droits liés à « Ziggy », au titre de l’héritage de son père. Aucun montant précis n’a été communiqué : parler d’un « très beau virement » décrit donc une perspective, pas une somme officiellement dévoilée. Cette prudence me paraît essentielle, car les revenus d’un concert dépendent de nombreux paramètres : nombre de représentations, jauge réellement remplie, prix des billets, contrats d’exploitation, répartition entre ayants droit et éditeurs.
Le succès de Céline Dion suffit néanmoins à mesurer l’ampleur potentielle de l’opération. La salle parisienne accueille plusieurs dizaines de milliers de spectateurs par soirée et l’engouement autour des billets s’est manifesté dès l’ouverture des ventes. Le Figaro, qui a consacré plusieurs articles au retour de la chanteuse, souligne de son côté la place considérable occupée par le répertoire français dans le spectacle. Jean-Jacques Goldman domine la set-list avec des titres comme « J’irai où tu iras », « Encore un soir » et « S’il suffisait d’aimer ».
D’après l’analyse citée par le quotidien, Goldman représente à lui seul une part très importante du temps chanté. Mais « Ziggy » rappelle que l’histoire musicale de Céline Dion ne se résume pas à son association avec Goldman. Avant D’eux, avant « Pour que tu m’aimes encore », la chanteuse avait déjà trouvé dans la chanson française un territoire d’expression puissant. Son timbre ample, capable de passer de la confidence à l’envolée, épouse naturellement la dramaturgie de Michel Berger.
En septembre, Le Figaro l’a d’ailleurs filmée devant son hôtel parisien, reprenant quelques mesures de « Ziggy » a cappella devant ses admirateurs. La scène dit beaucoup : une chanson née dans l’univers théâtral de Starmania peut encore surgir dans la rue, portée par la mémoire collective et par une artiste qui en connaît chaque inflexion. Elle montre aussi que le patrimoine de France Gall et de Michel Berger reste immédiatement identifiable, même lorsqu’il est transmis par une autre génération d’interprètes.
Je préfère voir dans ce futur versement autre chose qu’une simple anecdote financière. Il rappelle que les chansons de Michel Berger ne sont pas des souvenirs figés dans les vitrines de la variété française. Elles circulent, changent de voix, de génération et de contexte, tout en conservant leur pouvoir d’émotion. Raphaël Hamburger, qui travaille lui-même dans la musique, ne reçoit pas seulement les traces administratives d’un patrimoine familial : il voit l’œuvre de son père continuer à vivre devant un public qui n’a parfois pas connu Michel Berger ni France Gall de leur vivant.
C’est toute la singularité des droits d’auteur : ils prolongent une présence après la disparition de l’artiste, sans remplacer ni l’interprétation ni le lien intime que chacun entretient avec une chanson. La Sacem explique que la répartition s’appuie majoritairement sur les programmes déclarés et sur la diffusion effective des titres. Les concerts parisiens de Céline Dion vont donc inscrire « Ziggy » dans une nouvelle séquence de son histoire, avec une visibilité internationale et des milliers de voix prêtes à reprendre son refrain.
La suite est déjà annoncée : la deuxième série de concerts, au printemps 2027, pourrait prolonger cette dynamique. Je garde toutefois une réserve : tant que les comptes définitifs ne seront pas établis, il est impossible d’évaluer précisément ce que Raphaël Hamburger touchera. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le piano de Michel Berger continue de produire des échos très concrets. À Paris, sous les projecteurs de Céline Dion, « Ziggy » reste une chanson vivante — et une œuvre dont la transmission ne s’est jamais interrompue.




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