Bénabar et Manolo : une transmission musicale sans piston, entre fierté et authenticité
- ER

- 3 days ago
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Sur la scène estivale de Roquebrune-sur-Argens, Bénabar apparaît jovial, compagnon de fête pour son public, partageant rires et refrains qui résonnent comme un album de famille. Pourtant, dès que le sujet bascule vers son fils Manolo, 22 ans, musicien en devenir, son ton s'adoucit, empreint de respect et de prudence. C’est dans une interview au Nice-Matin à l'occasion du festival LAC Arena Concerts 2026 que l'artiste confie : « Je ne veux pas lui faire plein de compliments, ça peut devenir un poison. »
Un père qui laisse place à la liberté artistique
Bruno Nicolini, de son vrai nom, cultive une posture rare dans le monde souvent brouillant du show-business : celle du père qui ne veut pas faciliter la voie de son fils. Malgré une carrière riche d’une vingtaine d’années, plusieurs Victoires de la musique, et un statut d’artiste populaire, Bénabar s’abstient d’user de son réseau pour promouvoir Manolo. S'adressant à la presse et aux fans, il explique que le « poison » dont il parle vient de la tentation de influencer ou d’orienter la voie de son enfant par le biais de complaisances ou de conseils incessants.
Une démarche inspirée par ses propres débuts
Ce choix est aussi teinté d’une réflexion personnelle poussée. Bénabar se souvient de ses débuts, lorsqu'il jouait dans de petits cafés, entouré d'inconnus, sans la moindre main tendue. Cette solitude, loin d’être un frein, a été pour lui un terrain nécessaire à son épanouissement artistique. Il y voit une forme d’authenticité et d’intégrité, base qu’il souhaite pour Manolo, convaincu que seul le travail, la patience et le temps forment un musicien accompli. Ainsi, loin de reléguer son fils à l’ombre de sa célébrité, il préfère qu’il forge son identité propre, à son rythme.
Manolo, un artiste à part entière
Le parcours de Manolo Nicolini se distingue nettement de celui de son père. Avec un EP autoproduit Liquide fleur mix (2024) mêlant jazz et sonorités indie, et un groupe baptisé Chat Noir où il est chanteur et guitariste, il trace son chemin en évitant le carcan de la chanson narrative et douce-amère qui a fait la renommée de Bénabar. Sur Instagram (@manol1727), il affiche simplement ses projets musicaux, sans jamais mettre en avant son lien paternel, bannissant toute apparence de népotisme.
Une transmission discrète mais manifeste
Si le public et la presse people (Voici, Purepeople, Ohmymag) s'intéressent déjà à lui comme à un « nouveau prodige » de la scène française, le père reste un spectateur humble. Dans plusieurs interviews, il affirme clairement qu’il ne souhaite ni écrire de chansons pour Manolo, ni lui ouvrir des portes, ni même assurer une première partie de concert pour lui. Il veut que son fils découvre la musique dans ses réalités parfois modestes : les petites salles, les tournées en camionnette, les cachets modestes mais mérités.
Le poids des conseils et la peur du « poison »
Le « poison » dont parle Bénabar réside dans l’impact qu’un conseil paternel peut avoir sur le développement d’un artiste, même s’il est bienveillant. Il évoque ce risque que la parole paternelle devienne une forme de dogme, une validation dont on pourrait devenir dépendant, freinant la liberté créative et la prise de risque artistique qui sont fondamentales dans la jeunesse d’un musicien. C’est la crainte de priver Manolo de la possibilité d’échecs et de tâtonnements nécessaires, vécus avec humilité et parfois lourds d’enseignements.
Une image de continuité moderne dans la chanson française
Cette relation père-fils, à la fois distante mais pleine de fierté discrète, offre une image rare et inspirante dans l’univers musical contemporain. Alors que la chanson française se cherche de nouveaux visages et évolue parmi les genres croisés, Manolo incarne cette relève libre, indépendante, qui assume ses propres codes et influences. Bénabar, quant à lui, continue d’enrichir son répertoire avec un onzième album attendu en hiver 2026, témoignant d’une carrière solide et d’une créativité toujours aussi vivante.
Une harmonie des générations
Il est facile d’imaginer, dans un avenir proche, un festival d’été où Bénabar achève son set, puis s’assoit en coulisses, spectateur attentif du groupe Chat Noir qui investit la scène sans que le nom du père soit brandi comme un étendard. Une grande leçon pour tous : la transmission ne se fait pas toujours en éclats de projecteurs, mais dans la patience, le respect de l’autre et la confiance accordée à ceux qui tracent seuls leur route.
Conclusion
À l’heure où la facilité du piston prédomine dans certains milieux artistiques, l’histoire de Bénabar et Manolo souligne l’importance de protéger la liberté de création et la singularité des parcours. Plus qu’un simple « enfant de », Manolo est un musicien en devenir, façonné par la passion, l’effort et un père qui choisit de ne pas intervenir pour mieux encourager. Une belle transmission, sans confusion ni pression, qui séduit autant qu’elle intrigue.




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