Benjamin Biolay à Nancy : le bleu mélancolique prend la route

À Nancy, Benjamin Biolay transformera bientôt la scène de L’Autre Canal en vaste chambre d’écho. Le chanteur y donnera rendez-vous au public samedi 24 octobre 2026, à 20 heures, pour défendre Le Disque bleu, son ambitieux double album entre chanson française, pop orchestrale et rythmes sud-américains. Une étape qui s’annonce aussi élégante que fiévreuse, dans une salle habituée aux concerts où les artistes peuvent réellement dialoguer avec leur public.
Je me méfie toujours des titres qui promettent un voyage : ils finissent parfois par masquer des chansons trop sages. Avec Benjamin Biolay, le déplacement est pourtant bien réel. Le Disque bleu est né entre Paris, Sète, Bruxelles, Buenos Aires et Rio de Janeiro, comme si l’artiste avait voulu faire circuler ses mélodies d’un rivage à l’autre. Sorti le 17 octobre 2025, ce onzième album studio rassemble vingt-quatre morceaux répartis en deux volets, Résidents et Visiteurs. Le premier regarde davantage vers la France et ses paysages familiers ; le second se laisse porter par les couleurs de l’Amérique du Sud. Cette construction en miroir donne au disque une respiration singulière, faite de contrastes entre l’intime et l’ailleurs, la gravité et le mouvement.
Dans un entretien repris par Leclaireur Fnac, Biolay résume cette logique par une opposition entre « le jour et la nuit », « l’été et l’hiver », Paris et Buenos Aires. J’aime cette image parce qu’elle éclaire immédiatement son projet : Le Disque bleu n’est pas seulement une collection de chansons, mais une manière de faire dialoguer deux tempéraments. Sa voix grave conserve ce grain légèrement voilé qui le distingue depuis Rose Kennedy, tandis que les cordes, les cuivres, le bandonéon et les percussions donnent à l’ensemble une ampleur presque cinématographique. La critique des Inrockuptibles a salué un disque traversé par la bossa, le rock et la chanson, en soulignant la richesse de ses arrangements. Derrière cette sophistication, je perçois surtout un artiste qui continue de chercher, sans se contenter de reproduire la formule qui a fait son succès.
Cette volonté d’exploration s’inscrit dans une trajectoire déjà longue. Depuis ses premiers albums, Benjamin Biolay cultive une chanson française à la fois savante et immédiatement physique, capable de faire cohabiter la mélodie, les orchestrations ambitieuses et une écriture pleine de détours. Sur ce nouveau projet, les références à Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Louis Aragon, Antônio Carlos Jobim et Vinícius de Moraes ne relèvent pas du simple exercice de style. Elles forment plutôt une bibliothèque intime, que le chanteur déplace vers une production contemporaine. Adieu Paris incline ainsi vers la bossa et la séparation, tandis que Juste avant de tomber semble ouvrir une porte plus symphonique. Soleil profond, Le Penseur ou Mauvais garçon prolongent cette cartographie sentimentale, entre mémoire, désir et élégance cabossée.
À Nancy, cette recherche prendra une forme très concrète. Benjamin Biolay se produira à L’Autre Canal, au 45 boulevard d’Austrasie, dans la grande salle de cette scène nancéienne. Le tarif annoncé est de 47 euros et le placement est libre, debout, selon la fiche officielle de la salle. La date est également référencée par Ticketmaster et Infoconcert. L’établissement présente cette tournée comme le prolongement d’une série de concerts affichant complet dans plusieurs théâtres, avant un passage dans de plus grandes salles. Le contexte donne à ce rendez-vous une importance particulière : le chanteur ne viendra pas simplement aligner ses titres les plus connus, mais faire vivre un album pensé comme un ensemble.
Je m’attends donc à un concert où les chansons de Résidents et Visiteurs pourront se répondre, avec cette alternance de tension électrique et de douceur crépusculaire qui appartient à son univers. La scène devrait accentuer les contrastes du disque : les arrangements orchestraux pourront donner de l’ampleur aux chansons les plus intimes, tandis que les rythmes brésiliens et argentins inviteront le public à quitter, au moins pour quelques heures, les paysages lorrains. La réédition L’Ultra Bleu, annoncée en septembre 2026, a par ailleurs prolongé l’aventure avec six titres inédits, dont une reprise d’Écran total de PNL et une nouvelle version de Ton héritage. Le territoire bleu continue donc de s’agrandir, comme un album qui refuse de rester définitivement fixé.
La date nancéienne s’inscrit dans une tournée française et belge particulièrement dense. Après Nancy, Benjamin Biolay doit poursuivre sa route à Chenôve puis Sausheim, avant d’autres rendez-vous en salles et en festivals. France Bleu a également confirmé sa présence aux Rendez-vous soniques de Saint-Lô le 11 novembre 2026 et à Europavox, à Clermont-Ferrand, pour l’édition anniversaire des vingt ans du festival. Cette circulation montre la place désormais occupée par l’artiste : celle d’un chanteur capable de réunir un public fidèle tout en conservant une véritable exigence d’écriture.
Je crois que c’est là que se trouve l’enjeu de ce concert de Benjamin Biolay à Nancy. Dans une époque où les albums sont souvent consommés titre par titre, il défend encore l’idée d’une œuvre qui se découvre dans sa durée, avec ses détours, ses respirations et ses zones d’ombre. Le Disque bleu demande du temps, mais offre en retour une matière riche, parfois brillante, parfois mélancolique, toujours traversée par le désir de raconter. À L’Autre Canal, le public ne viendra donc pas seulement écouter une voix reconnaissable : il viendra habiter quelques heures ce paysage bleu, entre la mémoire française et le soleil de Buenos Aires. Quand Benjamin Biolay laisse ses chansons quitter le studio, elles gagnent souvent en nerf et en relief. Je parie que, dans la salle debout, la mélancolie ne restera pas immobile : elle prendra le rythme d’une danse lente, élégante et un peu fiévreuse.




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