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Alain Chamfort, la douceur de l’adieu : avec « L’Impermanence », un dernier tour de piste qui n’en finit pas

  • Writer: ER
    ER
  • Jul 13
  • 4 min read

À Brunoy, en 2026, on peut facilement imaginer les mélomanes sortir du RER D lors d'une soirée d'automne, crispant leur veste contre la fraîcheur, avec le doux sentiment qu'ils pourraient assister à un concert d'Alain Chamfort « peut-être pour la dernière fois ». Ce sentiment particulier flotte désormais au-dessus de chacune de ses représentations – que ce soit au Point Éphémère au bord du canal Saint-Martin en 2024, au Trianon, aux Folies Bergère, ou prochainement au Théâtre de Brunoy le 3 octobre 2026 avec son spectacle « L’Impermanence ». Ce fil ténu tisse un lien sensible entre toutes ces soirées, marquant une époque où Chamfort, annonçant que cet album, paru le 22 mars 2024 chez BMG, serait son dernier disque au « format long play » – pour reprendre son expression pleine d’humour entendue dans son interview sur France Inter –, interprète désormais chaque concert comme un chapitre d’une histoire en fin de parcours, un récit dont on pressent qu’il touchera à sa conclusion, mais sans en connaître la date précise.

Une carrière unique façonnée par l’élégance et la mélodie

Pour saisir la singularité de cet instant, il faut se replonger dans l’histoire d’Alain Chamfort, devenu au fil des décennies une icône de la chanson française sophistiquée. Né à Paris en 1949, cet autodidacte du piano a d’abord fait ses armes aux côtés de Jacques Dutronc, avant de se lancer comme chanteur sous la houlette de Claude François. Les années 70 et 80 seront richement traversées à la lumière de collaborations marquantes, notamment avec Serge Gainsbourg, qui le mène à signer des albums majeurs tels que « Rock’n Rose » et « Poses ». Ces œuvres scellent son style, subtil mélange de mélodie soignée, de jazz distillé et de pop raffinée, un univers qu’il continue de cultiver dans « L’Impermanence ».

Les titres emblématiques comme « Manureva », « Géant », « Paradis », « Traces de toi », « Bambou » ou encore « La fièvre dans le sang », nourrissent encore aujourd’hui ses spectacles, notamment « Le Meilleur de moi-même », où l’artiste engage une véritable conversation musicale avec son public. Cette vibration intime est également palpable dans la tournée contemporaine qui s’efforce de marier nouveautés et classiques avec un soin manifeste.

« L’Impermanence » : un album entre héritage et renouveau

Sorti en mars 2024, « L’Impermanence » marque un tournant : celui du choix conscient d’un pas de côté. Avec la complicité artistique d’Adrien Soleiman, la direction musicale toute en finesse accompagne cet album, où chaque son, chaque note, chaque mot semblent pesés et porteurs de sens. La collaboration avec Sébastien Tellier, notamment sur l’EP de janvier 2024 et sur le titre « Whisky Glace », vient enrichir ce patchwork sonore d’une couleur contemporaine et résolument élégante.

Au-delà de la musique, cette œuvre incarne une philosophie, celle d’accepter le passage du temps sans amertume, en réinventant son rapport à l'album et à la scène. Chamfort s’éloigne du combat commercial imposé par l’économie du streaming, mais se refuse à renoncer à la qualité intrinsèque de ses chansons. Il choisit en cela de ralentir, non pas abandonner.

Sur scène : un spectacle d’intimité et de partage

Le concert de lancement à la petite salle du Point Éphémère en juin 2024 illustre parfaitement ce nouvel élan. Le public, une petite assemblée d’environ 300 fervents, vit un moment unique : des incertitudes assumées, des « petits plantages » évoqués avec humour, une complicité palpable entre Chamfort et son groupe.

Les arrangements oscillent entre rock et minimalisme, parfois ponctués par la présence hypnotique du thérémine. Des titres variés, puisés entre 1975 et 1997, ponctuent la soirée, tandis que « La Grâce », joué seul au piano en rappel, apparaît comme une prière laïque où s’exprime un doute sensible : « Aurai-je su toucher la grâce ? Aurai-je su toucher les gens autant que ceux qui m’ont touché ? » Cette interrogation, presque universelle, touche profondément le public qui repart partagé entre émotion et gratitude.

Un parcours scénique riche et engagé jusqu’en 2026

La suite de la tournée promet d’être tout aussi intense. Avec des dates au Trianon, aux Folies Bergère, dans plusieurs festivals ainsi qu’aux Francofolies de Spa ou Nancy Jazz Pulsations, Alain Chamfort assume pleinement cette double vie scénique. Parallèlement, il présente le spectacle « Le Meilleur de moi-même », alliance subtile de concert et d’entretien, où il revisite son parcours de vie avec une grande sincérité.

Ces propositions artistiques, loin des artifices et du cynisme ambiant, incarnent une vision élégante et proche de la tradition française de la chanson : celle d’un artiste dont chaque note est posée avec attention, pour mieux cueillir la grâce éphémère de l’instant.

Un adieu au format classique, mais pas à la musique

Clair sur ses intentions, Alain Chamfort annonce ne plus envisager d’album longue durée après « L’Impermanence ». Cela n’implique pas pour autant une fin d’écriture ou même d’enregistrement, mais plutôt une nouvelle manière d’envisager sa création musicale, qui pourra se matérialiser par des singles, des collaborations ou autres projets ponctuels.

À l’automne 2025, une compilation intitulée « Temps forts » rassemblera ses plus beaux succès, agrémentée d’un inédit, offrant ainsi un pont entre passé et présent.

Sur scène, l’énergie demeure, et la tonalité exigeante de sa musique rencontre un public diversifié, composé aussi bien de nostalgiques de ses premiers succès, de jeunes admirateurs de la patte Gainsbourg ou des fans de Sébastien Tellier séduits par cette nouvelle approche.

En conclusion : La grâce intemporelle d’un dandy de la chanson

Que l’on soit à Brunoy en 2026, à Paris, Bruxelles ou dans un petit théâtre de province, assister à un concert d’Alain Chamfort c’est partager une expérience singulière où la musique devient source d’élégance, d’émotion et de retenue. « L’Impermanence » porte en lui ce paradoxe : celui d’un adieu au format traditionnel du disque, tout en incarnant une présence scénique toujours vibrante et accessible.

Chamfort nous rappelle ainsi que la chanson française peut demeurer un art du temps suspendu, un dialogue sensible entre artiste et public, entre hier et aujourd’hui. Dans un monde musical dominé par la vitesse et le spectaculaire, cet artiste de 75 ans choisit une voie de sagesse et de subtilité, et c’est sans doute là sa plus belle victoire.

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