21 décembre 2025
E.Rials, rédacteur
Julien Dassin rend hommage à Joe, à Paris

Le 16 avril 2026, au Théâtre de la Tour Eiffel, Julien Dassin remonte le fil d’un répertoire qui a bercé plusieurs générations. Je m’attends à une soirée d’hommage, oui, mais surtout à un moment de transmission, vivant, actuel, et nettement plus intime qu’un simple « best of » de Joe Dassin.
Je pourrais faire semblant d’être blasé. Après tout, Paris voit passer des hommages à la chaîne, des « revisites » et des « célébrations » à la pelle. Mais il y a des noms qui déplacent encore l’air autour d’eux. Dassin, par exemple. On croit connaître. On connaît surtout les refrains. Et puis on se rend compte que ces chansons n’ont pas seulement survécu : elles continuent de s’infiltrer dans les moments de vie, les mariages, les repas de famille, les routes de vacances.
Le jeudi 16 avril 2026 à 20 h, Julien Dassin présente son spectacle Joe Dassin Story au Théâtre de la Tour Eiffel, accompagné de ses musiciens du Paris Tour Eiffel Band. Acheter des billets[1] Les tarifs annoncés tournent entre 31,60 € et 75,60 €. Voilà pour la fiche. Mais ce que j’essaie de comprendre, c’est autre chose : qu’est-ce qu’on vient chercher, exactement, quand on paie pour entendre, en 2026, un répertoire né bien avant TikTok ?
Un hommage qui a fait le tour du monde… et qui revient à Paris chargé
Les annonces autour du show insistent sur un point : ce spectacle s’est déjà joué dans de nombreux pays, et il arrive à Paris comme une étape « événement ». PARIS : Julien DASSIN chante Joe DASSIN au Théâtre de la Tour Eiffel[2] Ce n’est pas seulement de la promo. Le spectacle existe depuis longtemps, il s’est rodé, et il a trouvé son public.
Je tombe aussi sur une description plus narrative : une « immersion émotionnelle » dans l’univers de Joe, portée par Julien et ses musiciens, le tout présenté comme l’une des plus belles célébrations actuelles de cet héritage.L’été indien à Paris : Julien Dassin fait revivre Joe sur scène[3]
Et, au passage, la tournée ne se limite pas à la France : des sites culturels québécois ont programmé Julien Dassin chante Joe Dassin à l’automne 2025, en insistant sur le pont « mémoire et renaissance ». Julien Dassin chante Joe Dassin! (Québec)[4] Autrement dit : ce n’est pas un phénomène parisien, c’est une mécanique affective internationale.
Le détail qui change tout : Julien n’a pas connu Joe
C’est là que l’affaire devient intéressante, et même, franchement, troublante. Julien Dassin est le fils cadet de Joe Dassin. Et il a grandi sans son père, décédé en 1980.Le fils cadet de Joe Dassin raconte les derniers instants de son père[5] Quand on a ça en tête, l’hommage n’a plus le même goût.
Je me méfie toujours des récits « destin » : on les fabrique a posteriori pour que tout s’aligne. Mais sur ce point précis, les interviews de 2025 ont un fil rouge : Julien raconte une transmission vécue comme un devoir, et une relation à l’œuvre de son père qui passe par le public."Les œuvres de mon père coulent en moi comme mon sang" (France Bleu)[6] Il y a, dans ce genre de phrase, une part de lyrisme. Mais j’y entends aussi une vérité simple : ce répertoire ne lui appartient pas seulement à titre privé, il l’a hérité en public.
Ce qui m’intéresse, c’est la tension : comment chanter Joe Dassin sans devenir une copie ? Comment être le fils sans être le sosie ? D’après ce que j’ai lu, le spectacle s’appuie sur des images d’archives et une narration qui vise moins l’imitation que l’immersion. Julien Chante Joe Dassin au Théâtre de la Tour Eiffel[1] Et c’est probablement là que Julien gagne son pari : en assumant que ce n’est pas Joe qui revient, mais un fils qui raconte.
2025 : l’année où la scène et le livre se répondent
Je ne peux pas dissocier cette date parisienne de ce qui s’est joué en 2025. Julien a publié un livre, Il était une fois nous deux – Joe Dassin, mon père, aux éditions de L’Archipel, avec une date de parution annoncée au 5 juin 2025. Il était une fois nous deux – Joe Dassin, mon père (Lisez)[7] Franceinfo a également relayé la sortie en parlant d’un hommage à travers un livre, avec l’idée explicite d’en « savoir plus » sur son père.Julien Dassin rend hommage à son père dans un livre (franceinfo)[8]
Quand un artiste publie un récit et tourne en même temps, ce n’est jamais neutre. La scène devient le prolongement du livre, et le livre devient la justification intime de la scène. On n’achète plus seulement un concert. On achète un chapitre vivant.
Ce qui me parle, c’est la logique presque inverse de beaucoup de shows « héritage » : ici, l’héritier ne s’appuie pas sur une nostalgie facile. Il s’appuie sur une quête. Ça n’excuse pas tout, évidemment. Mais ça donne un axe. Et un axe, c’est ce qui fait la différence entre une soirée karaoké chic et un vrai spectacle.
Le Théâtre de la Tour Eiffel : un symbole, mais aussi une boîte à émotions
Je connais la tentation de faire du lieu un personnage. On pourrait s’en moquer : la Tour Eiffel, les Champs-Élysées… la carte postale. Sauf qu’avec Joe Dassin, la carte postale n’est pas un décor : c’est un matériau.
Ce n’est pas un hasard si les articles promotionnels jouent sur ce Paris-là, « Paris vibrera », « L’été indien à Paris ».L’été indien à Paris : Julien Dassin fait revivre Joe sur scène[3] C’est kitsch, oui. Mais c’est aussi exactement la matière de Joe Dassin : une élégance populaire, une lumière un peu fabriquée, une tristesse qui se cache derrière le sourire.
Et puis il y a un autre élément, plus concret : la musique live. Le spectacle met en avant les musiciens du Paris Tour Eiffel Band (ou, selon d’autres annonces, l’Orchestre Paris Tour Eiffel). Julien Chante Joe Dassin au Théâtre de la Tour Eiffel[1]Julien Dassin chante Joe Dassin! (Québec)[4] Là, je suis attentif : un hommage tient souvent à ça, à l’arrangement, au souffle, à la dynamique. Si l’orchestre est propre, on traverse la nostalgie et on arrive au présent.
Ce que j’attends (et ce que je redoute)
J’attends qu’on me raconte Joe Dassin sans le figer dans le musée. J’attends qu’on assume la part d’ombre : la mort précoce, l’absence, les chansons qui paraissent légères et qui, en réalité, sont des machines à mélancolie.Le fils cadet de Joe Dassin raconte les derniers instants de son père[5]
Je redoute, à l’inverse, la reconstitution trop lisse : l’archive qui dicte l’émotion, le public qui vient seulement « consommer » un souvenir, et cette sensation de célébration obligatoire. Le risque, avec Joe Dassin, c’est qu’on se contente de faire chanter la salle. C’est agréable, c’est fédérateur… et c’est parfois pauvre.
Mais si Julien réussit ce qu’il semble chercher depuis 2025, alors cette date du 16 avril 2026 peut devenir autre chose : une soirée où l’on entend, derrière les tubes, la question la plus simple et la plus cruelle : comment vivre avec un père que tout le monde connaît, sauf soi ?
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