Sanseverino fait danser les prés : à Cresseveuille, le swing manouche retrouve sa maison
- ER

- Jul 12
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Le pré sentait déjà la teurgoule et l’herbe coupée quand je suis arrivé, un peu en avance, sur ce chemin du Lieu-Houiller qui file entre les haies du Pays d’Auge. On entendait les balances au loin, quelques accords de guitare qui dérapent en volutes manouches, une contrebasse qui grogne, et cette voix reconnaissable entre mille, gouaille tendre et swing au coin de la bouche : Sanseverino installait son Swing Orkestra, comme on pose une caravane dans un champ qu’on connaît par cœur.
Ce samedi 11 juillet 2026, à Cresseveuille, tout près de Cabourg, La Gitane Jazz Guitare au Pré célébrait sa huitième édition avec un invité de marque : le Sanseverino nouvelle manière, entouré de ses musiciens historiques et de nouvelles recrues, dont Lise Cabaret et Mathilde Febrer, pour un set annoncé comme « flamboyant » par les organisateurs d’Actu.fr.
Un festival qui fait vivre le jazz manouche en Normandie
Huit ans déjà que ce petit festival normand s’entête à défendre le jazz manouche dans un coin de bocage où cette musique n’allait pas forcément de soi. Serge Marie, l’un des créateurs de La Gitane, le rappelait dans la presse locale : au départ, le constat était simple, presque brutal — le jazz est peu présent sur le territoire, le jazz manouche encore moins ; alors pourquoi ne pas en faire le cœur battant d’une soirée d’été, à ciel ouvert, avec les enfants qui courent entre les vieilles voitures exposées et les grands-parents qui se souviennent de Django?
Ouest-France rapporte comment, dès la création du festival, Hélène Bergdoll, présidente de l’association Campagne et Musiques, a voulu faire de ce pré une parenthèse enchantée : ici, « la musique n’est pas un spectacle mais un langage universel », une manière de réunir des voisins, des familles, des fidèles, plus qu’une clientèle de connaisseurs. Le site Jazz à Caen décrit également le pari : près de Cabourg, un festival dédié au jazz manouche, dans un simple champ, avec une petite scène, une guinguette, quelques guirlandes lumineuses et une programmation d’une exigence tranquille.
Une soirée rythmée par le talent d'Erizo et l’arrivé de Sanseverino Swing Orkestra
Pour cette huitième édition, le groupe caennais Erizo ouvrait la soirée vers 18 h 30, avec un répertoire mêlant Django, standards américains et pépites modernes. Mais c’est bien l’arrivée de Sanseverino Swing Orkestra, annoncée partout comme l’événement de la saison, qui donnait au pré une allure de rendez-vous attendu depuis longtemps.
Le retour aux sources de Sanseverino
J’avais en tête le Sanseverino électrique de ces dernières années, celui de l’album « Les deux doigts dans la prise » sorti à l'automne 2022, une expérience électrisante documentée par plusieurs critiques. Une guitare branchée, des riffs presque rock, une envie d’explorer d’autres textures sonores sans renier les racines manouches. Mais en le voyant arriver à Cresseveuille avec cette formation baptisée Swing Orkestra, j’ai eu l’impression d’assister à un retour aux sources, mais un retour nourri de tout ce chemin parcouru : une musique qui puise dans l’énergie du swing manouche tout en y injectant une modernité vivace.
Une alchimie entre anciens et nouveaux talents
Sur scène, les « musiciens historiques » des débuts côtoient ainsi de nouvelles voix féminines. Lise Cabaret, avec qui il partage aujourd’hui un projet d’album, apporte une couleur vocale adoucissant la gouaille sans la gommer, tandis que Mathilde Febrer et d’autres instrumentistes élargissent la palette sonore. Le résultat est une fusion vibrante, comme si Django était tombé sur un cabaret ambulant en 2026.
Une philosophie du jazz assumant chaque note
Dans une récente interview au magazine Le Jazzophone, Sanseverino explique que le jazz commence « quand tu assumes tes notes foirées », cette acceptation du risque comme partie intégrante du concert. À Cresseveuille, cette philosophie se manifeste pleinement : les morceaux glissent, ralentissent, repartent, comme s’adaptant à la chaleur de la soirée, aux enfants dansant devant la scène, aux conversations autour des planchas.
Une ambiance de guinguette et de fête populaire
La guinguette tournait à plein régime : teurgoule crémeuse, crêpes des pâtissières cresseveuillaises, galettes de la ferme des 1 000 ruisseaux, frites fraîches, barbecue et cochon grillé composaient un festin simple et convivial. Au-delà des mets, la joie collective mêlait familles et amis. Une dame expliquait à son petit-fils qu’ici, « on vient chaque année, c’est notre bal du 14 juillet, mais en mieux ».
Les vieilles voitures chromées à l’entrée formaient un décor presque cinématographique, tandis que la cabine photo « Vachement Combi » déclenchait des éclats de rire, immortalisant les convives dans des poses décalées avec chapeaux ou guitares en plastique.
Sanseverino, un artiste en pleine réinvention
Cette étape normande marque un tournant dans la carrière de Sanseverino. Alternant entre une tournée électrifiée de chansons en swing branché et ce retour accentué au swing manouche acoustique, il revendique une double approche artistique.
Sur Instagram, il évoque la sortie à venir d’un album en duo avec Lise Cabaret, accompagné par une série de concerts intimistes, loin des grandes machines scéniques. Les setlists mêlent titres emblématiques comme « Les Îles de Pâques » et « La tzigane », entre reprises et compositions originales, soulignant ses racines profondes et son ouverture stylistique.
Le fabricant de cordes Savarez souligne son éclectisme : influencé par l’Europe de l’Est, le bluegrass, le swing, le flamenco et même les musiques maghrébines, Sanseverino incarne une géographie musicale riche, condensée dans le pré normand en un swing fédérateur, adressé à un public multi-générationnel et sincère.
Une fidélité retrouvée et un futur prometteur
En quittant Cresseveuille, l’impression est claire : Sanseverino a retrouvé une scène à sa mesure, celle de la proximité et de l’échange. La Gitane Jazz au Pré, avec ses guirlandes, ses crèmes et ses saveurs locales, est devenu un repère essentiel où le jazz manouche s’épanouit loin des projecteurs conventionnels mais sous des étoiles complices.
Pour l’artiste souvent catalogué comme « chanson drôle à guitare », ce retour aux racines est une renaissance, offrant une soirée simple et précieuse, où musique et convivialité se mêlent sans artifice. Hélène Bergdoll l’exprimait déjà en 2024 : à peine une édition terminée, l’équipe rêve déjà à la suivante. La raison est évidente : tant que ces rencontres existeront, mêlant swing, fête et émotion, la chanson française gardera ce parfum de jazz vibrant et indomptable.
Le Swing Orkestra de Sanseverino nous rappelle que la musique est un voyage qu’on partage, une caravane qui sillonne le temps et les émotions, toujours prête à faire danser les prés, « ici, chez nous ».




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