Louis Bertignac, le riff plus fort que la douleur à 72 ans
- ER

- Jul 28
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Je le revois, silhouette maigre, jean sombre, Telecaster en bandoulière, planté dans la lumière blanche d’un soir d’été. À Hyères, il y a quelques jours, ils étaient près de 5 000 à reprendre en chœur Cendrillon et Ça (c’est vraiment toi), et devant cette marée de voix, j’ai repensé à ce que Louis Bertignac confiait récemment : la veille d’un concert, il peut se sentir « comme un chien », courbaturé, cassé de partout. Mais dès qu’il met un pied sur scène, plus rien. La douleur s’éclipse, le corps se fait oublier, comme si le rock, pour ce guitariste de 72 ans, était devenu une forme de morphine naturelle.
C’est cette étrange alchimie, entre âge, fragilité assumée et énergie presque juvénile, qui me frappe dans l’actualité de Louis Bertignac ces jours-ci : un homme au crépuscule théorique de sa carrière, qui ne parle pourtant que de futur, de chansons à finir, d’album à venir… tout en avouant, avec une sincérité désarmante, qu’il va falloir lever le pied.
Un parcours emblématique du rock français
Je ne peux pas m’empêcher de replacer ce moment dans le long roman de ce musicien. Louis Bertignac, c’est d’abord Téléphone, évidemment, formation fondatrice du rock français à la fin des années 70, avec Jean-Louis Aubert, Corine Marienneau et Richard Kolinka. Ce groupe a profondément marqué la scène musicale hexagonale, mêlant énergie brute et mélodies accrocheuses, devenant une référence intemporelle.
Les années de tournées effrénées et les concerts qui finissaient en sueur et en larsen ont forgé son identité artistique et physique. Ces excès, qu’il a reconnus plus tard avec un mélange de recul et d’humour, ont laissé à la fois des souvenirs impérissables et une prise de conscience des limites du corps. Aujourd’hui, lorsqu’il évoque ses 70 ans passés, il confie se sentir parfois « mieux maintenant qu’il y a trente ans », grâce à une meilleure connaissance de lui-même, un tri dans ses priorités et une écoute attentive de son corps.
Entre vie publique et intimité familiale
Parallèlement à sa carrière publique, il y a l’autre scène, plus discrète : la maison, les enfants, le studio. Père de trois enfants nés dans les années 2000, il jongle entre rythmes familiaux, devoirs scolaires et création musicale. Ce contraste entre le vacarme du rock et la douceur du foyer se traduit dans chacune de ses récentes prises de parole. Il parle aussi de ses moments de flottaison, où une mélodie surgit de manière imprévue, révélant sa nature d’artiste artisan toujours en éveil.
La scène, un « super médicament »
Dans un entretien repris par Ohmymag et inspiré d’échanges accordés à Var-Matin, il confie qu’il peut être courbaturé, se sentir vieux dans la journée… et ne plus rien ressentir une fois les amplis allumés. La scène représente pour lui une véritable bulle d’adrénaline et de vie intense.
Il raconte même être déjà monté sur scène avec un Covid « à fond », signe de sa passion inextinguible, et de cet état d’esprit qui défie la fatigue et la douleur. Ce comportement témoigne de la relation presque mystique qu’il entretient avec le rock live, ce moment où les échanges avec le public dépassent la simple performance musicale.
Les contraintes et réalités d’un musicien de 72 ans sur la route
Mais la scène n’est qu’une partie de la vie, et il ne cache pas que les aspects pratiques – les transports, les avions tôt le matin, les hôtels impersonnels, les embouteillages – pèsent lourd, surtout avec l’âge. Il exprime avec lucidité que ces conditions deviennent moins anodines et qu’elles réclament un nouvel équilibre.
Il ne s’en plaint pas, soulignant au contraire qu’il prend encore énormément de plaisir sur scène, où le moment est « le plus facile » à vivre pour lui, face à une foule enthousiaste.
Un ralentissement programmé pour mieux revenir
Conscient de ses limites physiques, il a décidé d’organiser une forme de ralentissement progressif. Il évoque publiquement une pause ou un coup de frein sur ses tournées à partir de novembre 2026, la préparant avec minutie afin de préparer un nouvel album prévu pour le printemps 2027.
Cette démarche témoigne de sa volonté de privilégier la qualité et l’authenticité, plutôt que de poursuivre une carrière sur un rythme insoutenable. Il souhaite rester un artiste pleinement impliqué, capable d’offrir à son public des concerts vibrants et des créations solides.
L’avenir en musique et la relation avec son public
Le lien particulier avec ses fans – qu’ils soient nostalgiques de l’époque Téléphone ou jeunes découvrant ses morceaux plus récents – est central dans sa démarche. Il refuse de livrer une prestation en demi-teinte, préférant ménager son énergie pour continuer à tout donner sur scène.
Cette réflexion sur l’âge et la transmission interpelle sur le regard porté aux artistes vieillissants, souvent figés dans la nostalgie. Pour Bertignac, l’avenir rime avec création, endurance et renouveau.
Nous pouvons donc nous attendre à voir son nom encore souvent à l’affiche des festivals français jusqu’en 2026, puis une transition plus axée sur le studio et la famille. Le rendez-vous est pris au printemps 2027 pour découvrir ce nouvel album, qui pourrait aborder ses questionnements récents, entre douleur, temps qui passe et légèreté retrouvée.
Conclusion : Un artiste en mouvement perpétuel
Louis Bertignac, à 72 ans, incarne cette rare capacité à conjuguer expérience, vérité et désir inextinguible de jouer, écrire et réinventer. Tant que la scène continuera d’être ce « médicament précieux », que les yeux de milliers de spectateurs brilleront au premier accord, il restera un artiste en mouvement, défiant l’âge note après note.




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