Bénabar, entre Saint-Mandé et Gordes : le double refuge d’un chanteur qui tient bon sur l’essentiel
- ER

- Apr 30
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Je revois très bien cette image : Bénabar qui referme derrière lui la porte d’un immeuble sage de Saint-Mandé, sac de cuir en bandoulière, avant de filer prendre un train vers le Sud. Deux clés dans la poche, deux vies qui n’en font qu’une. D’un côté, la petite ville aux portes de Paris où il a fondé sa famille, loin du folklore des nuits parisiennes; de l’autre, Gordes, carte postale de pierre blonde accrochée au Luberon, où il a planté sa seconde maison et son studio de fortune.
Ces jours-ci, alors qu’il remplit encore les salles et qu’il défend son onzième album, Le soleil des absents, sorti en janvier 2026, je me rends compte à quel point ces deux refuges racontent aussi l’homme derrière les chansons, ce chanteur populaire qui, sur scène comme dans la vie, a choisi la fidélité plutôt que le clinquant.
Saint-Mandé, le cocon familial
À Saint-Mandé, tout commence par une rencontre de bistrot, bien avant les Victoires de la musique et les tournées à rallonge. Bruno Nicolini, pas encore Bénabar, croise la route de Stéphanie. Il l’a rappelé avec humour dans plusieurs interviews : ils se sont connus « avant tout ce qui [lui] est arrivé dans [sa] carrière », à une époque où il jouait encore dans de petits cafés-concerts. Cette antériorité, il y tient comme à un talisman.
Mariés en 2010, les deux ont construit leur foyer à l’est de Paris, dans cette commune feutrée bordant le bois de Vincennes, suffisamment proche de la capitale pour les studios et les plateaux télé, mais déjà un peu à l’écart du tumulte. C’est là qu’ils élèvent leurs deux enfants, Manolo et Ludmilla, qu’il évoque désormais sans trop de détours, avec cette pudeur souriante qu’on lui connaît.
Dans son dernier album, il chante la transmission d’un père à son fils dans un titre très parlé, Une playlist de daron, clin d’œil assumé à la génération d’après, comme l’a relevé la presse spécialisée ces derniers jours.
Le magazine Public a décrit ce cadre de vie très concret : un « cocon urbain », simple et stable, où Bénabar revendique des valeurs presque old school – le goût du travail bien fait, la persévérance, l’esprit critique transmis aux enfants – loin des postures d’artiste maudit ou des excès du show-business. Depuis ses débuts au tournant des années 2000, celui qui s’est imposé avec ses chroniques tendres et acides de la vie quotidienne a toujours préféré les terrasses de quartier aux soirées mondaines.
Gordes, laboratoire créatif et havre de paix
Et puis il y a Gordes. Changement de lumière, bascule dans un autre temps. Sur les réseaux de France 3 Provence-Alpes, une séquence montre Bénabar ouvrant les volets de sa maison du Luberon : terrasse, oliviers, garrigue à perte de vue, un sourire timide sur le visage lorsqu’il parle de « deuxième maison ».
Ce n’est pas un simple pied-à-terre de vacances, mais un lieu qui « devient vraiment [sa] deuxième vie ». Là-bas, l’artiste se transforme en artisan. Il y a installé un home studio, un coin bardé de câbles et de micros où il enregistre des maquettes, cherche des arrangements, peaufine les textes de ses chansons. Loin du périphérique et des sollicitations, Gordes devient son laboratoire.
Plusieurs titres de ses albums récents y ont pris forme, dans cette solitude habitée que recherchent beaucoup de musiciens. Une vidéo le montre, guitare sur les genoux, jouant face aux collines du Luberon : on y sent presque le mistral dans le micro.
Mais ce refuge n’est pas un ermitage. Une véritable vie de village y bat son plein : parties de pétanque où le cochonnet est « martyrisé sévère », apéros prolongés, enfants courant entre la maison et la piscine voisine. C’est aussi le lieu où Manolo, son fils, musicien débutant, peut tester ses morceaux, sous l’œil fier et inquiet d’un père qui connaît les exigences du métier.
Un équilibre entre vie d’artiste et vie simple
Dans ce village du Vaucluse, entre l’abbaye de Sénanque et le marché du samedi matin, deux générations de Nicolini affinent leurs refrains. Un succès installé – millions de disques vendus, tournées à guichets fermés, notamment à l’Olympia – mais vécu avec un détachement humble.
Dans plusieurs interviews, Bénabar reconnaît avoir « le train de vie d’un grand bourgeois », tout en se défendant de l’ostentation : pas de voiture de luxe, pas de villa extravagante, mais une maison provençale, des courses au supermarché local, des joggings le long des chemins de terre.
Son choix de vie, entre Saint-Mandé et Gordes, éclaire son œuvre. Derrière les tubes qu’on fredonne, il y a un homme qui retrouve chaque soir le chemin du foyer, s’occupe des enfants, entre confidences et rigueur bienveillante.
Le nouvel album, reflet d’une maturité assumée
Le soleil des absents, son onzième album, prolonge ce mouvement : chansons de couples qui s’usent, voisinages râleurs, pères dépassés, marquées par une gravité nouvelle. Le temps qui passe, la transmission à une génération à venir – peut-être incarnée par Manolo – façonnent ses priorités.
Le double refuge apparaît comme un manifeste discret, incarnant la normalité au cœur d’une carrière prestigieuse. Saint-Mandé, ancrage familial et quotidien; Gordes, lieu d’inspiration et d’apaisement.
Dans un paysage culturel souvent dominé par la mise en scène et le paraître, Bénabar reste cet artiste sincère, qui préfère cuisiner, recevoir, courir dans les paysages du Luberon ou passer du temps avec ses enfants, comme le souligne l’article de Public.
Ces deux adresses, au-delà d’une simple domiciliation, racontent une fidélité à l’essentiel. En attendant de découvrir quelles chansons naîtront de cette vie à deux vitesses, l’image d’un chanteur qui remballe sa guitare pour rejoindre son refuge discret reste gravée. Un homme debout, à taille humaine, même lorsque les projecteurs se font plus forts.




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