top of page

Alain Chamfort, l’art délicat de tirer sa révérence sans quitter la scène

  • Writer: ER
    ER
  • Jul 28
  • 5 min read

Je revois Alain Chamfort derrière son piano au Trianon, l’hiver dernier : costume sombre, sourire discret, et cette façon presque timide de lever les yeux vers la salle juste après la dernière note. On aurait dit qu’il vérifiait que nous étions toujours là, prêts à le suivre encore une fois. C’est pourtant ce même artiste, d’une élégance à l’ancienne, qui annonce aujourd’hui sa tournée L’Impermanence comme un chant de crépuscule assumé, tout en remplissant de nouveaux théâtres, à commencer par le Théâtre de Brunoy où il posera ses valises le 3 octobre 2026.

Il y a quelque chose de très français dans cette manière de dire adieu à demi-mot : poursuivre la route, signer un disque aussi abouti que L’Impermanence, et dans le même geste prévenir qu’il s’agit sans doute du « dernier album studio au format classique » de sa carrière. On pourrait y voir une coquetterie, si l’album n’avait pas été nommé aux Victoires de la musique 2025 dans la catégorie « Album de l’année » et si la tournée ne se jouait pas majoritairement à guichets fermés, du Trianon aux Folies Bergère, avant de filer désormais dans des lieux plus intimistes, comme cette salle de Brunoy dont il va transformer les fauteuils rouges en salon feutré pour confidences mélodiques.

Un parcours riche de cinq décennies

Je mesure mal, avant de me replonger dans son parcours, à quel point la chanson française doit à Alain Chamfort. Cinquante ans de carrière, ce n’est pas seulement une jolie formule de dossier de presse : c’est une suite de mues successives, de l’adolescent pianiste autodidacte fasciné par le jazz à la créature pop très eighties façonnée avec Serge Gainsbourg, qui lui écrit les textes de Rock’n Rose et de Poses. Chamfort a su naviguer entre tendances et époques sans jamais perdre sa signature mélodique ni son élégance discrète.

Dans L’Impermanence, paru en 2024, je retrouve des échos de toutes ces vies-là, mais filtrés par une forme de sagesse sans pose. Le disque, que plusieurs critiques ont salué comme l’un de ses plus beaux, s’appuie sur des complices de longue date comme l’auteur Jacques Duval, plume fidèle depuis Manureva, et sur des invités de sa génération suivante, à l’image de Sébastien Tellier, venu apporter sa touche de pop cosmique. Ce mélange générationnel confirme le désir de Chamfort de transmettre sans renier son héritage.

Une œuvre entre héritage et renouveau

Ce n’est pas un hasard si les programmateurs des Folies Bergère ou du Trianon se sont empressés d’accueillir cette nouvelle tournée : Chamfort a cette rare faculté de parler à ceux qui l’ont découvert sur les vinyles des années 70 et à ceux qui l’ont croisé via une playlist de streaming, en quête d’une chanson française sophistiquée qui ne renie jamais sa mélodie. Ce dialogue entre passé et présent se concrétise pleinement sur scène, où la modernité des arrangements côtoie le velouté intemporel de sa voix.

Quand je lis les annonces pour le concert de Brunoy, je retrouve partout la même promesse : une « relecture vibrante de son héritage musical », mêlant pépites méconnues et classiques revisités. Ce qui m’intéresse surtout, c’est la manière dont cette relecture se fait. Car derrière le mot, il y a un véritable geste artistique : l’arrangeur et multi-instrumentiste Adrien Soleiman a repris le répertoire pour en gommer le vernis daté, en privilégier la chair harmonique et la fragilité. Sur scène, cela se traduit par des versions plus épurées, parfois presque jazz, où un synthé discret ou un saxophone viennent se glisser derrière la voix, sans jamais l’écraser.

À Paris comme en province, les retours de spectateurs convergent : on ressort avec l’impression d’avoir entendu des chansons que l’on croyait connaître « comme neuves », comme si quelqu’un avait ouvert les fenêtres dans une pièce familière. L’Impermanence, dans cette configuration, n’est plus seulement un nouvel album mais le fil conducteur d’un spectacle qui relie plusieurs époques de sa vie d’artiste.

De Paris à la province : un retour à l’intime

Dans les prochains mois, ce fil va se dérouler loin des seules salles parisiennes. Brunoy, en Essonne, n’est pas un simple point de chute pratique sur une carte de tournée ; c’est le symbole de ce mouvement vers des théâtres à taille humaine, où l’on entend le froissement des manteaux entre deux morceaux et où chaque silence prend un relief particulier. Le Théâtre de Brunoy, facilement accessible en RER D depuis Paris, devient ainsi le cadre d’une nouvelle étape de L’Impermanence, le 3 octobre 2026 à 20h30, avec des places à partir de 49,50 €.

Ce n’est pas un « grand barnum » mais une soirée pensée comme un rendez-vous : on y entendra les chansons du dernier disque, bien sûr, mais aussi des morceaux plus anciens, réarrangés, piochés dans un demi-siècle de discographie. Je trouve touchant qu’au moment où il affirme vouloir clore son histoire avec le format traditionnel de l’album, Chamfort consacre autant d’énergie à revisiter ses propres chemins, comme s’il rangeait son œuvre avec soin avant de la confier au temps.

Les annonces de tournée précisent d’ailleurs qu’en parallèle, il continue de jouer un autre spectacle, Le Meilleur de Moi-Même, au Théâtre Édouard VII à Paris : là encore, ce n’est pas la logique de la retraite qui domine, mais celle d’une transmission progressive. Dans certaines interviews récentes, il parle d’« exigence » plus que de nostalgie, revendiquant une écriture qui refuse les effets faciles, à rebours d’une époque saturée de contenus instantanés.

Une carrière marquée par la profondeur et la constance

L’Impermanence, le mot, dit bien cela : accepter que tout passe, y compris la carrière d’un chanteur, mais veiller jusqu’au bout à la qualité de ce que l’on laisse derrière soi. En sortant d’un de ses concerts, un spectateur racontait avoir pensé à ses propres albums de famille en entendant Manureva réorchestrée, comme si la chanson avait vieilli avec lui. C’est peut-être là que se joue l’essentiel : dans cette capacité, rare, à accompagner les étapes de la vie sans renier aucune de ses saisons.

La tournée d’Alain Chamfort n’a donc rien d’un baroud d’honneur. Elle ressemble plutôt à un journal de bord musical que l’on viendrait lire à voix haute, ville après ville, jusqu’à Brunoy et au-delà. On ignore encore s’il tiendra parole et s’en tiendra à ce « dernier album classique », ou si de nouvelles envies le rattraperont. Mais je sais déjà que ceux qui s’installeront dans la pénombre du Théâtre de Brunoy, un samedi d’octobre 2026, n’auront pas seulement rendez-vous avec un répertoire : ils entreront, pour une soirée, dans cette façon bien à lui de traverser le temps, avec pudeur, élégance et cette petite ironie tendre qui fait les grands chanteurs français.

Comments


NEWSLETTER : INSCRIVEZ-VOUS

Restez informé, découvrez le meilleur de Radio PANAME dans la newsletter gratuite hebdomadaire et recevez directement dans votre boite e-mail notre sélection d'articles, de concerts, d'actualités musicales. Mais aussi des cadeaux et des offres de nos partenaires.

Merci pour votre envoi !

SUIVEZ-NOUS SUR LES RÉSEAUX

  • Facebook
  • Twitter
  • LinkedIn
  • Instagram

DÉCOUVREZ LA GRANDE MUSIQUE

accès direct à la radio LA GRANDE MUSIQUE

TÉLÉCHARGER L'APP

bouton telechargement google play store
bouton telechargement apple app store
badge just ask amazon alexa
bottom of page